• Ruralité
Publication du rapport de l’OBV Yamaska

Bilan de santé de la Yamaska à Saint-Hyacinthe

Alain Charpentier

En 2010, la Ville de Saint-Hyacinthe s’est associée à l’Organisme de bassin versant de la Yamaska (OBV Yamaska) afin d’établir un diagnostic des eaux de la rivière et de ses affluents situés sur le territoire de la municipalité. Cet échantillonnage, effectué sur une année complète, aura permis d’amasser des données éclairantes qui permettent de juger de l’impact du territoire de Saint-Hyacinthe sur le bassin versant de la Yamaska. Ces informations permettront par la suite à la Ville de cibler des secteurs d’intervention prioritaires.

Une méthode intelligente

En tout, 13 stations d’échantillonnage situées à des endroits stratégiques, allant de St-Pie en amont à St-Simon en aval. Les stations situées en amont et en aval permettent de mesurer la différence de qualité entre l’eau qui arrive à Saint-Hyacinthe et celle qui en ressort. Les stations intermédiaires, situées à l’embouchure des affluents de la Yamaska, permettent de mesurer l’impact de l’arrivée de cette eau dans la Yamaska et de comparer différents secteurs de la ville.

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La rivière Yamaska au centre-ville de Saint-Hyacinthe
(photo Alain Charpentier)

La qualité de l’eau de la rivière et de chacun de ses affluents a été établie en fonction d’un indice de mesure que l’on a adapté à partir de l’indice de qualité bactériologique et physico-chimique (IQBP) dont six paramètres ont été retenus : les coliformes fécaux (CF), la chlorophylle α (CHLA), les matières en suspension (MES), l’azote ammoniacal (NH3), les nitrites nitrates (NOX) et le phosphore total (PTOT). L’IQBP est évalué en pourcentages auxquels correspondent cinq cotes de qualité, allant d’A à E. Pour la Yamaska à l’entrée de Saint-Hyacinthe (à la hauteur de Saint-Pie), l’IQBP est de 20, ce qui correspond à un D (mauvaise qualité). Nous avons ainsi déjà à cette hauteur une qualité d’eau dégradée, ce qui n’a rien d’étonnant. Par contre, « en aval, on remarque une nette augmentation de la quantité de coliformes fécaux, passant ainsi pour ce paramètre de la classe A à B. De plus, une légère augmentation du phosphore total concorde avec les concentrations élevées des tributaires de la Yamaska », mentionne-t-on dans le rapport.

Des ruisseaux mal en point

Sans vouloir faire de jeu de mot, la source du problème se situe peut-être dans la piètre qualité de l’eau des affluents de la Yamaska. Dans ces affluents, la qualité de l’eau va de mauvaise à très mauvaise. Parmi les pires, mentionnons le ruisseau Mercier, le ruisseau Daigneault et la décharge des Douze.

Le ruisseau Mercier : phosphore et coliformes fécaux

Le ruisseau Mercier est le ruisseau qui traverse la Métairie (entre Saint-Joseph et La Providence). L’OBV Yamaska précise dans son rapport « qu’il s’agit d’un bassin versant principalement agricole avec un secteur urbain à son aval et un petit secteur forestier à son amont. À l’amont, on retrouve aussi la présence d’une carrière, ainsi que d’une usine de béton bitumineux.

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Le ruisseau Mercier, le plus pollué de l’étude
(photo Alain Charpentier)

La qualité de l’eau à cette station représente le site d’échantillonnage avec la qualité d’eau la plus dégradée de l’étude. Plus particulièrement, le phosphore, les coliformes fécaux et la turbidité obtiennent des cotes de très mauvaise qualité, alors que les matières en suspension obtiennent une cote de mauvaise qualité, avec des pointes pour le phosphore, les matières en suspension ainsi que la turbidité en période de crues. Les niveaux de coliformes fécaux augmentent en temps de pluie ou en crue, mais les pointes arrivent plutôt en période sèches. »

La décharge des Douze : des eaux particulièrement turbides

La décharge des Douze (ruisseau Donat-Giard) est aussi en piètre état. Ce ruisseau traverse la boisé des Douze, à Saint-Joseph. « Il s’agit d’un bassin versant principalement agricole avec un secteur urbain à son aval et un secteur forestier à son amont. À l’amont, on retrouve aussi la présence d’une carrière tandis qu’à l’aval sont situés le dépôt de matériaux de la ville ainsi qu’un dépôt à neige. La qualité de l’eau à cette station représente le site d’échantillonnage avec la qualité d’eau la plus dégradée de la présente étude en ce qui concerne les matières en suspension et la turbidité.

