• Politique
Jean-François Lisée abandonne la course à la direction du PQ

Une abdication qui en dit long

Pierre Mouterde

La nouvelle a fait sensation et les commentateurs ont été nombreux à chercher à comprendre ce retournement inattendu : comment expliquer que Jean-François Lisée dont tous reconnaissent le talent et l’indéniable sensibilité à gauche, ait décidé avant même que la course ne commence de jeter l’éponge et de ne plus se présenter à la chefferie du Parti québécois ?

Jean-François Lisée et Pierre Karl Péladeau. Photo gracieuseté le DevoirMais si beaucoup ont tenté d’apporter des explications crédibles à son geste, peu se sont attardés sur ce qu’il pouvait signifier en termes politiques, et en quoi il était révélateur de dérives particulièrement inquiétantes au sein du PQ lui-même.

Il est vrai que –question de popularité— les sondages n’étaient guère encourageants pour lui. Tout indiquait même que dans l’état actuel des choses il ne pouvait même pas espérer une seconde place. Lui qui ministre sous Pauline Marois, rêvait d’un premier rôle, il se trouvait avec l’arrivée de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois (très largement en avance dans les sondages) soudainement reléguer aux oubliettes, juste bon à jouer les troubles fêtes. D’où d’ailleurs les interrogations de beaucoup d’observateurs sur les possibles maladresses qu’il aurait commises et qui auraient jeté de l’ombre sur les analyses pourtant très justes qu’il avait faites à propos de l’arrivée d’un magnat de la presse comme Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois.

Il faut cependant aller plus loin, car si Jean-François Lisée trouve actuellement si peu grâce auprès des membres du PQ ou même du grand public, ce n’est pas seulement –comme tant de journalistes l’affirment— à cause de sa superbe mal placée ou de son côté de prof. de l’UDM donneur de leçons. Ou encore à cause de son art de soulever le scandale à mauvais escient, n’ayant pas, comme l’avançait Francine Pelletier dans une récente chronique du Devoir, la capacité « de savoir quand il faut parler et quand il faut se taire ».

Non, ce qui fait problème est ailleurs. Et ne se trouve ni dans ses dénonciations à l’emporte-pièce de cette « bombe à retardement » que représente en termes de conflits d’intérêts la présence de Pierre Karl Peladeau à la tête d’un parti comme le Parti québécois. Ni non plus dans ses considérations sur les dangers de la concentration de la presse. Ce qui fait problème c’est de ne pas en avoir tiré les conséquences pratiques, de ne pas avoir agi en conséquences. Comme si son opposition à l’arrivée du président de Québécor au sein du PQ ressortait plus d’une rivalité d’ordre personnel que de différenciations politiques majeures.

De la manière la plus opportuniste qui soit

Car si l’on juge que c’est un véritable danger qu’un magnat de la presse -possédant à lui seul près de 50% de tous les médias du Québec— et connu pour ses menées anti-syndicales et autoritaires répétées puisse un jour se trouver à la tête du Parti québécois, un parti dont on prétend par ailleurs qu’il garde encore une orientation social-démocrate, on en tirera les leçons et on agira en conséquence. Non pas en se retirant avant que la course ne commence et en couronnant à l’avance son adversaire. Non pas non plus en se positionnant comme un observateur désengagé prêt à la fin à reprendre du service, pensant ainsi sauver malgré tout la mise, de la manière la plus opportuniste qui soit.

On agira en conséquences en cherchant à organiser à l’intérieur du parti, contre ce consensus nationaliste sans rivage qui est en train de s’installer au P.Q., une véritable opposition de type social-démocrate. Et pour ce faire, si l’on réalise –via les sondages— que sa propre candidature n’est pas suffisamment porteuse, on cherchera à se rallier à d’autres pour bâtir par exemple une sorte de front avec Martine Ouellet, Pierre Cérée ou d’autres, seule manière de ne pas disperser des forces et de s’opposer de manière durable à ce qui est effectivement en train de devenir une véritable bombe à retardement. Mais dans un sens tout autre peut-être que ne l’entendait Jean François Lisée.

Car s’il y a aujourd’hui un danger passablement inquiétant, c’est bien celui-là : qu’un leader connu pour son autoritarisme et ses pratiques ouvertement néolibérales, se trouve à ce point adulé de par sa position économique et sa fortune personnelle, qu’il parvienne en surfant sur une fibre nationaliste exacerbée, à s’imposer politiquement, tant à la tête du PQ que de la province. Et cela, sans l’ombre d’un débat de fond l’obligeant à rendre –ne serait-ce que minimalement— des comptes.

Qu’on se le dise : on a beau être au Québec en ce début de 21 ième siècle, les ombres de Berlusconi et de Duplessis continuent à planer de manière bien préoccupante sur notre devenir.


