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À SAINT-HYACINTHE

Les VISAGES de la pauvreté (1)

Roger Lafrance

Si on en croit une certaine rumeur, il n’y aurait pas de pauvres à Saint-Hyacinthe. Cette affirmation a-t-elle vraiment été dite ? Ou appartient-elle davantage à la légende urbaine ? Personne ne peut le dire.

Pourtant, la pauvreté existe bel et bien à Saint-Hyacinthe, mais cette réalité reste méconnue dans une ville qui passe souvent pour être riche. Quelques statistiques glanées ici et là la circonscrivent mal : dans la MRC Les Maskoutains, 7,4% des ménages sont à faibles revenus. Je pourrais vous parler du nombre d’assistés sociaux ou de chômeurs, mais là aussi ces statistiques ne disent pas tout.

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« La pauvreté a mille et un visages ». Photo : P-H F.

« La pauvreté a mille et un visages, rappelle Diane Poirier, directrice de L’Accueil fraternel qui sert chaque midi des repas chauds au sous-sol du Centre de bénévolat de Saint-Hyacinthe. Il y a bien sûr la personne qui n’a pas un revenu décent et qui est peu scolarisée. Mais la pauvreté ne se définit pas seulement par les revenus. Il peut s’agir d’un manque à différents niveaux : santé mentale, difficultés d’intégration, maladie physique ou mentale. On retrouve souvent des gens qui sont très isolés, qui sont en perte relationnelle. »

Cécile Baillargeon dirige Le Comptoir La Mie qui offre toutes les semaines des paniers de nourriture pour quelques dollars. Parmi sa clientèle, les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale sont nombreuses.

« On a de plus en plus de gens qui doivent compter sur leurs médicaments pour bien fonctionner, signale-t-elle. Malheureusement, ils sont souvent laissés à eux-mêmes. »

« À mon avis, les personnes qui éprouvent le plus en difficulté sont les personnes seules, plus particulièrement les hommes, renchérit Manon Blanchette, coordonnatrice du Centre d’information communautaire. Pour les hommes seuls qui vivent avec un chèque de 592 $ de l’aide sociale, c’est très difficile. »

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L’Accueil fraternel sert chaque midi des repas chauds. Photo : P-H F.

Survivre sur l’aide sociale

L’aide sociale est avare : 592 $ pour les personnes sans contrainte à l’emploi, 713 $ avec contraintes temporaires ou 887 $ pour une personne avec un handicap permanent. Comment fait-on pour vivre avec des montants aussi dérisoires ? Les gens seuls doivent se loger dans une chambre pour joindre les deux bouts.

« On vit pas avec l’aide sociale, on survit, » souligne Diane Poirier.

« Est-ce possible de combler ses besoins essentiels à St-Hyacinthe ? se demande Manon Blanchette. Pour les gens qui habitent un HLM, c’est possible, mais sinon, c’est impossible. »

Même constat à l’ACEF Montérégie-est : le quart de la clientèle vit avec moins de 10 000 $. La moitié d’entre eux sont célibataires. Même les travailleurs à petits salaires peinent à boucler leur budget. Ils ne peuvent se permettre aucun extra. Alors, quand l’emploi devient incertain ou qu’arrive la maladie, tout bascule.

« La personne qui travaille à 9 ou 10 $ de l’heure n’arrive pas au prix où sont rendus les loyers, constate Gervais Rousseau, directeur du Groupe Vision Partage, une autre banque alimentaire. Elle doit venir chercher un panier de nourriture pour arriver. »

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« La personne qui travaille à 9 ou 10 $ de l’heure n’arrive pas au prix où sont rendus les loyers" Photo : P-H F.

Constate-t-on des changements depuis quelques années ? La plupart des intervenants répondent par la négative. La demande se maintient et augmente même. Les pertes d’emploi des dernières années ont fait mal. Souvent, le salaire du nouvel emploi n’est pas à la même hauteur que l’ancien.

« De la manière dont on voit aller les choses, il n’y aura bientôt plus que les riches et les pauvres, à cause du coût élevé des loyers et des hausses de l’électricité, prophétise Gervais Rousseau. Nous, la pauvreté, on la voit grandissante. »

« La pauvreté reste toujours présente, poursuivit Cécile Baillargeon. Je ne vois pas le jour où on va pouvoir se sortir de ce marasme-là. »

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