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La décharge des Douze dans le boisé des Douze
(photo Alain Charpentier)

Plus particulièrement, la turbidité et les matières en suspension obtiennent des cotes de très mauvaise qualité, alors que le phosphore obtient une cote de mauvaise qualité. Encore ici, les pointes pour le phosphore, les matières en suspension, les coliformes fécaux ainsi que la turbidité se situent en période de crues et d’événement de pluie. »

Le ruisseau Daigneault : explosion du taux de coliformes fécaux

Le ruisseau Daigneault traverse la rue St-Pierre Ouest, à la Providence. Il s’agit d’un petit bassin versant traversant un secteur agricole et urbain incluant un terrain de golf. Pour ce sous-bassin versant, le rapport indique que « [l]e phosphore, la turbidité et les matières en suspension obtiennent des cotes de très mauvaise et mauvaise qualité de l’eau avec des pointes de phosphore de fin août à fin septembre allant jusqu’à 1 300 μg/l ». À 200 μg/l la qualité de l’eau est déjà très mauvaise. De plus, « [i]l s’agit du bassin versant obtenant le taux de phosphore par km2 le plus élevé. Pour ce qui est des coliformes fécaux, une pointe lors d’un événement de pluie en septembre a dépassé les limites d’analyses pour les coliformes fécaux, soit plus de 6 000 UFC/100 ml. »

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Le ruisseau Daigneault au golf de la Providence
(photo Alain Charpentier)

Sur l’origine de cette pollution, « plusieurs facteurs peuvent entrer en ligne pour expliquer les niveaux de phosphore élevés. Le patron de phosphore semble être influencé par les périodes d’épandage agricole, mais il ne faut pas oublier de considérer l’apport probable du golf. De plus, le niveau de base de coliformes est relativement élevé, laissant croire à la possibilité de branchements d’égouts et de pluviaux croisés », nous indique le rapport.

Des pistes de solutions

Le rapport de l’OBV Yamaska recommande d’abord de maintenir le suivi de la qualité de l’eau de la rivière Yamaska et de ses principaux tributaires afin d’avoir une vision plus réaliste de l’état des cours d’eau. En effet, les conditions météorologiques peuvent faire varier les données considérablement sur une base annuelle.

Bien sûr, une autre recommandation importante vise les trois ruisseaux sus mentionnés, sur lesquels on suggère de concentrer les efforts d’assainissement.

Pour ce qui est de la problématique généralisée du phosphore sur le territoire, l’OBV Yamaska recommande l’évaluation des pratiques d’utilisation d’engrais des deux golfs présents afin de mesurer leur contribution à l’augmentation du taux de phosphore des ruisseaux Daigneault et Plein-Champ et, par conséquent, de la Yamaska. Pour chacun de ces cours d’eau, l’OBV Yamaska aimerait créer un comité de sous-bassin versant : « La création de tels comités représente une étape essentielle vers la mobilisation de la population et des acteurs locaux pour l’amélioration de la qualité de l’eau. Cette étape représente également une étape importante d’une gestion participative et intégrée de l’eau par bassin versant. Ces comités seraient composés des différents utilisateurs et secteurs qui ont un impact sur le bassin versant. Habituellement, les secteurs suivants y sont représentés : agricole, forestier, citoyen, industriel/commercial et municipal. »

Les matières en suspension et le phosphore sur le territoire font aussi l’objet d’une recommandation, soit d’évaluer les pratiques agricoles afin de déterminer si des améliorations peuvent être implantées. On veut aussi mesurer l’impact des deux golfs présents sur le territoire sur les ruisseaux qui traversent leur terrain afin de voir le rôle qu’ils ont à jouer dans l’augmentation du taux de phosphore (qui explose littéralement dans le ruisseau Daigneault, à La Providence).