Pierre Mouterde
Sociologue essayiste

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  • Re: Une abdication qui en dit long

    Après avoir presque déclaré que l'attentat du 7 janvier, à Paris, était le fait des péchés de l'Occident et de la France (voir ''Je suis «Charlie», oui mais…'', dans le Devoir), M. Mouterde nous présente ici une nouvelle montée de lait. M. Péladeau est proche de devenir chef du PQ ! Vite, aux abris ! La méchante droite revient à la charge ! Ce qui étonne, c'est que M. Mouterde se donne la peine de déchirer sa chemise pour PKP alors qu'il était jadis en extase devant la victoire électorale du quasi-dictateur Hugo Chavez (voir site à bâbord, "Le Venezuela bolivarien entre ombres et lumières"). Chavez a pourtant massivement coupé le financement de tous les médias qui n'appuyaient pas ses politiques et qui ne faisaient pas circuler ses messages, laissant l'espace médiatique seulement aux journaux, radios et postes de télé qui diffusaient exclusivement son propos. Face à un tel totalitarisme, il est drôle de voir notre gauchiste de servie s'extasier, puis ensuite s'indigner face à Péladeau, chef de l'un des seuls quotidiens québécois qui possèdent une variété minimale d'opinions et qui n'est pas basé ailleurs qu'au Québec. Doit-on comprendre que les méthodes autoritaires reçoivent la bénédiction de M. Mouterde, lorsqu'elles passent par la gauche ? M. Mouterde devrait retourner distribuer les pamphlets oranges de Mme Françoise David. Cela conviendra parfaitement à ses intérêts militants et nous épargneraient ses ''analyses''.

  • Re: Une abdication qui en dit long

    J'ai eu moi-même un grand frisson quand j'ai vu ce magnat de la presse et anti-syndicaliste se présenter au PQ. J'ai tout-de-suite vu l'immense pouvoir de cet homme en politique. Puis, j'ai assisté à son ''putsh'' (probablement calculé) de la Marois... Il fallait qu'elle dégage; cette femme a été un fléau pour tous les ministères où elle a passé et elle osait nous réclamer le Québec!! Ouste!! Du balais!! Je n'aurais jamais voté PQ tant et aussi longtemps qu'elle aurait été là... Donc, malgré ses airs de petit nouveau à la réthorique plate, PKP avait déjà réussi à se placer comme futur roi sur l'échiquier du PQ. Il fût le seul à proclamer ce que le PQ doit proclamer: l'indépendance. Pour ça, il faut des sous. Il en a. Pour ça, il faut un chef qui a des sous à perdre ou à gagner: il en a. Pour ça, il faut de l'influence économique: il en a. Pour ça, il faut le contrôle des médias: il l'a. Nous sommes passés si près en 1995. Si ce n'eût été des médias et leur campagne douteuse (soudoyés par les fédéralistes majoritairement anglos de façon illégale) nous aurions un pays aujourd'hui. Parce que tout le monde sait que les ''!#*&!?'' de Rocheuses: ''On s'en fout!!''. Mais en 1995, mononc Georges avait ''je ne sais pas trop pourquoi'' peur de ne plus pouvoir y aller (chose qu'il n'a jamais fait de toute sa vie d'ailleurs). Cet homme terrorise l'opposition. On ne l'aime pas autant que René Lévèsque mais on en plus confiance en ses moyens. A-t-il le Québec à coeur; j'en doute. Son portefeuille est pas mal tout ce qui compte mais la richesse attire la richesse et enrichir les gens d'affaire de chez-nous au lieu de ceux d'ailleurs c'est un ''win-win'' pour tous les Québécois. Sans farce, les libéraux sont entrain de nous vendre à crédit sans intérêt!! Le pillage de nos ressources, la désaffection des institutions sociales et l'investissement étranger sont le pain et le beurre des gens comme Couillard, Barette et compagnie. Ils jouent sur l'émotivité. Ils coupent les ''osties'' de BS de quelques millions et tout le monde est heureux (les gens sont jaloux des BS sans trop savoir ce que c'est je crois). Et dans l'ombre, ils préparent le pipeline et le saccage de l'Île d'Anticosti... Il nous faut aussi notre Pays pour mettre un frein à cette immigration massive qui est entrain d'avaler la fragile culture du Québec, une culture dont les libéraux et les fédéralistes se foutent carrément. Un beau plan des zinzinclusifs canadiens pour nous rendre minoritaires et c'est quasiment dans le sac! Les prochaines élections seront cruciales pour l'avenir de notre peuple... ce sera un cri de bataille ou un cri d'agonie alors choisissez bien pour vos descendants le sort que vous leur réservez : un pays où ils décident ou bien une petite place minoritaire sans réel pouvoir (un peu comme les Amérindiens). Ce sera notre DERNIÈRE CHANCE. Notez bien ce que je dis. Bref, je n'aime pas PKP mais s'il est la méthode un peu malsaine du PQ pour faire avaler l'indépendance et bien prenons-là. La fin justifie les moyens.

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