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Aide sociale : au-delà des préjugés, la réalité

par Isabelle Chicoine
Collaboration Spéciale

Il est de nos jours trop facile de juger ce que l’on ne connait pas vraiment, de se faire une idée globale sur une situation ou sur un groupe de personnes, sans avoir vu, sans avoir entendu, sans l’avoir tout simplement vécu.

On se permet alors de juger parce que l’on connait quelqu’un… qu’il y a le voisin d’un tel, ou la belle-sœur d’un autre, qui est sur l’aide sociale et qui « fraude » le système, parce qu’il travaille au noir ou encore qu’il n’avoue pas être en couple pour ne pas être coupé dans ses prestations. Des pratiques pourtant loin d’être généralisées, d’ailleurs.

Mais nous, petits ou grands salariés de cette société, ne sommes pas nécessairement blancs comme neige ! On juge ces prestataires d’aide sociale comme s’il n’y avait qu’eux qui pouvaient contrevenir aux lois et aux règles de notre beau gouvernement, lui aussi tellement pur et angélique…

Qui n’a jamais eu de « tache à son dossier »? Qui n’a jamais menti ou oublié d’informer son client, son assureur, son employeur, son intervenant ou encore le gouvernement, d’un fait pourtant très important! Qui n’a jamais payé un bien ou un service comptant et sans facture, pour payer moins cher, à l’abri de l’impôt?

Je crois que je ne comprendrai jamais cet acharnement qui s’abat sur ces personnes qui, pourtant, vivent avec tellement peu de revenus et de moyens. Cela devrait être l’inverse, on devrait plutôt saluer leur courage de rester debout malgré tout ce qu’il leur arrive, reconnaitre qu’ils tentent de faire des miracles avec le peu qu’ils reçoivent.

Si j’ai une certitude concernant ces gens, ce n’est pas qu’ils manquent de volonté à se sortir de leur misère, ils manquent simplement de ressources! Ce qu’ils reçoivent chaque mois ne suffit même pas à couvrir les besoins essentiels, soit se loger convenablement, manger 3 repas par jour, avoir accès à du transport, à des services de communication, etc. Ils sont en « mode survie », au lieu d’être en « mode action ». C’est ce qui fait toute la différence.

Il y a maintenant plus de 5 ans que je travaille à l’ACEF, que je côtoie presque tous les jours des hommes, des femmes, des couples, des familles et des ainés prestataires d’aide sociale qui viennent nous rencontrer pour de l’aide, et ce, sur une base volontaire.

Personne n’est obligé de venir dans nos bureaux. Il n’y a pas non plus de récompense systématique à le faire, mais pourtant ils viennent… Ils viennent s’informer, se dévoiler, au cas où l’on aurait une partie de la solution à leurs nombreux problèmes, le petit plus qui peut parfois tout changer, le comment auquel ils n’avaient pas pensé, ou simplement le plus précieux des cadeaux : quelques heures d’écoute, de compréhension et d’indignation de ce qu’ils vivent à tous les jours.

C’est pourquoi nous luttons, par des activités et des gestes collectifs, symboliques ou concrets, pour exprimer à tous, qu’il faut que ça change !

 

Ce texte a paru dans le bulletin de l'ACEF printemps 2013

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  • Re: Aide sociale : au-delà des préjugés, la réalité

    Comme dans tous les groupes sociaux, il y a un petit pourcentage de gens qui entachent la réputation des autres. J'ai loué un appartement à une assistée sociale et elle a causé plus de dommages en 6 mois que j'aurais pu en causer dans toute une vie. J'ai dû assumer le coût des réparations et les pertes de revenu le temps des rénovations. Malheureusement, je vais dorénavant être très réticente à louer à des assistés sociaux parce que je suis tombée sur la mauvaise personne.

  • Re: Aide sociale : au-delà des préjugés, la réalité

    J'espère que non. Vous expliquiez bien vous-même que ce serait une erreur. Quand on loue un appartement, il est impossible de savoir si la personne a une tendance délinquante ou destructrice. Ces problèmes vont logiquement survenir souvent auprès de gens qui ne sont *pas* sur l'aide sociale. La manière la plus sure et la plus légale et de contacter les anciens propriétaires de ses logements passés ou anciens tuteurs s'il y a lieu. La loi au Québec suggère de ne pas demander à la personne de révéler si ses revenus proviennent de l'aide sociale, de l'assurance-emploi, d'un emploi, etc. (car il s'agirait alors de discrimination) Mais vous avez le droit de parler aux anciens propriétaires des logements où la personne a habité pour vous assurer de son honnêteté à payer, etc. En effet, tout ce que les proprio ont besoin de savoir est que la personne paie mensuellement et ne brise pas.

  • Re: Aide sociale : au-delà des préjugés, la réalité

    Tu aurais pu tout simplement demandé des références de cette façon tu ne mets pas toutes les personnes assistées sociales avec cette étiquette, avec ce préjuger. J'en connait des personnes assistées sociales qui fait attention à son appartement ben plus que bien des gens qui ne le sont pas...

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