Quant aux concentrations en coliformes fécaux dans le sous-bassin Mercier, anormalement élevées, et ce, de manière constante durant toute période d’échantillonnage, on juge « qu’il serait judicieux de vérifier si des branchements croisés pourraient être à l’origine de cette contamination. De plus, une méthode de contrôle assurant un branchement adéquat pour les nouvelles résidences serait pertinente. » (Par branchements croisés, on veut dire les égouts sanitaires qui partent d’une résidence pour se déverser dans un égout pluvial, au lieu d’aller à l’usine de traitement des eaux). « La Ville a déjà entrepris un plan de mise en conformité des installations sanitaires sur son territoire. Toutefois, les observations terrains démontrent qu’il est nécessaire de poursuivre l’application de ce plan, afin de réduire davantage l’impact des installations septiques sur les cours d’eau. »

Enfin, « l’implantation de bandes riveraines, incluant les strates de végétation arbustives et arborescentes, est fortement recommandée, afin de réduire les apports en phosphore et en matières en suspension. Ces bandes riveraines constitueront par la même occasion des habitats plus propices aux espèces fauniques. Finalement, le maintien des boisés et milieux humides existants permettra de conserver des endroits perméables essentiels à la régulation des débits en plus d’assurer un rôle épurateur naturel. »

Une biodiversité à valoriser et à protéger

À ces recommandations, je me permets d’ajouter les miennes. Je crois qu’il faut revaloriser les ruisseaux qui traversent notre territoire en signalant leur présence par des panneaux le long des routes, un peu comme cela se fait sur les routes provinciales. Plusieurs de ces ruisseaux sont inconnus du public. On les voit tous les jours, mais sans connaître leur nom. Or, comment protéger ce qu’on ne connaît pas ? Si en empruntant la rue Saint-Pierre on voyait un panneau indiquant « ruisseau Mercier », cela nous rappellerait son existence et l’urgence de le protéger. De plus, le rapport fait seulement état de la qualité de l’eau en fonction de critères bactériologiques et physico-chimiques, mais il ne nous renseigne pas sur la biodiversité de ces habitats. Si les gens apprenaient quelles plantes, quels oiseaux, quels mammifères, quels poissons et quels amphibiens on retrouve dans ces cours d’eau, ils seraient étonnés d’y voir autant de vie. Or, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir...

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Demoiselle bistrée, boisé des Douze
(photo Alain Charpentier)

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  • Re: Bilan de santé de la Yamaska à Saint-Hyacinthe

    <p>Je ne comprends pas qu&rsquo;en 2011 nous en sommes encore au stade de cr&eacute;er des comit&eacute;s d&rsquo;&eacute;tude pour nos cours d&rsquo;eau. Actuellement, nous poss&eacute;dons tous les &eacute;l&eacute;ments et les connaissances n&eacute;cessaires pour l&rsquo;am&eacute;lioration de ceux-ci. L&rsquo;assainissement de notre environnement n&rsquo;est pas une question d&rsquo;intellectuels ou d&rsquo;&eacute;cologistes &agrave; la langue bien pendue mais plut&ocirc;t de gros bon sens. Cela fait des lustres que nous savons qu&rsquo;il faut reboiser et restaurer la flore environnante et pas seulement autour de nos cours d&rsquo;eau&hellip;<br /> La facture &agrave; payer est inimaginable. Les pertes &agrave; subir pour les industries, les agriculteurs, les riverains et les citoyens font partie d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; surr&eacute;elle. Les pseudo-normes qu&rsquo;&eacute;tablissent nos &eacute;normes t&ecirc;tes pensantes n&rsquo;ont jamais &eacute;t&eacute;s suffisantes et ne le seront jamais assez. Ce n&rsquo;est pas plus ou moins 75 pieds du bord de nos cours d&rsquo;eau qu&rsquo;il nous faut prot&eacute;ger mais 200, 300 pieds et m&ecirc;me plus.<br /> On nous parle beaucoup de l&rsquo;eau qui se trouve dans nos rivi&egrave;res, mais peut-on nous informer clairement de ce qui se trouve dans leur fond. J&rsquo;ai bien l&rsquo;impression que cela ne risque pas de nous encourager.<br /> Nous sommes paresseux et peureux, nous laissons le pouvoir de d&eacute;cision &agrave; une petite monarchie de basse-cour. Par la suite, on se permet de les critiquer. Ce n&rsquo;est pas des comit&eacute;s qu&rsquo;il nous faut cr&eacute;er mais des actions qu&rsquo;il faut poser &agrave; petite et &agrave; grande &eacute;chelle. Sachant que la source r&eacute;elle du probl&egrave;me n&rsquo;est pas le simple citoyen (m&ecirc;me s&rsquo;il a sa part) mais nos industries et nos gouvernements mercantilistes, n&rsquo;encourage pas une mobilisation essentielle aux actions. Le vrai pouvoir appartient &agrave; la masse, &agrave; savoir ce qu&rsquo;elle veut et ce qu&rsquo;elle ne veut pas.<br /> Michel Beaupr&eacute;</p>

