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Démolition de l' APAJ : L'organisme réagit

Lettre ouverte

Le 29 août dernier, M. le maire Claude Corbeil annonçait, en conférence de presse, avoir trouvé une solution aux inquiétudes des citoyens et des commerçants concernant le manque de places de stationnement au centre-ville : l’achat et la démolition prochaine de bâtiments qui n’impliqueraient pas d’éviction massive. En effet, selon la Ville, seulement trois locataires auraient à être relocalisés. Trois locataires, certes, dont un organisme d’alphabétisation populaire, l’APAJ (Aide pédagogique aux adultes et aux jeunes).

Or, un organisme communautaire, ça représente plus de personnes touchées qu’on veut nous le laisser croire. En effet, présentement, près d’une cinquantaine de participants, participantes et bénévoles fréquentent l’organisme chaque semaine. En plus des ateliers d’alphabétisation, d’initiation à l’informatique, de cuisine, le club santé, le club de lecture, le comité des participants et participantes, ils y trouvent aussi un lieu d’appartenance où ils sont accueillis, valorisés et soutenus.

Dans l'ordre habituel, à l'avant : Alain Brodeur, Nathalie Messier, arrière : Isabelle Giguère, coordonnatrice, Claude Blain, Érick Rivard et Myriam Dubé formatrice. Photo : Nelson Dion

Voici quelques-unes de leurs réactions à la suite de la nouvelle du déménagement forcé :

 

« J’ai peur que l’APAJ ferme… Je ne pourrai peut-être plus venir aux ateliers de cuisine. Ça va peut-être être trop loin et je viens à pied ! Pourquoi ne pas faire un stationnement souterrain ? » — Maryse, 24 ans

 

« Je suis déçu et bouleversé… » — Jean, 76 ans

 

« Je ne suis pas d’accord pour déménager, ça m’insécurise, ça va changer mes habitudes… » — Chantal, 49 ans

 

« Je n’en reviens pas que la Ville ne nous aide pas plus, surtout que l’APAJ aide des gens démunis… J’en reviens toujours pas. » — Patrick, 40 ans

 

« Pour nous, c’est difficile à prendre. Ça va nuire à notre équilibre de vie qu’on a construit au fil des ans. C’est très déstabilisant. On était habitués à cette place-là et on se croyait chez nous. Je pense pas que Réseau Sélection, c’est une bonne idée. Le chaos de la construction, ça va être l’enfer ! » — Jacques, 61 ans

 

« Où ça me dérange le plus, c’est de voir mon monde qui est très bouleversé. Moi, personnellement, ça ne me fait ni chaud ni froid. » — Christian, 60 ans

 

« Ça me fait de la peine d’apprendre ça, parce que j’ai eu beaucoup d’aide de leur part. En plus, ça va leur coûter cher… » — Thérèse Dalpé, 85 ans (qui a commencé l’alphabétisation à 69 ans)

 

Depuis le début des activités de l’organisme, il y a maintenant un peu plus de 20 ans, l’APAJ a pignon sur rue au centre-ville et il est primordial que ça continue ainsi pour favoriser l’accessibilité à ses activités. L’endroit, occupé depuis près de 17 ans, était chaleureux, assez grand pour répondre aux besoins et abordable. Sera-t-il possible de retrouver l’équivalent dans le quartier ? La Ville a dit qu’elle appuierait l’APAJ dans la recherche de locaux. Jusqu’à ce jour, les propositions se font toujours attendre.

 

Autres réactions :

 

« Monsieur le Maire,

Je ne comprends pas un homme instruit comme vous de mettre à la rue des personnes qui ne sont pas fortunées, qui vont à l’APAJ pour apprendre, car dans les écoles, elles ne sont pas admises pour les raisons qu’elles ont beaucoup de difficultés à apprendre et qu’elles retardent les autres. Moi, j’ai bénéficié de leur enseignement et aujourd’hui, je peux me débrouiller.

Je comprends que la Ville a besoin de stationnements, mais au lieu de les mettre à la rue, trouvez-leur un loyer pour remplacer l’autre avec les moyens qu’ils ont.

Je suis convaincu que si vous le voulez, vous êtes capable. Je crois que l’instruction est une priorité dans la vie. Si vous n’aviez pas eu d’instruction, vous ne seriez pas maire de notre ville.

J’espère que vous allez leur trouver un local. »

Claude

Le message est lancé !

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Monsieur le Maire,

J’ai été outrée, pour ma part, de la décision rapide prise au Conseil municipal, sans avoir informé les gens ou organismes touchés par la démolition de ce secteur de votre municipalité. J’y perçois un total manque de considération face à un organisme communautaire (APAJ) qui peine à assurer sa survie, soutenu par de petits budgets à l’échelle provinciale. L’APAJ (Aide pédagogique aux adultes et aux jeunes) tente de maintenir un apport à sa clientèle concernant ses droits à l’éducation, ses droits comme citoyens et citoyennes et son pouvoir d’agir dans une plus grande autonomie. Il s’agit d’une clientèle d’une grande précarité, et malheureusement souvent exclue, qui a droit d’être considérée comme partie prenante de la communauté.

J’apporte ma petite contribution à cet organisme comme bénévole et j’y retrouve des intervenantes et intervenants dévoués et très humains qui tiennent à bout de bras la gestion et le déroulement des activités de ce centre bien VIVANT. J’y rencontre régulièrement des personnes souriantes ayant une meilleure estime d’elles-mêmes, avides d’apprendre et surtout, d’être reconnues comme des individus à part entière.

Ces personnes ont droit, elles aussi, comme tout autre citoyen ou citoyenne, au respect de leurs instances municipales. Et qui sait, peut-être qu’un jour une de ces personnes pourra jouer un rôle important, sinon indispensable, dans notre communauté ? Pas question d’exclure qui que ce soit ! Bien au contraire, nous serons tous gagnants de nous ouvrir à la diversité de notre société.

Compte tenu de l’impact de cette décision hâtive, il me semble impérieux que les instances responsables puissent trouver une alternative et prendre en charge la recherche d’un nouveau local accessible à tous les participants et participantes, avec possibilité d’assumer des frais équivalents.

Julie Bossé

Bénévole et enseignante à la retraite

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On annonçait dernièrement aux nouvelles qu’un peu plus de la moitié des Québécois présentait des problèmes de lecture et d’écriture. Devant ce constat accablant, l’organisme APAJ (Aide pédagogique aux adultes et aux jeunes) est plus pertinent que jamais.

J’ai appris avec surprise le déménagement forcé de l’APAJ. On ne déplace pas un tel organisme avec facilité. Afin de poursuivre sa mission, l’APAJ a besoin d’espace, autant pour ses apprenants que pour tout son matériel d’apprentissage. Présentement, il occupe deux logements contigus au rez-de-chaussée d’un immeuble de la rue Saint-Simon. Pas évident de retrouver pareils locaux, surtout au centre-ville où se situe la majorité de sa clientèle.

J’espère que la Ville favorisera leur relocalisation afin que le personnel et les nombreux bénévoles de l’APAJ continuent leur travail remarquable.

Normand Gagnon

Bénévole de l’APAJ depuis ses débuts

 

 

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