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Mouvement Action Chômage

Quand l’assurance-emploi est de moins en moins humaine

Roger Lafrance

 

Faire une entrevue avec un organisme de défense des droits, c’est entrer dans un monde où le citoyen doit lutter contre Goliath pour des droits qui lui reviennent de plein droit.

J’avais rendez-vous ce matin-là avec les deux Yvan du Mouvement Action Chômage de Saint-Hyacinthe : Yvan Boulay, le coordonnateur et Yvan Bousquet, l’intervenant accompagnateur. L’objectif : parler de l’assurance-emploi, mais surtout comprendre comment ce programme d’assurance pour les travailleurs est de moins en moins fait pour les gens qui y ont recours.

« L’assurance-emploi, c’est comme un jeu de Serpents et échelles, sauf qu’il n’y a que des serpents sur le plateau! », affirme Yvan Boulay. Photo : Roger Lafrance « Les libéraux disaient vouloir réduire les délais d’attente, mais ils n’engagent pas de nouveaux fonctionnaires pour traiter les dossiers, affirme Yvan Boulay. Alors, pour réduire les délais d’attente, les agents doivent en faire plus, gérer plus de dossiers, d’où le risque de multiplier les erreurs. »

 Il serait facile d’accuser Yvan Boulay de parti-pris. Bien sûr, il est le conjoint de la députée néo-démocrate Brigitte Sansoucy. Mais quand il dénonce les failles du système actuel, il veut surtout défendre les chômeurs qui se retrouvent face à une bureaucratie de moins en moins humaine.

« Il y a une époque, explique son collègue Yvan Bousquet, le travailleur qui perdait son emploi se rendait à son bureau local du chômage pour remplir sa demande. Un agent la révisait et l’aidait à la compléter afin que toutes les informations nécessaires y soient colligées. »

Yvan Bousquet reproche à Service Canada de s’être déshumanisé. Les chômeurs ne rencontrent plus les agents. Et ceux-ci voient leur travail être réduit à écarter les chômeurs du programme d’assurance-emploi. Photo : Roger Lafrance Or, ce modèle est aujourd’hui aux oubliettes. Les chômeurs doivent faire leur demande en ligne, la compléter du mieux qu’ils peuvent. Ensuite, un agent leur téléphone pour réaliser une entrevue et compléter la demande. Une étape peut couler bien des travailleurs.

« Les employés de la première ligne n’ont plus pour fonction d’aider le prestataire comme ça devrait être fait, explique Yvan Bousquet. Lors de ce premier contact, on interroge le prestataire avec un questionnaire dirigé qui a pour objectif de le disqualifier. »

Cette entrevue, rédigée par l’agent, sera soumise au dossier comme si le chômeur l’avait lui-même signée, alors qu’il n’en est rien. Plusieurs chômeurs se retrouvent donc avec une déclaration qui les désavantage et qui ne reflète pas la situation qui a mené à leur départ. En cas de refus, ceux-ci devront démontrer que la déclaration rédigée par l’agent comportait des informations incomplètes ou fausses.

Des cas de ce genre, le MAC en voit de plus en plus. Pendant que ces dossiers traînent en longueur, le travailleur, lui, se retrouve sans revenu pour faire face à ses obligations.

« L’assurance-emploi, c’est comme un jeu de Serpents et échelles, sauf qu’il n’y a que des serpents sur le plateau! », résume Yvan Boulay.

Pour l’organisme, les dossiers sont plus complexes que jamais. Souvent, les travailleurs n’ont jamais pu exprimer toute la situation qui a mené à leur congédiement ou à leur départ.

« Avant, quand les gens parlaient à un agent, ils pouvaient exprimer toute la charge émotive de leur situation, explique Yvan Bousquet. Maintenant, quand on rencontre les gens après un parcours de deux mois, ils nous disent à quel point ils sont contents de pouvoir enfin parler à quelqu’un. Dans tout le processus avec l’assurance-emploi, ils n’ont jamais pu le faire. »

Il faut rappeler que l’assurance-emploi a été créée pour permettre aux travailleurs de survivre le temps de retrouver un nouvel emploi. Or, ce programme d’assurance est de moins en moins au service des chômeurs. Le gouvernement fédéral, lui, s’en sert pour engranger les surplus afin de réduire son déficit.

Voilà où en est rendu ce régime d’assurance.

 

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  • Re: Quand l’assurance-emploi est de moins en moins humaine

    J'ai eu l'occasion de collaborer avec Yvan Boulay et son collègue Yvan Bousquet lorsque j'étais adjoint pour les députés (e) s Ève-Mary Thaï Thi Lac et Yvan Loubier. Ce sont deux ardents défenseurs des droits des travailleurs qui font un travail exceptionnel avec des moyens plus que réduits face à une machine gouvernementale impitoyable. J'ai principalement collaboré avec Yvan Boulay un expert de la Loi sur l'assurance-emploi et une force tranquille qui prend tous les moyens dont il dispose pour s'assurer que le travailleur ou la travailleuse reçoive les prestations qui leur sont dues. Le taux de réussite du Mouvement-Action chômage de Saint-Hyacinthe est impressionnant. Par contre, cela signifie aussi qu'au bureau de l'assurance-emploi, il y des décisions qui ont été prises de façon erronée. Les modifications à La Loi de l'Assurance-emploi n'avaient pas juste comme conséquence d'exclure les travailleurs de prestations d'assurance-emploi, mais aussi de réduire la capacité de défendre les travailleurs, en éliminant le Conseil arbitral pour les remplacer par des tribunaux administratifs dirigés par des partisans conservateurs. Les libéraux ont été les premiers à mettre en place une Loi qui a permis le vol de 54 milliards de dollars en excluant 6 travailleurs sur 10 à l'assurance-emploi. Les conservateurs ont consolidé cette position et ont trouvé le moyen d'exclure des travailleurs qui recevaient des prestations en faisant du harcèlement. Voilà les conditions auxquelles doivent faire face Yvan Boulay et Yvan Bousquet pour la défense des travailleurs. Bravo pour ce travail de titan! Bertrand Desrosiers

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