  • Nommer les choses

    <p>il est vrai qu&rsquo;en tout premier lieu, pour r&eacute;gl&eacute; un probl&egrave;me, il faut au moins le nommer&nbsp;; les ruisseaux dont tu fais mention dans ton article&nbsp;; ruisseau Donat-Giard, ruisseau Daigneault m&rsquo;&eacute;tait jusqu&rsquo;&agrave; aujourd&rsquo;hui anonymes. Ce qui sans doute contribuait &agrave; les rendrent un peu abstraits dans mon esprit.</p> <p>excellent article, tr&egrave;s bien document&eacute;. qui fait &eacute;tat de se que l&rsquo;on se doutait malheureusement&nbsp;; que la rivi&egrave;re Yamaska n&rsquo;est toujours pas sortie du bois...</p> <p>Nelson Dion</p> <p>&nbsp;</p>

  • Très bon article

    <p>Tr&egrave;s bon article. Enrichi de tr&egrave;s belles photos... Saisissantes, celles des habitations face aux ruisseaux pollu&eacute;s...</p> <p>Jolie demoiselle bistr&eacute;e aussi... Magnifique insecte...</p> <p>&nbsp;</p>

  • Re: Bilan de santé de la Yamaska à Saint-Hyacinthe

    <p>Merci pour cet article. Tr&egrave;s pertinent et tr&egrave;s bien &eacute;crit.</p>

  • Re: Bilan de santé de la Yamaska à Saint-Hyacinthe

    <p>Le nom des ruisseaux</p> <p>Merci Alain pour cet article fort bien fait et tr&egrave;s pertinent. Tout un dossier que la gestion des eaux de la Yamaska et nul doute que la gestion par bassin versant de ruisseau est l&rsquo;une des solutions les plus ad&eacute;quates. Plusieurs comit&eacute;s se sont form&eacute;s depuis la parution de cet article et c&rsquo;est fort heureux. J&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; propos&eacute; &agrave; l&rsquo;OBV Yamaska d&rsquo;identifier les ruisseaux afin de cr&eacute;er l&rsquo;appartenance. Le comit&eacute; de communication en a pris note, mais l&agrave; aussi l&rsquo;argent est le nerf de la guerre. &Ccedil;a viendra sans doute. Justement en ce qui concerne les ruisseaux, je veux attirer votre attention sur la complexit&eacute; du nom des ruisseaux dans notre r&eacute;gion. Il y a dans le secteur la Providence, un peu plus loin que le golf, un ruisseau nomm&eacute; d&eacute;charge des 12, alors que c&rsquo;est la d&eacute;charge des Douze qui traverse la r&eacute;serve naturelle du Bois&eacute;-des-Douze. Il y a souvent confusion dans les documents, dont la premi&egrave;re &eacute;dition de l&rsquo;important rapport consult&eacute; par l&rsquo;auteur de cet article. Depuis, le ruisseau Donat-Giard n&rsquo;est plus mentionn&eacute; dans le document. Comme il semble que son embouchure soit non loin de celle de la d&eacute;charge des Douze, il y avait l&agrave; aussi confusion. On peut trouver la version corrig&eacute;e du rapport sur le site de l&rsquo;OBV Yamaska&nbsp;: <a class="spip_url spip_out" href="http://www.ville.st-hyacinthe.qc.ca/medias/pdf/services/environnement/RFinal_echantillonnage2010_St-Hyacinthe-OBVYamaska.pdf" rel="nofollow external" target="_blank">http://www.ville.st-hyacinthe.qc.ca...</a><br /> C&eacute;line Lussier Cadieux</p> <p class="hyperlien">Voir en ligne : <a class="spip_out" href="http://http//www.journalmobiles.com/spip.php?article108" target="_blank">Bilan de sant&eacute; de la Yamaska &agrave; Saint-Hyacinthe</a></p> <p>&nbsp;</p>

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