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Les organismes communautaires et les jeunes

Lettre ouverte

Les organismes communautaires autonomes travaillent quotidiennement auprès des communautés ; ils forment un vaste filet de sécurité sociale, filet de plus en plus nécessaire avec le désengagement de l’État, particulièrement en matière de services sociaux et d’éducation. Les jeunes n’y échappent pas et se tournent eux aussi vers les organismes communautaires pour obtenir du soutien, de l’aide et également des services plus spécialisés.

Annie Tranchemontagne travaille à La Maison des Jeunes de Rigaud et témoigne de l’évolution des besoins et des problématiques des jeunes qu’elle et son équipe côtoient quotidiennement. Elle relate que si les défis d’antan auprès des jeunes étaient la consommation de drogues et le flanâge, aujourd’hui ils sont confrontés à de nouvelles réalités amenées, entre autres, par les réseaux sociaux comme l’isolement, la cyberintimidation et le culte de l’image. L’anxiété est aussi une problématique rencontrée chez la plupart des jeunes qui fréquentent la Maison des jeunes et cette anxiété se traduit de multiples façons, passant de la détresse psychologique, par la mutilation et les troubles alimentaires.  Les défis quotidiens sont donc bien nombreux pour les organismes qui travaillent auprès des jeunes et cela sans compter la diminution de l’aide aux devoirs et des services psychosociaux aux adolescents ainsi que les préjugés véhiculés sur l’adolescence et la jeunesse en général qu’ils doivent quotidiennement défaire.

Annie nous raconte le parcours de Julie, une adolescente de 14 ans qui fréquente la Maison des jeunes (MDJ) et qui, comme plusieurs jeunes, vit de nombreuses difficultés : déficit de l’attention, estime d’elle-même très fragile, grandes difficultés scolaires... Ces difficultés lui font vivre beaucoup d’anxiété et l'amènent à s’isoler. Sans soutien de l’entourage, elle est sur le point d’abandonner l’école. Lui vient alors l’idée de faire l’école à la maison, ce qui lui redonne un peu de motivation. Le parcours de Julie est cependant semé d’embûches pour mener son projet à terme et les parents de la jeune fille n’ont pas les ressources nécessaires pour l’aider. Si ce n’avait été du soutien et de l’aide de la MDJ et d’autres organismes du milieu, Julie n’aurait pas pu réaliser son projet de faire l’école à la maison et aurait probablement tout simplement abandonné l’école, avec toutes les conséquences qui viennent avec.

L’équipe de la Maison des jeunes s’est fortement mobilisée pour aider Julie dans son parcours scolaire et même si cette sorte d’encadrement représente beaucoup de travail et est un peu inhabituel pour un tel organisme, la Maison des jeunes a choisi de ne pas laisser tomber Julie. Car pour la MDJ, Julie représente, tout comme les autres jeunes, le capital social de leur communauté. D’ailleurs, Julie est devenue avec le temps une jeune fille très impliquée à la Maison de jeunes et dans la communauté.

La mission de La Maison des Jeunes de Rigaud est de mettre en œuvre et encourager toutes initiatives visant l’amélioration du tissu social des jeunes afin que ceux-ci puissent devenir des citoyens critiques, actifs et responsables. Pour ce faire, elle travaille en collaboration avec une multitude d’autres organismes communautaires autonomes qui œuvrent en matière d’accessibilité, de dépendance, d’intervention de crise, de bénévolat, d’employabilité, de formation sociale, d'intervention psychosociale, de persévérance scolaire ou de compétence parentale.

Pour Annie et son équipe, les bienfaits du milieu de vie qu’ils offrent aux jeunes de leur communauté sont sans équivoque. Pourtant, ils peinent à remplir leur mission adéquatement auprès des jeunes dans le besoin de leur communauté, d’une part par manque de financement stable et récurrent et d’autre part, à cause de l’augmentation des besoins et de la demande liée au désengagement de l’État et des divers paliers gouvernementaux. Alors, pour arriver financièrement, la MDJ, comme grand nombre d’organismes jeunesse, doit couper ou geler les salaires, diminuer les activités et les heures d'ouverture, restreindre la participation aux activités et aux formations des employés, et faire appel au dépannage alimentaire. Au lieu de développer et consolider, elle réduit et rationalise… et elle a moins de temps pour Julie, et tous les autres jeunes du coin.


 
Danielle Goulet
Présidente de la Table régionale des organismes communautaires de la Montérégie
 
Avec la collaboration de :
 
Annie Tranchemontagne
La Maison des Jeunes de Rigaud

 
 

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