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À LA TÊTE DES CASSEROLES MASKOUTAINES

Alexis le marcheur

Paul-Henri Frenière

Quinze minutes avant l’heure du rassemblement pour la marche des « casseroles maskoutaines » du 20 juin, Alexis Tremblay, l’un des organisateurs, semblait un peu inquiet. Seulement une poignée de manifestants se trouvaient devant le marché public. Craignait-il que l’événement soit un flop ?

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Alexis Tremblay, quinze minutes avant l’heure du rassemblement.
Photo : Paul-Henri Frenière.

« J’ai oublié l’itinéraire à la maison, me dit-il, il faut que j’aille le chercher ». Pendant son absence, les gens ont commencé à affluer de toutes parts. De la petite côte Saint-Denis, de la rue des Cascades, des avenues Saint-François et Saint-Simon ; des jeunes, des plus vieux, surgissaient avec leur casserole ou leur poêlonne à la main.

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Devant le marché public, quelques minutes plus tard.
Photo : Paul-Henri Frenière.

C’est donc une foule nombreuse – 300 personnes environ – qu’Alexis Tremblay a retrouvée à son retour. Comme à l’habitude, il a fait part de l’itinéraire aux policiers de la Sûreté du Québec.

« Il y a quelques étudiants qui me reprochent cela, certains me traitent même de collabo », m’a-t-il confié lors d’une entrevue accordée plus tôt dans la journée.

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Photo : PHF.

« Je crois qu’il ne faut pas généraliser. C’est certain qu’il y a des policiers qui n’ont pas agi correctement, surtout dans les grandes manifestations à Montréal, Québec et Trois-Rivières. Mais ici, à Saint-Hyacinthe, tout se passe bien. Il y a même des agents qui m’ont dit qu’ils étaient d’accord avec nos revendications ».

Alexis Tremblay est considéré comme un leader des marches qui ont lieu à Saint-Hyacinthe depuis plusieurs semaines. Comme le président du REECSH (Regroupement des étudiants et étudiantes du cégep de Saint-Hyacinthe), Anthony Chiasson-Leblanc, demeure à l’extérieur de la ville, c’est lui, le vice-président, qui a naturellement assumé cette fonction.

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À la manif du 27 mars.
Photo : Nelson Dion.

Il a d’abord dirigé les marches étudiantes qui ont débuté en mars dernier, puis, lorsque le phénomène des casseroles est arrivé, il a conservé son rôle. Sauf qu’à partir de ce moment, le visage des manifestants a quelque peu changé.

« À ce temps-ci de l’année, j’avoue que la mobilisation des étudiants est plus difficile à faire. Heureusement qu’il y a les personnes plus âgées (et là, je choisis bien mes mots pour ne pas vexer personne, dit-il avec le sourire) qui prennent la relève et qui nous encouragent à poursuivre notre lutte. »

« Ma génération a été souvent critiquée, affirme le grand gaillard de 18 ans. On parlait de la génération de l’enfant unique reconstitué, l’enfant-roi. Mais je pense que nous avons fait la preuve que nous étions capables d’initiatives, de détermination et de solidarité. Qu’on était même prêts à sacrifier une session d’études pour venir en aide aux générations à venir. »

Un animateur hors pair

Alexis Tremblay est aussi capable d’éloquence. Il l’a démontré à plusieurs reprises puisque les marches se terminent la plupart du temps par des discours, où chacun peut prendre la parole, mais qu’il amorce toujours. Pour plusieurs, il s’est révélé un animateur hors pair qui sait entretenir une foule.

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Au parc Casimir-Dessaulles, le 20 juin.
Photo : Paul-Henri Frenière.

Ses pointes d’humour et son sens de la répartie ont été remarqués, si bien que certaines de ses interventions se retrouvent sur YouTube.

Comme Léo Bureau-Blouin, Alexis a fait ses études secondaires à l’Ecole Saint-Joseph : mêmes professeurs, mêmes cours, mêmes intérêts semble-t-il.

Dès son arrivée au cégep de Saint-Hyacinthe, il y a environ cinq mois, il a joint l’association étudiante. Il s’intéresse au cinéma, au théâtre, à la littérature, et de plus en plus à la politique.

« J’ai vraiment accroché à la politique lors de la dernière campagne fédérale, affirme-t-il. J’ai tellement été déçu par l’élection d’un gouvernement majoritaire conservateur… »

Est-ce qu’une carrière en politique l’intéresserait ? « Pas vraiment. Je pense plutôt me diriger vers les communications, peut-être le journalisme. »

En fin de carrière, il espère pouvoir enseigner aux jeunes ce qu’il aura appris au cours de sa vie. Chose certaine, le printemps 2012 lui aura fourni tout un apprentissage…

 

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