• Ruralité
Bilan santé de l’écosystème des cours d’eau

Bassins versants de la Montérégie : le travail n’est pas terminé

Caroline Barré

« L’adoption de pratiques agricoles bénéfiques, qui découlent de la réglementation et des programmes d’aide, a permis de réduire les apports de sources diffuses de polluants », constate Marc Simoneau, biologiste au ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC). Une amélioration de la qualité générale de l’eau dans les zones de gestion intégrées de l’eau (ZGIE) de la Montérégie a ainsi pu être observée.

Jean-Thomas Denault, agronome, M. Sc. et Marc Simoneau, biologiste, M. Sc., MDDELCC, PHOTO : Caroline Barré En Montérégie, 12 projets ont fait l’objet d’interventions et de suivis de la qualité de l’eau pour la période 2008-2012. Sur l’ensemble du territoire québécois, ils étaient au nombre de 45. « La qualité de l’eau peut encore s’améliorer », reconnaît Jean-Thomas Denault, agronome au MDDELCC. La pollution des cours d’eau en milieu agricole passe par les sols, mais dépend aussi de l’historique du bassin versant. Compte tenu du maintien des activités agricoles à proximité de ces affluents, il faut laisser le temps faire son œuvre.

Ainsi, lors de la journée Agri-Vision qui s’est déroulée le 21 janvier au Domaine de l’érable, un portrait de la santé de l’écosystème des cours d’eau a été présenté. Il résumait l’observation de l’évolution des ZGIE sur une période de 35 ans (1979-2013). Afin d’évaluer l’amélioration de la santé écosystémique d’un cours d’eau, des paramètres comme les températures, les substrats, les habitats et leur diversité ont été considérés. Ces variables ont des répercussions sur l’intégrité biologique d’un site et donc sur l’interaction entre les différentes communautés présentes (algues, macroinvertébrés, plantes aquatiques et poissons).

Les macroinvertébrés regroupent les vers, crustacés, mollusques et insectes qui composent la nourriture de plusieurs poissons, oiseaux et amphibiens comme les grenouilles. Leur présence et leur diversité dépendent surtout de la qualité de l’habitat. Ils réagissent donc plus lentement aux changements de la qualité de l’eau. « Les diatomées sont principalement influencées par la qualité de l’eau, très peu par l’habitat », explique M. Deanult. Il s’agit d’une forme d’algue unicellulaire qui intègre les variations de la qualité de l’eau sur une période d’une à cinq semaines.

Les concentrations de nitrates-nitrites et de phosphore total faisaient également partie de l’étude. En gros, 75 % des 45 projets suivis dépassaient la médiane de 0,03 mg/L de phosphore total. En Montérégie, c’est le ruisseau Norton qui présente la plus forte concentration. La rivière l’Esturgeon, qui compte une certaine proportion de sols organiques cultivés, sort également un peu du lot. Du côté des nitrates, 9 % de ces projets excédaient le seuil de 2,9 mg/L nécessaire à la protection de la vie aquatique. Le ruisseau Corbin, situé un peu en amont de la prise d’eau de Saint-Hyacinthe, dépasse le seuil de toxicité en nitrates. L’écosystème aquatique y est donc menacé.

Suivi physico-chimique

Le ruisseau Morpion, à Notre-Dame-de-Stanbridge. PHOTO : Caroline Barré Pour assurer ce suivi physico-chimique, les conditions météorologiques et l’hydrologie, soit la nature des cours d’eau et leurs propriétés, ont également dû être prises en considération. Une bonne catégorisation dépend ainsi de la variabilité naturelle de l’indice.

« On était dans des projets prioritaires où la pression agricole s’avérait très importante », souligne M. Denault, les cours d’eau les plus affectés étant majoritairement présents en Montérégie. Dans la plaine du Saint-Laurent, les substrats meubles (cours d’eau vaseux) prédominent. Les ruisseaux Coderre, Corbin et Morpions, ou encore les rivières des Hurons Nord et Barbue, situés à l’est du Richelieu, en sont des exemples. Les cours d’eau composés de sable et de gravier sont qualifiés de substrats grossiers (rivières l’Esturgeon et Lacolle). Malgré une pression similaire de l’activité agricole, les bassins versants du Corbin et de l’Esturgeon présentent un indice de santé des macroinvertébrés bien différent (50,8 [moyen]/22,5 [faible]). « Un rétablissement peut se faire par la présence d’arbres en bordure des cours d’eau », soutient M. Denault. La diversité des habitats ainsi créés en dépend. « Il faut savoir où sont les zones les plus problématiques pour cibler les efforts visant l’amélioration de la qualité de l’eau », conclut M. Simoneau.

Travaux d’aménagement aux abords de la rivière Noire, à Upton. PHOTO : Caroline Barré

 

Ce texte a paru dans La Terre de chez nous en région de la Montérégie du 18 février 2015.

 

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