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Les conséquences du décrochage scolaire des filles : Une étude exploratoire

Caroline Laplante

 Décrochage

Malgré la baisse constante du taux de décrochage scolaire depuis le début des années 1990 (de 17.7% à 11,7% pour les années 2010-2013), le décrochage scolaire reste une préoccupation majeure du milieu de l'enseignement et de la société québécoise. Le décrochage scolaire des garçons (21.6% en 2009) est  inquiétant, mais des mesures d'encouragement à la persévérance ont été instaurées durant les dernières années et semblent, selon les témoignages et les derniers chiffres, porter fruit.

Le thème de cette année pour la Journée internationale des Femmes est « Des clés à la portée de toutes ». L'éducation étant une des clés menant à une pleine et entière libération des femmes, je vous propose une lecture de l'étude Les conséquences du décrochage scolaire des filles Une étude exploratoire,  publiée en 2012 par la Fédération Autonome de l'Enseignement et Relais-Femmes. Le décrochage des filles (12.4%) et leurs conséquences sont peu pris en compte par les nombreuses études sur le sujet mais n'en demeurent pas moins troublants.

Perspective

Tout d'abord, une mise en perspective de l'éducation obligatoire s'impose. L'éducation obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans, telle que nous la connaissons participe d'un effort de standardisation sociale qui prend racine à la fin des années 1950. L'éducation obligatoire avait pour but, entre autre, une normalisation et une moralisation de la société. Elle ne s'est donc pas adaptée aux réalités des classes ouvrières et pauvres, bien que l'éducation obligatoire voulait également lutter contre l'exclusion sociale. Le système d'éducation est basé en premier lieu sur l'apprentissage des sciences et des mathématiques et prend peu l'affectivité, la créativité et l'imaginaire des étudiants en ligne de compte, ce qui exclue une partie importante des cohortes, années après année.

À noter que les filles et les garçons négocient différemment leur rapport aux études. Les filles ont une attitude plus favorable, elles mettent plus d'efforts, sont aussi plus organisées et structurées. Cependant les filles se fient plus sur le par cœur que sur la compréhension de la matière. Les filles s'attribuent aussi plus facilement leur échec scolaire et le mette sur un manque de compétence de leur part. « elles attribueraient plus facilement leur échec à un manque de compétence et auraient tendance à s'exclure de l'école. » (p.8)

Risques

La pauvreté est évidemment un facteur de risque important peu importe le sexe. Les pauvretés économique, culturelle et scolaire jouent un rôle déterminant dans le décrochage des élèves. Des parents, souvent des mères, peu scolarisés éprouvent des difficultés à appuyer leurs enfants au cour de leurs études, particulièrement au niveau secondaire. Des facteurs comportementaux, relationnels et individuels peuvent également favoriser l'abandon des études avant l'obtention du DES : comportements antisocial, comme le défi de l'autorité, la consommation de drogue, un taux d'absentéisme élevé dans le cas des garçons, et dans le cas des filles, la dépression, l'anxiété, une mauvaise estime de soi.

Causes

Selon l'étude exploratoire, les filles décrocheraient pour des raisons internalisées (dépressions, anxiété, manque de confiance en soi). Les filles passent donc sous le radar de la détection des jeunes à risque qui se penche particulièrement sur les troubles externalisés (consommation de drogue et d'alcool, défi de l'autorité...). Les filles sont aussi très touchées par les conflits à l'intérieur de leur famille, les problèmes de santé mentale d'un ou l'autre de leur parent, le manque de cohésion, l'ambivalence dans la discipline familiale. Les filles quittent l'école à cause de difficultés familiales, de difficultés dans leur orientation professionnelle, de difficultés académiques, d'un mariage, d'une grossesse. Les chercheuses notent aussi que les agressions sexuelles, l'inceste vécues par plusieurs décrocheusess devraient faire l'objet d'une étude particulière pour en déterminer les occurrences.

