• Société
Réaction aux propos du président de la Fédération des cégeps

Mise à mort de la culture

Lettre ouverte

On ne peut que sursauter devant l’ironie des propos du président de la Fédération des cégeps rapportés dans le Devoir du 28 août 2015. M. Tremblay affirme que la mission des cégeps est en danger en raison des coupures budgétaires.

M. Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps. PHOTO : gracieuseté Lapresse M. Tremblay donne l’impression de s’inquiéter des cégeps. Il se contente de souligner que les coupures nuisent à l’efficacité pour que se termine l’arrimage des cégeps au marché. Or, c’est précisément ce désir de réduire l’éducation à de la formation, inscrit dans le projet d’école du 21è siècle du gouvernement Couillard, qui met en péril la mission des cégeps. Ce désir est aussi celui de la Fédération, à preuve la remise en cause de l’épreuve de français que propose M. Tremblay dans le Journal de Montréal du 28 août 2015.

Cette logique est exactement celle du rapport Demers que M. Tremblay encense et dont il réclame l’application : au nom de la rentabilité, on s’attaque à ce qui constitue le fondement même de notre culture, son véhicule essentiel, la langue.

En effet, le rapport Demers vise précisément à faire des cégeps l’antichambre du marché, un lieu de formation que nous payons, nous contribuables, et dont nous déchargeons d’autant les entreprises privées. Ce rapport fait l’objet d’une planification de mise en oeuvre actuellement, et M. Tremblay, qui feint de s’en inquiéter, le sait bien. Cette mise en oeuvre se fait en dehors de tout débat public, par un comité para ministériel dirigé par Mme Nicole Rouillier, situation que Mme Véronique Hivon avait dénoncé en janvier dernier.

On y propose notamment la mise à mort de la formation générale commune.

Quelle est, ou était, la mission des cégeps, que M. Tremblay se garde bien de mentionner ? Elle visait un objectif magnifique, qui consistait à concilier la formation technique et professionnelle avec l’accès à une culture qui, jusque là, était réservée à une petite élite économique.

Les réformes que proposent le rapport Demers ont comme conséquences de gommer presque totalement le second aspect de cette mission, laissant ce qui relève de la culture aux collèges privés où les enfants des privilégiés de notre société pourront poursuivre leurs études en toute quiétude et réduisant le reste de la population à de la main d’oeuvre en devenir...

Les cégeps visaient à augmenter la mobilité sociale, on vise maintenant à l’abolir, tout simplement. 

 

Hugues Bonenfant

Président de la Nouvelle alliance pour la philosophie au collège

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