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UNE AIDE INTERNATIONALE INADÉQUATE FACE AUX BESOINS DE L’HUMANITÉ

Lucie Fournier

Je suis membre de Développement et Paix, un organisme d’éducation à la solidarité internationale qui depuis 1968 recevait le soutien, comme bien d’autres ONG (organismes non gouvernementaux), de l’Agence canadienne de développement international par le biais de l’ADO, l’Aide au développement officielle.

Atta, Cameroun. (Juillet 1998) Ph. Lucie FournierCette aide était réservée au développement communautaire, c’est-à-dire à la réduction de la pauvreté, l’appui au développement économique des femmes, la participation citoyenne, l’éducation civique, le respect des droits humains, la démocratisation des sociétés afin de s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté et de l’exclusion.

Donc, cette collaboration entre l’Agence canadienne de développement international et les ONG ont permis au fil des ans de s’inscrire vraiment dans une philosophie de développement durable préconisant ainsi le partenariat avec des groupes, des ONG locaux, plutôt que de paternalisme.

Mais, les temps ont changé… L’ONU recommande toujours aux pays donateurs de verser 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide au développement mais en 2010, le Canada y consacrait 0,33 %. Le nouveau budget du Canada prévoit une nouvelle baisse de son aide étrangère de plus de 7 % d’ici 2014-2015. Ces coupures actuelles et à venir dans l’aide publique au développement ont déjà des conséquences désastreuses pour les populations les plus pauvres de la planète surtout que les ONG ne pourront honorer leurs engagements avec leurs partenaires du Sud.

Beaucoup d’ONG canadiennes sont inquiètes face à la nouvelles politique dans l’attribution de l’aide internationale. En effet, des subventions sont accordées à des organisations collaborant avec des sociétés canadiennes du secteur privé désirant investir dans des industries des pays du sud, comme les sociétés minières et leurs activités caritatives. Donc, le Canada semble vouloir faire passer ses intérêts commerciaux avant ceux des populations affectées.

Douala, Cameroun. (Juillet 1998) Ph. Lucie FournierLe Canada a aussi introduit un mécanisme d’appel d’offres qui favorise la concurrence et la compétition entre les ONG canadiennes en plus de laisser tomber les projets à long terme pour se concentrer sur des projets à court terme n’offrant aucune assurance de continuité pour les organisations partenaires locales. Cette nouvelle approche risque de fragiliser les réseaux de solidarité et de coopération internationale bâtis au fil des ans qui se verront désormais comme des adversaires plutôt que comme des collaborateurs dans le développement international.

Que peut-on faire? Beaucoup d’organismes se préparent à réagir. Une chose est certaine, alerter notre députée fédérale est déjà un bon pas. D’être attentifs aux actions qui émergeront afin de se solidariser est un autre moyen. Restons vigilants.

 

 

 

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  • Re: UNE AIDE INTERNATIONALE INADÉQUATE FACE AUX BESOINS DE ...

    J'espère ne pas être hors sujet avec mon commentaire, j'attends bien que le sujet et la préoccupation de l'article est centrée sur le désengagement de l'Etat concernant l'aide internationale. Je me lance pareil ! Au niveau du financement, ATTAC-Québec revendique la mise en place de la Taxe Tobin : (mais cela n’enlève pas la responsabilité des Etats !) Extrait du site http://www.quebec.attac.org : Taxe sur les transactions financières: "Taxe Tobin, taxe sur les transactions financières, taxe Robin des bois : le nom change mais le concept demeure, celui de freiner, en la taxant, la spéculation outrancière qui a cours sur les marchés financiers. 3000 milliards de dollars transitent chaque jour sur le marchés des devises seulement, la majorité à des fins spéculatives, soit faire de l’argent avec de l’argent. C’est si colossal qu’on a peine à l’imaginer. L’Institut autrichien de recherche économique estime qu’une taxe internationale sur les transactions financières de seulement 0,05 % pourrait rapporter près de 650 milliards de dollars par an. De quoi financer la lutte contre la pauvreté et les changements climatiques dans le monde, à l’heure où la majorité des États font face à de graves crises des finances publiques en partie causées, par ailleurs, par la fuite de capitaux dans les paradis fiscaux. L’idée d’une telle taxe est à l’origine même du mouvement ATTAC - son nom l’indique - qui la promeut depuis plus de dix ans, aux côtés d’une multitude d’autres organismes. La grave crise financière de 2008-2009, dont les conséquences ont plongé des dizaines de millions de personnes dans l’indigence, l’a propulsée en tête des mesures à prendre pour contrer l’emprise de la finance sur la société. Des campagnes pour la taxe Robin des bois, s’adressant notamment aux leaders du G20, ont lieu dans plusieurs pays du monde." Dans tous les cas, tous les Etats et les grandes compagnies devraient aussi regarder le côté éthique des échanges commerciaux avec les autres pays... Cela va de la main d'oeuvre sous payées aux conditions de travail déplorables et dangereuses...ou encore exploitation des matières premières là encore sous payées ce qui ne profite donc en aucun cas aux populations locales... car financer d'un côté l'aide au développement et exploiter de l'autre n'avance à rien... Un tournant vers le commerce équitable est impératif. Certaines grandes entreprises ne devraient même pas avoir le droit de commercer vu l'exploitation (permise indirectement par les Etats) qu'elles imposent à des milliers de personnes. C'est incroyable de voir où en est arrivée l'espèce humaine (où du moins ceux qui prennent les décisions pour le reste des hommes) en 2013... C'est ça qu'on appelle l'évolution ? Le progrès ? Je ne pense pas... En tous cas merci pour votre article, pour cette mise en garde. Espérons qu'on se réveille et qu'on arrête de laisser une minorité décider pour l'ensemble de la planète, espérons plus d'équité, espérons finalement une bonne prise de conscience sur l'essentiel.

  • Re: UNE AIDE INTERNATIONALE INADÉQUATE FACE AUX BESOINS DE ...

    je suis tout à fait d'accord avec vous et c'est justement ce qui est grave dans ce qui arrive avec les ONG. Ces organismes d'éducation à la solidarité internationale en lien avec des organismes partenaires du Sud combattaient à la source du problème de la pauvreté, c'est-à-dire, l'injustice sociale dont une des grandes causes est l'exploitation des ressources naturelles par les grandes compagnies multinationales. En sabrant dans cette aide à ces organismes , le Canada du coup, empêche ces mêmes organismes de s'attaquer aux structures même qui créent la pauvreté et l'exclusion. C'est d'une tristesse...

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