Conséquences

L'abandon scolaire a des conséquences différentes selon le sexe. Les filles gagnent moins que leurs pairs car elles occupent des emplois au salaire minimum dans le secteur tertiaire et travaillent donc plus fréquemment à temps partiel. Trois emplois sur cinq payés au salaire minimum sont occupés par des femmes. En 2008, une femme décrocheuse gagne en moyenne $16 414.00 alors qu'un homme gagne quant à lui $24 434.00. Et seulement 38.4% des filles qui ont abandonné leurs études travaillent contre 53% des garçons.

Les femmes, qui sont aussi plus à même d'être les responsables de l'éducation des enfants, trouvent l'accompagnement scolaire difficile et vont parfois désirer retourner aux études pour « donner l'exemple » à leurs enfants, bien que le retour aux études des mères soit plus difficile à cause des soins aux enfants et d'une plus grande dépendance économique envers le conjoint. D'ailleurs, au niveau de la vie amoureuse, les femmes sans diplôme parlent d'un manque d'autonomie financière, et se sentiraient démunies en cas de séparation. Au niveau personnel, les femmes sans diplôme ressentent de l'exclusion et du découragement qui peut aller jusqu'à la dépression. La disparité entre les classes sociales leur semble plus marquée. La gravité de ces conséquences augmente selon le nombre d'années passées depuis l'abandon des études. 

Conclusion

Il demeure important de procéder à des analyses différenciées selon le sexe des étudiants décrocheurs car les causes menant à l'abandon et les conséquences de celui-ci ne sont pas les mêmes selon qu'on soit un garçon ou une fille. Les barèmes de la détection des jeunes à risque de décrocher pourraient inclure à plus grande échelle les symptômes internalisés que présentent aussi certains garçons au comportement plus introverti. Le décrochage est un problème social qui touche autant les hommes que les femmes, de façon différente.

Un fait à noter est que les élèves qui s'identifient le plus aux stéréotypes de sexe sont les plus à risque de décrocher.

Post-Scriptum: 
Les conséquences du décrochage scolaire des filles Une étude exploratoire http://www.relais-femmes.qc.ca/files/DecrochageScolaireFilles-2012-03-02...

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  • Re: Les conséquences du décrochage scolaire des filles : Une ...

    Une réflexion m'est venue à l'esprit à la finition de ton article. Y a t'il un étude qui démontre si le décrochage est le même, plus bas ou plus haut, dans les écoles non mixte. Je sais qu'aujourdh'ui, elles sont de plus en plus rares , mais y a t'il quand même une comparaison qui a été faite ? Si je prends le témoignage de mes filles et celui de d'autres , elles ont préférées être dans une école secondaire juste de filles car selon elles , les garçons "dérangent" ( à tous les points de vue ) dans une classe. Donc forcément nuisent à la concentration . Est-il probable que l'opinion des garçons soit différente ou pareil à celle des filles en général ? Je pose la question comme sujet d'étude celà pourrait être intéressant à savoir.

  • Re: Les conséquences du décrochage scolaire des filles : Une ...

    Merci Caroline pour ce beau rappel que les conséquences du décrochage scolaire pèsent encore plus lourd pour les filles que pour les garçons.... Oui, chaque jeune qui décroche paye un lourd tribut, mais dans une société encore patriarcale, être née de sexe féminin signifie non seulement que le tribut sera encore plus lourd mais, qu'en plus, il risque de devoir être portée par les plus petits... malgré toute la bonne volonté de leurs mères. Tu remets en lumière une étude qui est vite passée sans qu'on s'y attarde car elle souligne à gros traits ce que d'aucuns aimeraient croire appartenir au passé, l'égalité entre les femmes et les hommes étant atteinte déjà n'est-ce pas ?!!!!!!!! Bravo pour tes articles que j'apprécie toujours vivement. Suzanne Viens, qui souhaite à vous toutes, FEMMES de COEUR, une bonne Journée internationale des Femmes, le samedi 8 mars. Et à vous tous, HOMMES de COEUR, la capacité de concevoir que c'est ensemble que nous atteindrons l'égalité véritable !!!

  • Re: Les conséquences du décrochage scolaire des filles : Une ...

    Merci pour vos commentaires, mesdames! Marie-Andrée, je ne crois pas qu'une telle étude existe.

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