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Le revenu de base : simple ou compliqué ?

Catherine Courchesne

Souvent présenté comme une solution à la pauvreté, le revenu de base fait jaser. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Pour le savoir, Mobiles a rencontré Ambre Fourrier, autrice de l’essai Le revenu de base en question, paru en 2019 aux éditions Écosociété.

Le revenu de base, également appelé revenu minimum garanti, revenu d’existence ou encore, allocation universelle, est généralement défini comme « un revenu versé par une communauté politique à tous ses membres, sur une base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie.1 ». Toutefois, derrière ces différentes appellations et cette définition générique, peut-on supposer des modes de fonctionnement et des fondements idéologiques contradictoires selon que le promoteur se trouve à droite ou à gauche de l’échiquier politique ? Une question qui, aux yeux d’Ambre Fourrier, méritait investigation.

Un concept complexe simplifié

Selon Ambre Fourrier, le revenu de base est tout sauf simple. En fait, ses recherches lui ont permis de le diviser en quatre types, soit l’impôt négatif (type 1), l’allocation universelle (type 2), le revenu social garanti (type 3) et le revenu de transition (type 4), chacun s’articulant ensuite autour de deux caractéristiques : l’importance du montant attribué ainsi que les conditions d’attribution. « Alors que les types 1 et 2 sont insuffisants pour vivre sans activité rémunérée, les types 3 et 4 suffisent pour sortir ses bénéficiaires de la pauvreté. Également, alors que les types 1 et 3 sont strictement offerts aux personnes les plus pauvres, les types 2 et 4 sont distribués à l’ensemble de la population », explique l’autrice. Outre ces différences, les deux premiers types, de variantes libérales, viseraient l’efficacité de l’économie de marché ; le troisième, la réduction de la pauvreté ; et le quatrième, la sortie du système capitaliste.

Un concept testé et contesté

À ce jour, certaines expérimentations du revenu de base méritent d’être soulignées. Parmi celles-ci, l’expérimentation du type 1 à Winnipeg et à Dauphin, au Canada (1974-1979), et celle du type 2 à Madhya Pradesh, en Inde (2011-2013). « Bien qu’incomplètes et imparfaites, ces expérimentations ont eu des retombées positives, dit Ambre Fourrier. Par exemple, au Canada, l’impôt négatif (type 1) aurait permis aux mères monoparentales de retarder leur retour sur le marché du travail pour s’occuper de leur enfant, tout comme aux adolescents de poursuivre leurs études. Tandis qu’en Inde, l’allocation universelle (type 2) aurait notamment contribué à stimuler l’économie locale. »

Malgré ces conséquences positives, les détracteurs des types 1 et 2 sont nombreux. Leurs craintes ? Un désengagement de l’État, une privatisation des services, une perte des protections salariales, l’épuisement des ressources de la planète, ainsi que l’augmentation de la pollution… En revanche, les types 3 et 4 seraient plus viables à long terme, car favorisant une réduction des inégalités qui générerait un mieux-être général.

Cela dit, bien que discrète sur la question, Ambre Fourrier semble avoir une légère préférence pour le revenu de transition… « Menant à un dépassement du capitalisme, il demande toutefois courage et conviction, tant de la part des gouvernements que de la population. » La question est maintenant de savoir si tous voudront passer à l’action.

 

1-PARIJS, Philippe Van et VANDERBORGHT, Yannick. L’allocation universelle, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2005, p. 6.

Ambre Fourrier, autrice de l’essai Le revenu de base en question, paru en 2019 aux éditions Écosociété.

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