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Les dessous de la marche mondiale des femmes

On a assez tiré l’élastique !

Mandoline Blier

La Marche mondiale des femmes est un mouvement international (MMF) qui existe depuis 2000. Tous les cinq ans, des femmes de partout dans le monde se mobilisent pour défendre des valeurs d’égalité, de paix, de liberté, de justice et de solidarité. En 2010, notre groupe de Maskoutaines composé d’une vingtaine de travailleuses, bénévoles et militantes issues du milieu communautaire, syndical, politique et du réseau de la santé, a travaillé fort pour mettre sur pied une action locale.

 

S’unir pour la condition féminine faisait déjà partie de nos coutumes puisque nous organisons chaque année la Journée internationale des femmes à Saint-Hyacinthe. C’est ainsi que depuis 2006, nous nous servons d’un petit jeu de mots pour nommer notre comité de concertation. Nous sommes les 8Marskoutaines et nous vous présentons avec fierté notre implication dans la Marche mondiale des femmes 2010.

Préparer le terrain

Organiser une mobilisation de l’ampleur de celle de la MMF demande du temps. D’abord, il faut regrouper des militantes dynamiques, audacieuses et créatrices. Partout au Québec des comités locaux et régionaux se sont formés pour réaliser une semaine d’action du 12 au 17 octobre 2010. Au début, le travail était essentiellement de consolider nos revendications nationales en consultant les groupes de femmes de la Province. Ainsi, en suivant les champs de revendications internationaux les Québécoises ont décidé de marcher pour...

Que le gouvernement du Canada garantisse le droit inaliénable des femmes de décider d’avoir ou non des enfants en maintenant et consolidant des services d’avortements gratuits offerts partout au pays.

Que le gouvernement du Québec légifère sur les publicités sexistes, en plus de mettre en place, dans les écoles, des cours d’éducation à la sexualité.

Que le Canada signe enfin la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Que le gouvernement du Québec instaure un salaire minimum de 10,69 $ de l’heure et la fin des catégories à l’aide sociale.

Que cessent la privatisation et la hausse de la tarification des services publics, notamment en santé et en éducation.

Que nos ressources naturelles, l’eau, l’air et la terre, soient protégées de la marchandisation.

Source : Fédération de femmes du Québec www.ffq.qc.ca

Pour faire entendre notre message, nous devions être nombreuses à sortir dans la rue. Travailler à mobiliser la population de Saint-Hyacinthe a été la plus grande partie du travail des 8Marskoutaines. Tout d’abord, nous avons rencontré plus d’une dizaine de groupes avec une démarche d’atelier créatif visant à sensibiliser, éduquer et écouter des femmes et des hommes sur les conditions de vie des femmes.

Les participantEs ont été invitéEs à écrire leurs raisons de collaborer à la marche de 2010 sur un petit pied. Cet atelier était clôturé par la création d’une œuvre collective, une botte colorée et revendicatrice aux couleurs du groupe rencontré. Les 8Marskoutaines ont ainsi amassé une vingtaine de bottes qui ont été utilisées lors de la marche comme outils de revendications. Les 250 petits pieds recueillis ont été collés sur une grande bannière portée fièrement par des femmes lors des trois actions auxquelles nous avons participé. De cette façon, nous pouvions symboliquement amener marcher avec nous toutes les personnes qui ne pouvaient pas se déplacer.

Le 8 mars a également été un moment important pour les marcheuses puisque c’était le lancement officiel des revendications de la MMF 2010 partout au Québec. Les 8Marskoutaines ont profité de l’occasion pour faire un souper festif aux couleurs internationales dans le but de se rappeler la nécessité de s’impliquer collectivement à ce mouvement mondial. Enfin, à l’automne, de nombreux kiosques de sensibilisation et de promotion ont été faits dans certains commerces de Saint-Hyacinthe quelques semaines avant la mobilisation locale du mois d’octobre.

S’approprier une revendication

Afin de mobiliser davantage la population de Saint-Hyacinthe et de créer un sentiment d’appartenance avec la MMF, nous, les 8Marskoutaines, avons décidé de nous doter d’une revendication locale. En se basant sur les besoins de la communauté maskoutaine, il a été constaté que plusieurs familles et personnes seules éprouvent des difficultés à trouver un logement à prix modique. Ainsi, quelques femmes impliquées dans le comité ont entrepris des démarches auprès de différents organismes de la région, notamment l’Office municipal d’habitation et les Coopératives d’habitation. Cela a permis de cibler les actions possibles pour contrer la problématique.

Suite à cette concertation fructueuse, nous avons fait une demande officielle à Monsieur le Maire Bernier. Notre revendication locale réclamait « que le conseil municipal de la Ville de Saint-Hyacinthe prévoit dès le budget 2011, une somme importante pour la réalisation de logements sociaux destinés à des ménages ayant un revenu faible ou modeste qui leur permettent de se loger à des coûts inférieurs au loyer médian du marché ».

Le 12 octobre dernier lors de notre action locale, M. le Maire Bernier a mentionné publiquement la décision du conseil municipal : soit « de créer une réserve pour le développement de logements sociaux sur le territoire de la Ville de Saint-Hyacinthe et, du même coup, de s’engager pour un montant de 2 millions de dollars, à raison de 200 000 dollars par année, pour les dix prochaines années. Et cet engagement sera formellement inscrit dans le budget 2011 de la ville ». Cette annonce a été accueillie avec enthousiasme par l’ensemble des participantEs.

