• Société

Revivre le Manoir

David-Alexandre Grisé

Il y a maintenant près de trois ans, le Manoir Gaulin fut démoli. Ses 34 locataires durent déménager, laissant derrière eux une part d’eux-mêmes. Cet ultime moment nous a été brillamment évoqué à travers le court-métrage intitulé Manoir de Pier-Luc Latulippe et Martin Fournier.

Un documentaire juste et sensible

photo : Olivier TétreaultLe Manoir Gaulin, situé en zone limitrophe de Saint-Hyacinthe dans le district de Douville, a été pour plusieurs comme un refuge à l’autre bout du monde. Cette résidence privée accueillait d’anciens psychiatrisés, détenus et laissés pour compte de la région. Dans cet univers mal isolé aux préfinis vétustes, deux cinéastes ont lentement porté un regard sensible dans un milieu quasiment occulté à l’époque et sur des êtres troubles, mais pourtant lumineux. Le très beau documentaire de 70 minutes est le fait d’un regard intimiste autour de Paul, de Michel et de Johnny, les principaux protagonistes. Le documentaire nous fait embarquer dans la vie « inusitée » des personnages tout en préservant une saine retenue. L’esthétisme du film est superbe et sobre. Le tout sur des camaïeux de gris ou de beige… Il faut rappeler au lecteur que ce documentaire a déjà reçu mérites et distinctions.

En tournée promotionnelle, le film fit un passage obligé le 27 octobre au Cinéma 8 de Saint-Hyacinthe, le tout devant une salle comble. Nous aurons eu sur place le plaisir de rencontrer les scénaristes/réalisateurs. Martin Fournier, Maskoutain d’origine, nous aura présenté sommairement leur démarche, leurs espoirs et leurs projets. Il aura aussi tôt fait de nous présenter deux des trois principaux personnages. Une grande vague d’émotions envahit dès lors la salle entière. Le geste de reconnaissance fut tout à l’honneur des cinéastes. Michel et Paul ainsi présentés, le caractère humain du film se sera ni plus ni moins matérialisé devant nous.

Un sentiment doux-amer

Si le succès du film ne fait pas de doute, la réalité de « nos vulnérables » a soulevé bon nombre de réactions et d’interventions du public. Car, il faut se l’avouer, il est rare de voir sur grand écran la misère d’un monde si près de nous, d’un monde qui nous est familier pour certains, d’un monde que l’on ne veut pas voir la plupart du temps. Ce film a le mérite de nous rappeler notre inextricable besoin d’amour et de confiance en l’autre. Il fait état de l’attraction ou de la peur du vide et du changement. Que la pauvreté trouve un territoire ailleurs, mais surtout pas ici. Il soulève les questions autour des besoins et des types d’aides qui peuvent être offerts aux personnes. Il nous présente une belle amorce de réflexion et d’actions sur les questions de santé publique, sur les ressources d’hébergement limitées et sur l’intégration de toutes les personnes dans notre communauté.

Si la vie peut être dure, elle continue malgré tout. Peut-être qu’elle tendra pour le mieux ; c’est le cas pour Michel qui habite maintenant dans une nouvelle résidence à Sainte-Rosalie. Elle offrira possiblement des écueils ; nous saluerons Paul qui est hébergé en psychiatrie de longue durée depuis maintenant plusieurs années. Elle demeure incertaine ; comme pour Johnny que l’on croise régulièrement au centre-ville.

Galerie

  • photo : Olivier Tétreault
    photo : Olivier Tétreault
  • photo : Olivier Tétreault
    photo : Olivier Tétreault
  • photo : Olivier Tétreault
    photo : Olivier Tétreault
  • photo : Olivier Tétreault
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    J'aimerais voir ce documentaire. Est-ce possible? Si oui à quel endroit? Merci! Je demeure à St-Hyacinthe.

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    Je vous suggère d'entrer en contact avec les réalisateurs par la page Facebook du film : https://www.facebook.com/manoirdoc/?fref=ts

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