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À SAINT-HYACINTHE

QUÊTER sa nourriture (2)

Roger Lafrance

Dès qu’on les aperçoit, on sent que ça ne va pas bien. L’anxiété, l’inquiétude, la honte se lisent sur les traits de leur visage. « Je n’ai plus rien à manger. Mon frigidaire est vide. Pouvez-vous m’aider ? »

À l’ACEF Montérégie-est où je travaille, on ne donne pas de nourriture. On aide les gens à faire un budget et à trouver des solutions face à un endettement surélevé. Mais chaque fois qu’une personne se présente en demandant de la nourriture, on reste sans voix, le cœur serré par cette demande où l’orgueil a été poussé à ses extrêmes limites.

Quêter sa nourriture, c’est la pauvreté dans ses derniers retranchements. La faim existe à Saint-Hyacinthe qui compte pas moins de trois services d’aide alimentaire.

Chaque semaine, entre 300 et 400 personnes viennent quémander quelques sacs de nourriture pour pouvoir manger, faute d’argent pour aller à l’épicerie. En décembre 2010, la Guignolée maskoutaine a aidé 929 familles. Dire que Saint-Hyacinthe traîne la réputation d’être une ville riche.

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Dire que Saint-Hyacinthe traîne la réputation d’être une ville riche. Photo : P-H F.

Au Comptoir Partage La Mie, sa directrice Cécile Baillargeon raconte que les mercredis matin, les gens attendent souvent dès 6 h30 l’ouverture des portes à 9 h. « On leur dit que ce n’est pas nécessaire d’arriver si tôt et qu’il y aura de la nourriture pour tout le monde mais rien n’y fait », constate-t-elle.

Tout comme chez Groupe Vision Partage ouvert les vendredis, c’est une armée de bénévoles qui s’occupent de maintenir ces services sans aucune subvention gouvernementale. Ces organismes vivent de dons, notamment des communautés religieuses, et leur nourriture provient des moissons et d’entreprises alimentaires.

Des nouveaux pauvres

On pourrait croire que leur clientèle regroupe principalement des assistés sociaux. Ce n’est qu’en partie vrai. Parmi eux se mêlent des travailleurs à petits salaires, des chômeurs, des personnes âgées et des immigrants. Certains reviennent de semaine en semaine ; d’autres apparaissent au détour d’un moment particulièrement dur.

« C’est une roue qui tourne, rappelle Cécile Baillargeon. Il y a continuellement de nouvelles figures, par exemple des gens qui viennent de perdre leur emploi. »

Selon un sondage réalisé par l’Association canadienne de la paie, 59% des travailleurs connaîtraient des difficultés financières si leur paie était retardée d’une semaine seulement. C’est dire que dès surviennent une perte d’emploi ou une diminution des heures de travail, beaucoup de travailleurs se retrouvent en situation précaire.

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Au Comptoir Partage La Mie, les gens attendent souvent dès 6 h30 le matin. Photo : P-H F.

Soupe populaire

L’Accueil fraternel, un service offert par le Centre de bénévolat de Saint-Hyacinthe, sert chaque midi une centaine de repas au coût de 2 $, et ce, à chaque jour.

Sa clientèle diffère des banques alimentaires : principalement des hommes seuls (75% de la clientèle) et plus âgés. Parmi eux, des gens qui vivent différentes problématiques (santé mentale, difficulté d’intégration à la société, isolement) et qui ne peuvent compter que sur un maigre chèque de l’aide sociale. On retrouve même des « sans domicile fixe », vivant chez l’un ou l’autre après s’être fait évincer de leur logement.

« Juste pour venir manger à L’Accueil fraternel, ils doivent piler sur leur orgueil. C’est loin d’être facile », signale sa directrice Diane Poirier.

Ne pas laisser des gens affamés

Tous ces intervenants sont conscients que certains peuvent abuser des banques alimentaires en les visitant à tour de rôle, mais ils rappellent que leur mission est de combler la faim afin de ne pas laisser des gens affamés, surtout des enfants.

Pour eux, l’aide alimentaire est aussi une porte d’entrée vers les autres ressources. S’ils constatent un problème plus profond (dettes, consommation, aides gouvernementales inexistantes, isolement), ils les référeront vers d’autres organismes qui pourront les aider à venir à bout de ce qu’ils vivent.

« Je ne sais pas ce que feraient les gens si on n’était pas là, souligne Gervais Rousseau du Groupe Vision Partage. On est tous des bénévoles ici. On est là pour les aider. »

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Et la PAUVRETÉ. calvaire !

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  • Re: QUÊTER sa nourriture (2)

    <p>Vous avez choisi un fond de cour pour illustrer la pauvret&eacute;. Je connais cet immeuble, les logements qu&rsquo;il offre, r&eacute;cemment r&eacute;nov&eacute;s sont &agrave; faire envier. Cependant, j&rsquo;ai accompn&eacute; une amie malade &agrave; l&rsquo;un de ces centres alimentaires o&ugrave; l&rsquo;on doit d&eacute;bourser pour la nourriture pas toujours fra&icirc;che. L&agrave; est le scandale&nbsp;! En plus, les gens attendent en ligne, dehors au froid...</p> <p>J&rsquo;ai vu l&agrave;, l&rsquo;image de la pauvret&eacute; &agrave; St-Hyacinthe.</p> <p>&nbsp;</p>

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