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Coupures à l'aide sociale

Les centres d’aide en toxicomanie de Saint-Hyacinthe touchés

Anne-Marie Luca

Le centre de réinsertion sociale pour toxicomanes, la Maison L’Inter-Mission, à Saint-Hyacinthe, a fermé ses portes au courant de l’été. Tout comme les organismes communautaires et privés en traitement de dépendances, le centre a été victime de la réforme de l’aide sociale mise en application le 1er mai par le Ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS).

la Maison L’Inter-Mission, 590 Av. de la Concorde Nord, a fermé ses portes cet l’été photo Nelson Dion « Cette année sera une année assez difficile. Beaucoup plus de centres fermeront et plusieurs sont déjà sur un respirateur artificiel », explique Vincent Marcoux, directeur général de l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance (AQCID), rejoint par téléphone.

Avant la réforme, le MTESS accordait la « prestation de base » de 616 $ aux personnes prises en charge par un centre de traitement pour dépendances, en plus d’une « prestation spéciale » de près de 1 517 $ par mois pour couvrir l’alimentation, le logement et l’entretien ménager.

Pour pallier ce double soutien, la prestation de base a été remplacée par une « allocation pour dépenses personnelles » de 200 $ par mois. La prestation spéciale a été, quant à elle, conservée.

« On a procédé à ces modifications par souci de cohérence et d’équité envers les autres prestataires dont la couverture des besoins n’est assurée qu’une seule fois », indique David McKeown, conseiller à la Direction des communications du MTESS.

Manque de fonds

Les organismes communautaires vivent toutefois un malaise alors qu’une journée dans un centre coûte en moyenne cent dollars par jour, soit près de 3 000 $ par mois, ce qui représente le double de la prestation spéciale.

« On s’aperçoit que les gens sont craintifs. Ils ne veulent plus aller dans les centres, déplore Vincent Marcoux. Tout est lié ensemble. La personne n’est plus capable de payer son traitement et il n’y a plus d’argent qui rentre dans les centres. »

Les coupures freinent même les projets embryonnaires. La Maison l’Alcôve, à Saint-Hyacinthe, n’est pas atteinte par ces coupures parce qu’elle offre des traitements à court terme de trois semaines, dédiés aux cas moins graves. Toutefois, l’équipe a dû mettre sur la glace un projet de centre de réinsertion sociale.

« On sait pertinemment bien qu’on ne peut pas aider quelqu’un à se réinsérer s’il ne peut pas avoir de l’argent pour acheter le strict nécessaire », explique Manon Desrosiers, directrice générale de la Maison l’Alcôve.

Un centre de réinsertion sociale représente une importante étape après un traitement. Il donne aux toxicomanes une chance de s’acclimater en société, au lieu de les renvoyer, seuls et vulnérables, où ils risquent de retomber dans leurs habitudes.

« Les gens qui surconsomment ont perdu tout sens de la vie. Ils consomment, dorment et recommencent. Ils ne savent plus comment faire une épicerie ou payer des factures », souligne Mme Desrosiers.

Vincent Marcoux, de l’AQCID, a rencontré, le 5 novembre, le ministre Sam Hamad afin de proposer des solutions.

 

Post-Scriptum: 

L'AQCID a questionné 46 de ses 59 membres sur l’impact des coupures. Les données compilées sont pour la période entre le 16 avril et le 30 septembre — 165 personnes admises dans un centre se sont désistées; — 250 personnes intéressées n’ont pas procédé à l’évaluation pour admission; — 493 résidents ont quitté les centres; — 88 employés ont été remerciés en raison de manque de fonds.

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