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Le salaire minimum à 15 $ de l’heure rallie de nombreux intervenants

Alexandre D'Astous

Le salaire minimum, qui a augmenté à 11,25 $ le 1er mai, demeure encore loin d’un salaire viable selon plusieurs intervenants et organismes qui réclament un salaire minimum à 15 $ de l’heure.

Le député de Rimouski et porte-parole de l’opposition officielle en matière de lutte à la pauvreté, Harold LeBel, estime que le gouvernement doit s’engager auprès des travailleurs à prendre les moyens pour porter le salaire minimum à 15 $. « Depuis les dernières années, la directrice de Moisson Québec, Élaine Côté, a remarqué qu’il y a de plus en plus de personnes qui travaillent et qui fréquentent les banques alimentaires pour arriver à joindre les deux bouts. C’est le cas à Rimouski et dans l’ensemble du Québec. Le visage de la pauvreté a changé. Pour bien des personnes, le revenu de travail est insuffisant du fait que le salaire minimum ne suit pas l’augmentation du coût de la vie. Cette année, juste pour l’alimentation, les familles devront absorber 400 $ de plus. Et il faut ajouter à cela la hausse de plusieurs tarifs et du prix de nombreux autres biens et services », déplore-t-il.

La Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles appuie la hausse du salaire minimum à 15 $ de l’heure. « Nous sommes favorables sous deux aspects. On sent une croissance de la pauvreté des gens utilisant nos services. Les banques alimentaires sont de plus en plus utilisées. Nous sommes aussi en accord en tant qu’employeurs. Nous aimerions avoir le financement nécessaire pour payer tous nos employés à un minimum de 15 $ de l’heure, ce qui n’est pas le cas actuellement », indique la coordonnatrice de la Table, Mercédez Roberge.

Pour un salaire minimum à 15 $

Les membres de la campagne 5-10-15 sont catégoriques : la hausse de 50 cents du salaire minimum, en vigueur depuis le 1er mai, est nettement insuffisante pour permettre aux travailleuses et travailleurs les plus démunis de se sortir de la pauvreté. L’une des revendications de la campagne 5-10-15, soit la hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure, rallie une majorité d’organisations de la société civile.

« Travailler à temps plein au salaire minimum signifie, pour plus de 210 000 personnes au Québec, qu’elles sont emprisonnées dans la pauvreté et doivent compter sur les banques alimentaires pour joindre les deux bouts », soutient Virginie Larivière, co-porte-parole de la campagne 5-10-15, qui précise que près d’un million de travailleurs verraient une amélioration importante de leurs conditions de vie si le salaire minimum était haussé à 15 $ de l’heure.

Des opposants au salaire à 15 $

« Les employeurs sont conscients que l’augmentation du salaire minimum aiderait certains travailleurs ayant de très faibles revenus et qui peinent à joindre les deux bouts. Il faut toutefois rappeler que l’augmentation s’avère plus élevée que la marge de manœuvre que certaines entreprises peuvent se permettre ; sans mesures d’atténuation fiscale ou financières concrètes, on occasionnera à ces dernières de sérieux défis de viabilité », estime Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du Conseil du patronat du Québec (CPQ).

Une analyse de l’IRIS

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) s’est intéressé aux conditions d’un salaire viable au Québec en 2017. « En faisant une moyenne pondérée, le salaire viable pour le Québec atteint cette année 13,15 $. Cela veut donc dire que le gouvernement n’offrira toujours pas aux travailleurs au bas de l’échelle un salaire de marché leur permettant de se sortir la tête de l’eau », commente Philippe Hurteau, chercheur à l’IRIS et auteur de la note publiée en avril.

« En retirant les personnes avec des enfants du calcul, le salaire viable remonte à 15,04 $ de l’heure. Comme les personnes seules représentent 57 % de la population couverte par notre échantillon, nous croyons qu’il est légitime de poursuivre l’objectif d’un salaire minimum à 15 $ de l’heure, car ces travailleurs ne peuvent compter que sur un salaire de marché pour s’extirper de la pauvreté », analyse Philippe Hurteau.

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