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Tournée «Faut qu’on se parle» : entre doute et espoir

David-Alexandre Grisé

J’ai été très heureux de recevoir une invitation à une assemblée de cuisine dans le cadre de la démarche du collectif Faut qu’on se parle. L’initiative a attiré énormément d’attention médiatique. Comme vous le savez peut-être, la consultation populaire vise à remettre le Québec en marche, à le débloquer et à terme, à le sortir de l’impasse politique. Mon enthousiasme était certain ; la fébrilité m’habitait. J’étais heureux de participer à ce type de démarche citoyenne et mon essence romanesque s’échauffa ! Malheureusement, au terme de ce bel exercice, et comme d’autres participants je le crois, je suis demeuré perplexe et un peu tiède.

Une consultation qui n’en est pas une ?

photo tiré de la vidéo de MADOCLors de sa sortie médiatique, le collectif, ralliant notamment Gabriel Nadeau-Dubois et Jean-Martin Aussant à titre de figures de proue, a affiché clairement ses positions de gauche et souverainistes. Soit ! Cependant, je me suis trouvé quelque peu décontenancé à la découverte des « constats » autour des 10 grands thèmes proposés à même leur site Internet. Pourquoi ? Bien qu’ayant des affinités avec certains constats, il m’apparaissait étrange, voire contradictoire, de vouloir consulter les Québécois (es) à partir d’idées aussi « digérées » et englobantes. N’est-ce pas limiter la parole, la créativité et les idées des participants en leur livrant un carcan idéologique aussi franc ? Qui plus est, le biais tant assumé aura eu d’autres conséquences. Il aura fait en sorte d’induire implicitement une forme de filtre sur les participants présents. Il sera donc très surprenant de voir apparaitre des caquistes à ces tables et nous nous risquerons qu’à prêcher (encore) à des convertis… Je ne crois pas que la gauche ni la droite ont des monopoles sur les moyens de remettre le Québec sur les rails. Il aurait peut-être été plus avisé de mettre en lumière les entraves particulières que vivent les Québécois les empêchant de se muer vers l’agir collectif ?

Dans le répertoire des critiques constructives, j’ai proposé à l’attaché aux communications de se coller un peu plus à la parole des personnes présentes. En effet, certaines nuances apportées par les personnes furent quelques fois négligées, ou bien la substance des propos tout simplement vidée, pour de simples raisons d’animation ou de sensibilités idéologiques. À d’autres moments, j’eus tout simplement l’impression que l’on nous éduquait plus que l’on nous écoutait… À la décharge des animateurs, ces derniers n’en étaient qu’à leur deuxième assemblée.

Avec un léger recul, un dernier doute persiste. Bien que le groupe insiste pour qu’à terme la démarche ne débouche pas sur la création d’un nouveau parti politique au Québec, les finalités de celle-ci sont encore incertaines. Questionné à ce sujet, Gabriel Nadeau-Dubois nous a dit vouloir influencer la classe politique via les médias. En fait, il est clair que le fondement de la démarche est d’insuffler aux Québécois une volonté d’influencer la classe politique. Pour le moment, tout semble se passer à la couche de l’infrapolitique. Pourtant, notre plus grosse impasse est bien au niveau de nos institutions politiques ! J’aurais souhaité que l’on nous livre une idée plus circonscrite des moyens à venir, car pour le moment, je crains une simple instrumentalisation de nos voix. Mon doute est sûrement symptomatique du défi qui nous attend tous ! L’avenir nous avisera.

Pour la suite du monde ?

Peu importe la résultante de cette démarche, je me console et me consolerai vivement. Pourquoi ? Parce qu’il est évident qu’une bonne frange de la population en a tout simplement marre de résister ou simplement de bloquer une forme de dépossession collective. Bien qu’imparfaite, la démarche incarne probablement un renouveau vers l’action des citoyens québécois et une volonté de réhabiliter une notion de bien commun. Un nouvel élan semble vouloir se mettre à jour et les espaces citoyens se sont multipliés dans les dernières années. Est-ce le début d’un cycle ? Les Québécois (les Maskoutains) commencent-ils à sentir suffisamment l’attraction d’agir ? Aspirons-nous à vouloir gouter l’expérience du succès ? Car un jour, il faudra bien faire autre chose que de se parler !

Galerie

  • David-Alexandre et Pascal. photo tiré vidéo MADOC

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