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De Rudkøbing à Saint-Hyacinthe par amour

Sophie Brodeur

En juin 2012, Annette Jespersen, danoise originaire de Rudkøbing sur l’île de Langeland, s’est installée à Saint-Hyacinthe avec son mari, Antony Bastien, étudiant à l’École de médecine vétérinaire.

Annette n’aurait pas pensé qu’elle quitterait un jour le Danemark pour aller vivre ailleurs. Mais l’amour, le grand, amène parfois les gens à prendre des décisions radicales et à s’engager dans une voie qui, autrement, n’aurait pas effleuré leur esprit.

Rencontre d’un Québécois à Copenhague

Annette et Antony PHOTO: Sophie Brodeur C’est en 2009 qu’Annette et Antony se sont rencontrés. Ils étaient tous deux étudiants à la Copenhagen Business School, une université de langue anglaise au Danemark. Antony y participait à un échange orchestré par l’Université Laval pour étudier durant une session à l’étranger.

Les étudiants étrangers bénéficiaient d’un programme de jumelage avec les étudiants locaux qui les aidaient à s’installer et à se familiariser avec la vie danoise, pas toujours évidente, notamment à cause de la barrière de la langue. Annette s’occupait d’un étudiant de Singapour, tandis qu’Antony était pris en charge par une de ses amies.

C’est à un souper typiquement danois organisé pour les étudiants étrangers qu’ils se sont rencontrés pour la première fois. Et c’est la semaine suivante, à une autre fête, qu’ils ont appris à mieux se connaître. « Il est arrivé en complet et je me suis dit wow ! », me raconte Annette, les yeux brillants. Ils sont devenus amoureux.

Au début, ils croyaient que leur histoire serait éphémère et durerait le temps qu’Antony vivrait là-bas. Mais quand il a dû partir en juin, ça faisait trois mois qu’ils vivaient ensemble et ils n’envisageaient plus de se quitter. Ils se sont donc beaucoup parlé par Skype.
Leurs conversations, difficiles à coordonner à cause du décalage horaire de six heures, étaient longues et profondes. Les décisions à prendre pour poursuivre leur vie commune requéraient une vision à long terme et étaient très engageantes.

Découverte du Québec

Ce même été, Annette est venue au Québec pour la première fois. Elle a trouvé le pays très beau, particulièrement les montagnes. Et elle a remarqué que les gens étaient accueillants. Elle avait suivi quelques cours de français, mais ne le parlait pas encore. Ses beaux-parents, heureusement pour elle, parlaient anglais. Ils pouvaient donc communiquer.

Annette et Antony se sont mariés en 2011 au Danemark. On ne se marie pas plus au Danemark qu’ici, mais puisque le mariage facilite beaucoup les choses en matière d’immigration, Annette et Antony ont fait le grand saut. En juin 2012, Annette débarque enfin à Saint-Hyacinthe pour y vivre avec son amoureux. Elle se sent à l’aise ici parce qu’elle vient aussi d’une petite ville. Elle aime particulièrement les boutiques spécialisées de la rue des Cascades et les bons restaurants.

Le Danemark est reconnu pour sa grande qualité de vie et son système social très développé. Les Québécois sont souvent étonnés quand elle leur explique qu’elle est venue s’installer ici. « Pourquoi ? », lui demandent-ils. « Par amour », répond-elle invariablement. La vie est très différente au Québec, mais Annette s’y adapte puisqu’elle y envisage sa vie sur le long terme.

Les disparités sociales sont beaucoup plus visibles ici, selon elle, qu’au Danemark où les contribuables sont beaucoup taxés, ce qui permet un système social très développé. Elle remarque aussi que l’utilisation de l’automobile est beaucoup plus répandue ici. Là-bas, les autos sont dispendieuses et il est rare d’en trouver deux dans une même famille. Et, puisque l’hiver danois est beaucoup plus clément que le nôtre, cela permet aux gens d’utiliser leur vélo toute l’année durant. D’ailleurs, à Copenhague, environ 50% du transport urbain se fait à vélo.

Adaptation à une nouvelle vie

Annette a gardé ses bonnes habitudes et utilise souvent sa bicyclette pour se rendre au Cégep de Saint-Hyacinthe où elle étudie. Elle y suit, entre autres, un cours de français pour allophones. Elle a progressé de façon très rapide et parle maintenant un français impeccable, teinté d’un léger accent. Elle dit ne pas toujours penser en français, mais elle le parle de plus en plus, autant au cégep avec ses amis qu’à son travail au Simons des Promenades Saint-Bruno, qu’à la maison avec son mari et sa belle-famille.

Quitter son pays pour vivre ici avec son amoureux n’est pas sans conséquence. Elle laisse là-bas sa famille : sa mère, ses deux frères, ses grands-parents, ainsi qu’une quantité d’oncles, de tantes, de cousins, de cousines… Les membres de sa famille l’ont appuyée dans son choix parce qu’ils trouvaient important qu’elle vive sa vie et aussi parce qu’ils avaient confiance en Antony. Sa grand-mère n’était pas surprise de son départ. Elle a toujours su qu’Annette, qui a déjà passé un an à Bruxelles comme fille au pair, était ouverte à l’aventure.

Ce qu’elle trouve le plus difficile dans l’éloignement est de manquer des évènements où toute sa famille est réunie, tels le mariage de son frère ou le 50e anniversaire de mariage de ses grands-parents. Les traditions qui entourent Noël, particulièrement le repas préparé par sa grand-mère maternelle, lui manquent beaucoup. Heureusement, elle communique avec sa famille par Skype chaque semaine, ce qui permet de maintenir des relations proches malgré la distance.

Elle a la chance de très bien s’entendre avec sa belle-famille, qui habite Québec. Elle les considère maintenant comme sa famille, un point d’ancrage très important pour Annette puisqu’elle est ici pour rester. Le seul regret qu’elle exprime concerne le recul qu’elle a dû prendre par rapport à ses études. Mais tout n’est pas perdu puisqu’elle attend des papiers officiels du Danemark qui devraient lui permettre, maintenant qu’elle maîtrise la langue française, d’être admise dans une université francophone.

Souhaitons à Annette beaucoup de succès dans ses projets de vie chez nous.

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