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Le Maroc vu par un Maskoutain

la Rédaction

LETTRE OUVERTE

Je reviens d’un court séjour au Maroc. J’y étais pendant la première semaine de la campagne électorale qui vient de donner la victoire au Parti pour la Justice, un mouvement islamiste modéré. Je ne suis pas un expert des questions nord-africaines et moyen-orientales. Mais j’ai séjourné tant de fois dans ce pays du Maghreb – 3 missions par année depuis 6 ans - que j’ai fini par en comprendre certains rouages. Comme dans les autres pays de tradition arabe1, une partie de la population (...)

Je reviens d’un court séjour au Maroc. J’y étais pendant la première semaine de la campagne électorale qui vient de donner la victoire au Parti pour la Justice, un mouvement islamiste modéré. Je ne suis pas un expert des questions nord-africaines et moyen-orientales. Mais j’ai séjourné tant de fois dans ce pays du Maghreb – 3 missions par année depuis 6 ans - que j’ai fini par en comprendre certains rouages.

Comme dans les autres pays de tradition arabe1, une partie de la population s’est soulevée à partir de février 2011. Une manifestation en appui aux populations des pays voisins d’abord, autorisée, ensuite des manifestations à vocation nationale et critique à l’égard de la gestion gouvernementale, tolérées, et finalement des mouvements moins structurés, exprimant un ras-le-bol d’une partie des jeunes Marocains, mouvements qui ont été réprimés.

Il n’y a pas eu de morts au Maroc et c’est à l’honneur de la famille régnante. Le Roi, un dirigeant plus jeune que ceux de Tunisie et d’Égypte, a eu une réaction habile. Il a même proposé des réformes constitutionnelles plus audacieuses que ce que demandait l’opposition loyaliste. Il a offert le « gouvernement responsable ». C’est-à-dire que le prochain gouvernement sera présidé par le Premier Ministre, le chef du Parti qui obtiendra la confiance de la Chambre, issu du résultat des urnes, et ce premier ministre constituera son Conseil des Ministres.

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Le Roi du Maroc

Le Roi avait promis des élections anticipées sur ce nouveau pacte de gouvernance. Ce sont celles qui viennent de se dérouler. Mais pourquoi ces soubresauts de l’humeur populaire au Maroc ? Probablement qu’il y a un effet de contagion, mais pour qu’un mouvement de contestation dure, il faut un ressort national. Quel est-il ? Le pays est moins riche que l’Europe voisine, sa croissance est plus lente que les autres pays bénéficiant d’une dotation similaire, la corruption et les conflits d’intérêts semblent plus présents là-bas qu’au Québec, et ce n’est que récemment que la Couronne fait des efforts significatifs pour réduire la pauvreté.

En quelques mots, nous pourrions résumer les bases communes de révoltes dans tous les pays par : pauvreté, croissance faible et espoir contenu d’enrichissement, iniquité et inégalité. Mais s’il s’agissait d’un ressort suffisant, tous les pays d’Afrique se soulèveraient. Pourtant, ce n’est pas le cas.

En fait la différence au Maroc, comme en Tunisie d’ailleurs, se situe dans son capital humain. Le bassin d’adultes scolarisés, détenteurs de diplômes universitaires, est grand. Mais pour beaucoup, l’effort en classe ne s’est pas traduit par des bénéfices dans la société. La société marocaine intègre les talents dans la structure de production sur la base de filiation plutôt que sur la base du mérite. Il faut faire partie d’une famille déjà positionnée dans un secteur pour trouver une place intéressante dans le marché. Ceci provoque de grandes frustrations. Pour les jeunes de ce pays, il convient d’avoir un « bon » nom de famille (et dans une moindre mesure un prénom masculin).

Plusieurs auteurs de l’école institutionnaliste (économique) affirmeront qu’il s’agit probablement d’une des explications du faible taux de croissance. La victoire des islamistes modérés ne promet pas de réduire l’importance de ce blocage dans la société. Ils ont promis essentiellement de réduire les iniquités de traitement de l’État avec les citoyens. Ils lutteront contre la corruption. Il s’agit d’un bon point de départ, mais probablement pas suffisant pour réduire les frustrations des jeunes professionnels des villes.

Michel Filion
Conseiller en gestion publique

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  • Re: Le Maroc vu par un Maskoutain

    Bonjour ;

    Juste pour vous corriger un information. Il y a eu des morts durant le soulèvement au Maroc : 5 à Al hoceima, 2 à safi, 1 à Sefrou...

    Bien à vous

     

  • Re: Le Maroc vu par un Maskoutain

    Un décès est un décès de trop. Notre ami marocain a raison de citer les morts survenues à la suite des manifestations du 20 février 2011 et des journées qui ont suivi. Merci de la précision.

    J’aurai dû dire que la réaction gouvernementale n’a pas été aussi brutale qu’en Egypte ou en Syrie.

    Il y a eu 5 morts à Al Hoceima, victimes d’un incendie, selon une version gouvernementale qui reste à confirmer. J’ai retrouvé la trace d’un mort à Safi des suite des blessures qu’il avait reçues (source des blessures non confirmées), une autre victime à Sefrou, dans les mêmes circonstances qu’à Safi.

    Michel Filion

     

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