• Ruralité

L’argent ne pousse pas dans les arbres… ni dans les terres agricoles !

Catherine Courchesne

Le sujet des taxes foncières agricoles est un terrain fertile de désaccords entre, d’un côté, des producteurs agricoles s’insurgeant contre des taxes de plus en plus élevées et, de l’autre, une Ville dont le budget dépend grandement de ces mêmes taxes. Malgré leur différend, les deux parties sauront-elles trouver un terrain d’entente ?

L’enjeu des taxes foncières agricoles ne date pas d’hier. Pourtant, dernièrement, le ton a monté entre les producteurs agricoles et la Ville de Saint-Hyacinthe, les premiers voulant une taxation à taux variés que la seconde refuse d’appliquer… Afin de mieux comprendre la situation, le journal Mobiles s’est entretenu avec André Mousseau, président du Syndicat de l’UPA de la Vallée maskoutaine, ainsi qu’avec Claude Corbeil, maire de Saint-Hyacinthe.

Le ras-le-bol des producteurs agricoles

Président du Syndicat de l’UPA de la Vallée maskoutaine, André Mousseau est également producteur de cactus à Sainte-Marie-Madeleine pour son entreprise Le Cactus fleuri. Il connaît donc très bien l’enjeu des taxes foncières agricoles de la MRC des Maskoutains. « Le problème vient principalement de l’explosion de la valeur des terres agricoles de la région, certaines ayant connu une hausse annuelle d’environ 43 %. Une situation qui oblige les producteurs à payer des taxes foncières ne représentant pas du tout leurs revenus réels, et ce, sans obtenir un seul service municipal de plus ! »

André Mousseau, président du Syndicat de l'UPA de la Vallée Maskoutaine. Photo : Guillaume Mousseau

La hausse faramineuse de la valeur des terres maskoutaines s’explique par un système d’évaluation foncière basé sur les prix des terres vendues aux industriels, aux investisseurs étrangers, aux spéculateurs, ou encore, aux grands producteurs de ce monde. « Ce qui est une aberration, s’exclame l’expert, surtout quand on sait qu’environ 75 % des ventes se font entre les membres d’une même famille, donc à des prix beaucoup moins élevés. »

Les conséquences de ce système d’évaluation sont importantes. D’une part, les agriculteurs de la relève se voient incapables de reprendre les terres. D’autre part, après avoir payé leurs taxes, les producteurs n’ont plus assez d’argent pour investir dans des équipements technologiques qui les placeraient en position de répondre aux divers défis agroécologiques. « Pour nous permettre de souffler un peu, il faudrait que la Ville applique une taxation à taux variés », affirme M. Mousseau. Ce que la Ville refuse de faire… pour l’instant.

La prudence de la Ville

Lui-même propriétaire agricole, le maire de Saint-Hyacinthe comprend parfaitement les revendications des producteurs. Pourquoi, alors, refuse-t-il d’appliquer la taxation à taux variés ? « Les taxes foncières agricoles représentant une large part du budget de la Ville (environ 8 %), je ne peux adopter une solution qui ne ferait que déplacer le problème dans les poches de l’ensemble des Maskoutains », explique M. Corbeil. C’est pourquoi il préfère jouer de prudence et attendre la réforme du programme de fiscalité foncière agricole qui, selon le nouveau gouvernement caquiste, devrait voir le jour incessamment et régler la situation de manière uniforme.

Toutefois conscient de l’ampleur du problème et de l’urgence d’agir, le maire s’engage à trouver une solution d’ici le prochain budget, « si Québec ne bouge pas de son côté ». Entre-temps, il demande aux producteurs agricoles de faire preuve (encore) d’un peu de patience… Une denrée qui, chez ces derniers, semble déjà rare en ce début d’année.

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