• Société
Lettre ouverte

Croissance et réduction de la pauvreté

Michel Filion

Je termine aujourd’hui une mission de 10 jours en Colombie pour le compte de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). J’y ai enseigné la gestion des projets internationaux à un groupe d’étudiants plutôt favorisés dans une École d’Administration des Affaires dans le quartier favorisé de la capitale. Mais loin de ce profil sociodémographique, je me demandais comment une économie en pleine croissance traitait les plus pauvres.

En fait, ma réflexion partait des trois articles de Roger Lafrance publiés dans les pages de ce journal et qui faisaient le portrait de la pauvreté à Saint-Hyacinthe. En route vers Bogota, je me demandais quelle différence y avait-il entre les défis des économies comme la nôtre et celles qui sont en plein rattrapage comme celle de la Colombie, du Brésil, du Pérou et de la Bolivie. Ces pays ont une croissance économique annuelle supérieure à 5 % (avec des pointes à 8%), les investissements privés sont massifs et ils visent l’acquisition de machines-outils qui augmentent la productivité de chaque employé. Les reportages sur la misère de quartiers pauvres ou des zones rurales de ces pays continuent d’être valides. Il y a des histoires dramatiques de familles jetées à la rue sans aucun recours, mais il faut aussi imaginer la transformation rapide des centres-villes, la construction de ponts, de routes et une effervescence comme celle qu’a connu le Québec dans les années 1960.

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Ph. http://lacomunidad.elpais.com

Si nous utilisions les mêmes paramètres pour décrire le Québec, nous serions tenu de dire que la croissance ne dépasse que rarement 2 %, que les investissements en gain de productivité sont rares et que l’emploi massif de main d’œuvre, qui permet de donner accès à un salaire décent à des familles, fait exception.

D’autre part, les administrations publiques de ces nouveaux pays émergents bénéficient année après année d’une augmentation de leurs moyens financiers réels. Ils sont à créer leurs filets sociaux avec des programmes comme l’accès à la santé pour les démunis, les régimes de pensions, l’aide du dernier recours et les programmes de logements sociaux. Ils sont au moment de la joute du développement humain qui est, pour ainsi dire, la plus simple. Les gestionnaires publics savent comment redistribuer la richesse quand elle se créé. C’est quand la société peine à la créer que nous avons des difficultés.

Leur défi est de convaincre les groupes de pouvoir de ne pas accaparer tous les bénéfices du développement économique.

Nous, au Québec, nous sommes dans une dynamique différente et il n’y a pas de référence historique. A moins qu’il y ait un changement de rythme de croissance, nous devons concilier une certaine stagnation économique avec des besoins sociaux en croissance. Nous sommes mis au défi d’inventer de nouvelles façons de faire.

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