S’impliquer à plusieurs niveaux

Dans un premier temps, 200 personnes, femmes et hommes, ont participé à l’action locale de la MMF à Saint-Hyacinthe le 12 octobre dernier. Une marche haute en couleurs des Galeries jusqu’au parc des Salines où avait lieu le rassemblement. Nous avons pu compter sur la présence de plusieurs élus qui étaient venus entendre les revendications québécoises de la marche. En second lieu, c’est une quarantaine de femmes de Saint-Hyacinthe qui ont participé à l’action montérégienne de la MMF qui a eu lieu à Longueuil jeudi le 14 octobre. D’ailleurs, deux membres de notre groupe se sont impliquées activement dans l’organisation de cette mobilisation lors de laquelle deux bannières ont été déroulées à partir du pont Jacques Cartier.

Enfin, une soixantaine de Maskoutaines se sont également rendues à Rimouski pour joindre 10 000 Québecoises et Québecois mobiliséEs pour le grand rassemblement national de la Marche, le 17 octobre dernier. Les 8Marskoutaines ont fait parler d’elles durant cette fin de semaine, puisque la chorale que nous avions constituée dans le cadre de la Marche mondiale des femmes a connu un énorme succès lors du spectacle des régions, le samedi 16 octobre. Ce sont des milliers de femmes de partout à travers le Québec qui ont chanté les paroles des filles de Saint-Hyacinthe qui dénonçaient la pauvreté, la violence faite aux femmes et la guerre. Il est possible de visionner la représentation sur Facebook dans la page de la Marche mondiale des Femmes 2010.

Faire le bilan

Après toute cette aventure, nous regardons un peu derrière pour constater les retombées de la Marche. L’une des déceptions fut le manque de couverture médiatique entourant l’événement. Les grands médias publics en ont parlé peu, et ce, même si nous étions 10 000 personnes à nous être rendues à Rimouski pour faire entendre nos revendications. Nous attendons encore des réponses concrètes et publiques de la part du Gouvernement suite à la plupart de nos revendications. Il semble actuellement très difficile d’avoir une grande visibilité lorsque nous défendons des positions de justice et d’égalité sociales. Les médias n’ont pas beaucoup parlé de nos revendications qui sont pourtant les résultats de consultations terrains sur les enjeux sociaux actuels. Malheureusement, ce qui a fait le plus parler, c’est la dénonciation par une seule citoyenne d’une capsule promotionnelle concernant la guerre réalisée par le comité québécois de la Marche mondiale des femmes (CQMMF). La Fédération des femmes du Québec (FFQ) a alors reçu de nombreux commentaires injustes qui remettaient en question son existence même et dénonçaient le fait que la MMF se positionne sur des questions qui ne concernaient pas spécifiquement les femmes. Cependant, ces dernières représentent la moitié de la population. Est-ce alors incohérent qu’elles souhaitent se positionner sur des questions touchant la guerre, la pauvreté, l’environnement et la violence ? Le mouvement défend les droits des femmes pour une plus grande égalité, ainsi les répercussions des avancées de ces revendications ont des retombées directes sur toute la population. Un rassemblement de femmes qui veut ébranler les idées de droites et mettre en lumières les inégalités de plus en plus marquées de notre société, dans le contexte économique et politique actuel où l’on veut nous faire accepter de nombreuses coupures dans nos programmes et services sociaux, un tel mouvement est-il impertinent ou plutôt dérangeant ?

Toutefois, la MMF apporte toujours des avancées. Parfois, elles sont très discrètes, d’autre fois elles nous font grincer des dents, comme l’augmentation du salaire minimum de 0.10$ de l’heure en 2000. Ce genre de mesures n’apporte pas de réels impacts dans la lutte à l’élimination de la pauvreté, mais nous donne l’impression qu’on nous sert des miettes pour nous faire taire. Cette année, nous faisons collectivement un pas de plus vers de meilleures conditions pour les Premières Nations. En effet, le 12 novembre dernier nous apprenions, avec joie, que le Gouvernement du Canada a signé la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Il y a maintenant 144 pays qui ont appuyé officiellement cette déclaration, le Canada, tout comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande a attendu plusieurs années avant de le faire (amnestie.ca). Nous nous demandons si les États-Unis emboîteront le pas.

Finalement, la plus grande satisfaction est de constater qu’un événement d’une telle envergure procure un sentiment d’appartenance, de solidarité et de fierté pour toutes les personnes qui y ont participé de près ou de loin. La Marche permet d’expérimenter la force et l’énergie qui se dégage d’une foule luttant pour la même cause. Ce sentiment nous habite longtemps et donne le goût de nous lever à nouveau pour nommer notre indignation et revendiquer nos droits. Cette force intérieure prend tout son sens lorsqu’elle devient collective. Chacune des marcheuses a maintenant en elle une petite flamme prête à s’allumer et des flambeaux il y en aura plusieurs dans les mois à venir. Nous en avons assez de ce monde dominé par la quête incessante de profits, nous voulons une redistribution plus juste des richesses. L’élastique est pété ! Nous, les femmes sommes pacifiques dans nos luttes, mais nous sommes persévérantes et tenaces. Ainsi, nous poursuivrons notre engagement avec en tête ce message : « Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche puisque la seule lutte que l’on perd est celle qu’on abandonne ! »

Source :

Mandoline Blier pour les 8Marskoutaines
Centre de femmes l’Autonomie en soiE
270 Concorde nord, Saint-Hyacinthe, J2S 4N5
Tél. : (450) 252-0010 Téléc. : (450) 252-0020

Photo : Hugues Saint-Pierre.

Qu’enfin le gouvernement du Canada retire ses troupes de l’Afghanistan et que le gouvernement québécois interdise une fois pour toutes le recrutement militaire dans les établissements scolaires.

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