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Conférence de Michel Filion sur le Centre des congrès de Saint-Hyacinthe :

Plus de 20 millions pour le privé : la ville procède sans appel d’offre

Lettre ouverte

Photo : Nelson DionLa ville de Saint-Hyacinthe construit un centre des congrès et offre ainsi à son partenaire privé une garantie de bénéfices de plus de 20 millions de dollars sur 40 ans. C’est ce qu’a affirmé Michel Filion, spécialiste en gestion publique et consultant à l’international, le mardi 25 octobre, lors d’une conférence ouverte au public.

En effet, lors de la conférence organisée par le groupe Solidarité Populaire Richelieu-Yamaska, portant sur le thème des Partenariats Public-Privé, plus particulièrement sur le projet du Centre des congrès de Saint-Hyacinthe, M. Filion a proposé à l’auditoire de se questionner sur le mécanisme d’octroi du contrat effectué par la ville.

Au moyen d’une estimation qu’il dira très conservatrice, M. Filion viendra à dire que le promoteur de l’hôtel acquiert un gain important. « On dit 23 millions sur 40 ans, mais le promoteur ne les recevra pas seulement dans 40 ans. Il reçoit cette valeur aujourd’hui même ! »

Pour déduire cette valeur, le conférencier y va d’un calcul simple des bénéfices que l’hôtel pourra faire sur l’achalandage apporté par le centre des congrès. Il s’agit d’un gain immédiat sur son actif : « Le privé peut vendre dès maintenant cette promesse d’achalandage. »

M. Filion estime à partir de trois variables : un bénéfice moyen de 50 $ par chambre, le nombre de jours de congrès, 190 jours, et le nombre de chambres utilisées par les congressistes, ici 60. Les bénéfices annuels supplémentaires pour l’hôtel sont de l’ordre de 570 000 $. Multiplier par 40 ans de service : près de 23 millions. « Un hôtel, ce n’est pas que des chambres, il y a un service de bar, un restaurant. Autant d’occasions de générer un revenu », a précisé M. Filion, qui n’a considéré que les chambres.

Dans ce genre de partenariat, la procédure normale est d’effectuer un appel ouvert à tous les partenaires potentiels afin qu’ils manifestent leur intérêt pour le projet. Elle est suivie d’une demande de l’acteur public à un groupe plus restreint de ces privés afin de leur communiquer une offre plus détaillée, ce qu’on nomme couramment le processus d’appel d’offres. En faisant appel à plusieurs expertises, l’autorité publique est en mesure de choisir la meilleure relation coût-bénéfice, ce qui maximise le retour sur chaque dollar investi par le public, donc par nous tous.

Dans notre cas, la ville a plutôt choisi de faire affaire avec un promoteur, sans appel d’offre, ce qui est déconseillé par n’importe quel manuel de gestion publique. En temps normal, il n’y a que deux situations dans lesquelles il est admis de procéder de gré à gré : quand il n’y a qu’un seul fournisseur de service ou lorsqu’il y a urgence. « Je ne suis pas convaincu qu’il y avait urgence », a conclu Michel Filion.

 

Pier-Alexandre Nadeau-Voynaud

Étudiant en Sc. économiques à l’ESG UQAM

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