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nouvelle maison ACFA à Saint-Hyacinthe

Quand le stress mène à la détresse

Caroline Barré

L’agriculture est un métier qui a été oublié par l’industrie et l’industrialisation. « On ne se préoccupe pas d’où vient la nourriture. On consomme », soutient Maria Labrecque Duchesneau, directrice générale de l’organisme Au Cœur des Familles Agricoles (ACFA). Dans son étude L’industrie bioalimentaire de la Montérégie, le MAPAQ indiquait pourtant qu’en 2007, près de 7 200 fermes occupaient le territoire de la Montérégie. Sur l’ensemble du Québec, cela correspond au quart des exploitations agricoles dont les principales productions se situent au niveau des grandes cultures, fruits et légumes, lait, bovins de boucherie et porcs. Ce noble métier, synonyme pour plusieurs de grands espaces et de contacts privilégiés avec la nature et les animaux, aurait-il une face cachée ?

De fermiers à entrepreneurs

Photo : Nicolas Humbert Selon Ginette Lafleur, candidate au doctorat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et co-auteure, avec Marie-Alexia Allard, de l’Enquête sur la santé psychologique des producteurs agricoles du Québec, la profession aurait bien changé. « Je pense seulement à la paperasse qui a plutôt tendance à amplifier plutôt qu’à être simplifiée. » Avec l’obligation de produire davantage puisque la concurrence ne vient plus du village d’à côté, mais qu’elle se retrouve à l’échelle mondiale, de suivre des normes de conformité de plus en plus strictes, tout en répondant aux nouvelles règlementations environnementales, le producteur agricole n’est plus le fermier qu’il était. Il est devenu entrepreneur.

Alors que certains agriculteurs ont su s’adapter au fil du temps, pour d’autres, il s’agit de sources de stress additionnelles. « On parle plus qu’avant de la détresse psychologique chez les agriculteurs, mais ça a toujours existé », souligne Mme Labrecque Duchesneau. Confronté au manque de main-d’œuvre ou de relève, au transfert de l’entreprise agricole familiale et à l’endettement sans cesse grandissant, le producteur agricole doit aussi affronter les impondérables liés à sa profession. « En premier lieu vient la température qu’on ne contrôle pas encore, mais on travaille aussi avec des éléments vivants, que ce soit la terre ou les animaux », indique Mme Lafleur. « L’attente d’une tempête est souvent pire que la tempête elle-même… », soulignait un agriculteur dans l’enquête menée par Mmes Lafleur et Allard. Armé de patience, le producteur qui sème au printemps, dès que Dame Nature lui permet d’entrer aux champs, devra souvent attendre l’automne pour savoir à quoi ressemblera sa récolte. Les changements des conditions climatiques en cours de saison, la maladie et les insectes sont autant d’éléments avec lesquels il doit concilier pour assurer le rendement de ses terres.


Ginette Lafleur, candidate au doctorat à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et co-auteure de l'enquête sur la santé psychologique des producteurs agricoles du Québec La production animale, quant à elle, s’accompagne d’une charge de travail sur 365 jours par année. « On ne peut jamais mettre le piton à off », confiait un agriculteur à Mme Lafleur. Malade ou fatigué, un producteur agricole ne peut reporter au lendemain les tâches du quotidien. Il doit nourrir ses bêtes, les soigner, effectuer la traite des vaches ou chèvres laitières et plus encore. Alors que le bien-être animal est omniprésent, la maladie chez les animaux pouvant coûter cher à un producteur, qu’en est-il du bien-être de l’agriculteur ? « Il faut se dire qu’on a besoin des agriculteurs et qu’un agriculteur peut fermer ses portes demain matin. Essayons donc de garder ceux qu’on a », signale Mme Labrecque Duchesneau. Afin de revaloriser la profession et ainsi témoigner notre respect envers ceux qui mettent dans notre assiette, chaque jour, des produits frais et de qualité, il est important d’acheter Québécois. Cela permettra aussi de garder les producteurs agricoles en affaires.

À propos de l’endettement

« En agriculture, t’as beaucoup de valeurs, mais tu ne peux pas y toucher. Quand l’argent rentre pas, le ton change, la pression augmente… », voilà le constat d’un agriculteur cité dans l’Enquête sur la santé psychologique des producteurs agricoles du Québec. « Tout est plus cher aujourd’hui. La nouvelle technologie, ça se paye », précise Mme Labrecque Duchesneau. L’agriculteur n’a souvent d’autre choix que d’aller vers la mécanisation et l’automatisation de ses équipements de ferme pour pallier la pénurie de main-d’œuvre qu’il ne pourrait d’ailleurs peut-être pas s’offrir. Pourtant, certains producteurs souhaiteraient rester petits. Lorsqu’ils succombent à la pression de l’industrie qui les pousse à une expansion non désirée, mais quasi incontournable pour assurer la viabilité de leur entreprise agricole, la tâche s’alourdit d’autant et l’endettement aussi.

Et pourtant, lorsqu’une relève se prépare, augmenter le nombre de ses terres ou la grosseur de son troupeau s’avère souvent inévitable pour un agriculteur. « L’entreprise agricole doit pouvoir faire vivre les propriétaires actuels, soit les parents, et l’enfant qui s’en vient », note Mme Labrecque Duchesneau. D’autres producteurs n’ont pas de relève. Ils doivent alors se tourner vers des jeunes en quête d’une ferme, mais encore faut-il qu’elle assure leur avenir.

La Maison ACFA

« Il faut briser l’isolement si on veut être heureux en agriculture », indiquait un producteur dans le cadre de l’Enquête sur la santé psychologique des producteurs agricoles du Québec. Se confier ou consulter n’est toutefois pas le propre de l’agriculteur que la fierté, l’orgueil et la méfiance obligent au silence. L’organisme Au Cœur des Familles Agricoles l’a bien compris et propose diverses solutions.

Le projet « Travailleur de rang » de l’ACFA, ayant pour principal objectif le développement de réseaux de solidarité en milieu rural, permettrait notamment de dresser un meilleur portrait de la réalité des agriculteurs, mais aussi de voir à l’établissement de relations plus harmonieuses entre eux et les villageois. Le « Guide du bon voisinage » serait l’outil par lequel les conditions de vie dans le rang pourraient être améliorées.

Maria Labrecque Duchesneau, directrice générale de la Maison ACFA et fille d'agriculteur. photo : Maison ACFA « Pour apprécier l’agriculture, il faut la comprendre », insiste Mme Labrecque Duchesneau, directrice générale de l’ACFA et fille d’agriculteurs. C’est ainsi qu’en septembre, une première maison de répit en agriculture voyait le jour au Québec. Établie sur la rue Benoît, à Saint-Hyacinthe, la Maison ACFA se veut d’abord un lieu de repos pour les agriculteurs ayant besoin de souffler et de prendre du recul. Sur place, les familles agricoles du Québec reçoivent accompagnement et soutien en période difficile. Rencontrer des spécialistes du milieu des affaires agricoles et autres ressources y est possible pour tout agriculteur. « Ensemble, on trouve des solutions pour qu’il reste en affaires », conclut Mme Labrecque Duchesneau.

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  • Re: Quand le stress mène à la détresse

    Allez voir le site : www.permacultureinternationale.og Vous allez trouvez des trucs géniaux je cois

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    Re: Quand le stress mène à la détresse

    Bonjour Mme Castonguay, Merci pour le partage! Un site bien intéressant à découvrir (www.permacultureinternationale.org). Peut-être aurai-je l'occasion d'aborder le sujet prochainement? Bonne journée et au plaisir!

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