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PUNAISES DE LIT À SAINT-HYACINTHE

La Ville et le CSSS font-ils l’autruche ?

David-Alexandre Grisé

Les punaises de lit sont présentes partout au Québec et aussi à Saint-Hyacinthe. C’est ce à quoi un petit comité issu des groupes communautaires s’efforce à mettre en lumière depuis plus d’un an maintenant aux diverses instances municipales et régionales. La problématique se définie et s’accentue clairement.

Les démarches du comité, qui engage la Corporation de développement communautaire (CDC), le Comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l’environnement maskoutain (CCCPEM) et le Collectif de défense des droits de la Montérégie (CDDM), ont trouvé finalement quelques échos de la part de l’Agence de la santé de Montérégie. En effet, hier soir s’est tenue à l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe une première rencontre d’information en lien avec la problématique. Cette rencontre est l’aboutissement d’une année de tentatives diverses pour rapprocher les acteurs potentiels devant la perspective avouée de prévenir et contrôler la présence de ce parasite à Saint-Hyacinthe.

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Origine de l’image : CDC/ Harvard University, Dr. Gary Alpert ; Dr. Harold Harlan ; Richard Pollack. Photo Credit : Piotr Naskrecki

« Frileux ». C’est le terme politiquement correct à utiliser pour qualifier l’apport de la Ville de Saint-Hyacinthe et du CSSS Richelieu-Yamaska devant la présente problématique. En effet, depuis les toutes premières actions instiguées par la direction de l’Office municipale d’habitation (OMH) afin d’interpeller ces instances, rien n’a véritablement aboutit… ou si peu. La raison est simple, tout le monde se jauge et personne ne souhaite se mouiller véritablement dans l’affaire. Comme si l’on avait peur d’ouvrir une « boîte de pandore » qui nous prendrait énergies et ressources.

Devant l’inertie des « gros joueurs », la réponse du communautaire s’est traduite par une volonté de donner de l’information au grand public. Ainsi, une séance devant public avait été prévue mais cette perspective aurait créé un émoi certain de la part de certains représentants de la grande table. Conséquemment, et ce avec la collaboration de TVCogeco, une capsule informative a été créée et diffusée. Un pamphlet informatif à l’endroit des locataires est disponible et d’autres moyens et initiatives sont à venir. Autrement dit, c’est encore les groupes communautaires qui font le travail sur le terrain ou si vous préférez : la « job de bras » !

La rencontre d’hier (7 mai) se voulait un premier pas timide vers un travail de concertation et de sensibilisation. Elle aura permis de tirer quelques constats importants devant la problématique qui présente, toujours selon les groupes communautaires présents, un accroissement constant de la présence des punaise de lit qui se concentrent et affligent clairement quatre principaux groupes vulnérables de notre communauté. Les cibles privilégiées de ces parasites sont : les personnes malades, handicapées ou en perte d’autonomie ; les personnes et les familles précaires économiquement, les personnes vivant une problématique en santé mentale ; certains nouveaux arrivants.

Il faut rappeler et surtout défaire le préjugé premier autour de cette situation ; la présence de punaises de lit n’est pas liée à toutes formes de pauvreté ou d’insalubrité. Pourquoi me direz-vous ? Parce qu’elle renvoie directement aux diverses conditions de vulnérabilités des groupes mentionnés précédemment. Ce sont des groupes qui n’ont, dans la vaste majorité des cas, ni les ressources physiques, psychologiques et financières de prévenir ou de contrôler les infestations de punaises.

D’autres raisons de diverses natures expliquent aussi une telle situation. En premier lieu, ce sont des groupes qui disposent de pas ou peu de connaissances de leurs droits et recours en la matière (notons qu’il n’y a pas de groupe de défense des droits des locatataires à Saint-Hyacinthe). Ces groupes sont aussi souvent privés de soutien ou de toutes formes d’assistance sociale. Finalement, certains grands locateurs à Saint-Hyacinthe s’approprient eux-mêmes les moyens d’extermination et le font sans égard des critères et exigences propres aux produits utilisés ou devant les recommandations proposées en matière de santé. Il y a des méthodes d’extermination claires et formelles à ce sujet… D’autres n’interviennent tout simplement pas et n’attendent que le chèque puisque, de toutes façons, à quoi servir puisqu’ « ils se mêlent toujours entre eux »…

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source : freestockphotos.biz

Puisque les groupes et les lieux infestés tendent à se définir de plus en plus clairement, il nous reste à définir les rôles et les responsabilités de tous devant cette nouvelle (ou ancienne c’est selon) problématique sociale. Rappelons que les villes, en vertu de la Loi sur les compétences municipales, ont le pouvoir d’adopter des moyens de contrôle ou de sanction divers autant envers les propriétaires que les locataires. Il faudra envisager une politisation de la problématique d’autant plus que les conseillers et le maire Bernier ont déjà été avertis, il y a de cela un an. La présence à la rencontre du Directeur de l’urbanisme fut un précédent encourageant cependant ! D’autres villes (Sherbrooke, Magog, Longueuil pour ne nommer que celles-ci) ont engagé des moyens et des ressources afin de contrôler le problème. La Ville de Saint-Hyacinthe a une chance d’être proactive dans le dossier. C’est même vendeur, ne trouvez-vous pas ? Saint-Hyacinthe la proactive, un choix pour la vie !

Et notre réseau de santé ? Pour le moment, l’Agence de la santé de la Montérégie a qualifié la présence des punaises de lit comme une nuisance et la direction de l’Agence de la santé nous rappelle que la situation n’est pas épidémique. Ce serait l’unique condition nécessaire afin de déclarer le problème comme étant un problème de santé publique. On nous dit surveiller la situation étroitement sans pour autant que l’on connaisse les moyens adoptés. Localement, notre pauvre réseau réfère malheureusement des utilisateurs de services dans des lieux d’hébergement infestés, des intervenants du réseau se présentent dans des lieux infestés et ne font… rien ! Il devient quelquefois trop facile de renvoyer le tout aux responsabilités individuelles. Quel sens porter ici à l’adage : « vaut mieux prévenir que guérir ? ».

La recrudescence des punaises de lit est un problème social qui devrait persister encore un bon nombre d’années et la solution à apporter à ce problème ne peut être que sociale à son tour. Il nous faut en conséquence réunir à la même table, et une fois pour toutes, bon nombre d’acteurs dont : la Ville de Saint-Hyacinthe, les associations de propriétaires/locataires, le réseau de la santé, les groupes communautaires, les exterminateurs, l’Office municipale d’habitation de Saint-Hyacinthe et autres… Il est temps d’établir un plan concerté. Une culture de collaboration est à construire à Saint-Hyacinthe.

David-Alexandre Grisé, du Collectif de défense des droits de la Montérégie

 

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