• Société
Travail invisible

Rôle des femmes dans l'autonomie alimentaire des communautés

Caroline Laplante

Un constat s'impose lorsqu'on parle de la place des femmes dans la production agricole mondiale, les femmes occupent une place centrale dans toutes les activités bien qu'elles soient rarement propriétaires d'une exploitation ou en charge de la production ou de la distribution, et ce peu importe la région du monde. De plus, malgré l'importance du travail des femmes dans l'alimentation de la population, il est souvent difficile d'avoir accès à des données compte tenu que ces activités sont souvent effectuées dans le cadre des tâches normales d'une exploitation familiale où ces activités sont associées aux travaux de la vie du ménage. D'ailleurs ces activités bien qu'essentielles au fonctionnement de la vie humaine, ne sont pas considérées comme productrices de valeurs et ne sont donc jamais calculées dans le PIB.

 Une discrimination systémique freine toujours les femmes agricultrices. Elles sont moins susceptibles d'avoir accès à une éducation en lien avec l'agriculture ou non, à des services financiers (sauf dans certaines régions où les micro-prêts ont permis à des nombreuses femmes d’accroître les revenus de leur ménage) ou de la main-d’œuvre pour effectuer les gros travaux. Les aires de production des exploitantes sont donc plus petites et rapportent moins que les entreprises agricoles dirigées par des hommes, dont une très grande partie des travaux est effectué par les membres féminines de la famille sans qu'aucun salaire ne leur soit versé, ce type de travaux étant associé au travail de la nature, un travail biologique, passif, hors de la sphère de la production salariée.

Selon une étude canadienne effectuée en Saskatchewan (Canada),  83% des agricultrices avaient consultés leur médecin de famille au cour des 12 mois précédents comparativement à 19% de la population canadienne totale. Cette grande disparité entre les deux chiffres s'explique par un taux de stress très élevé chez les agricultrices questionnées. Ce stress viendrait de la grande charge de travail exigé par leur position à l'intérieur du cercle familial, une addition de travaux ménagers, du travail à la ferme et d'emploi d'appoint pour aider le ménage à faire face aux défis financiers. La transformation des communautés rurales ajouterait également une part de stress alors que ces agricultrices voient les parcelles de terres être vendues à des conglomérats, que les divorces et les maladies augmentent d'année en année dans les communautés et que le taux de suicides des agriculteurs est en hausse constante.

À l'autre bout de l'axe de production, se sont également des femmes qui se chargent des travaux ménagers. Travaux dont les répercussions économiques ne sont encore pas calculés. En France, selon l'étude intitulée « L'engagement écologique a-t-il un genre? », dans 80% des ménages « se sont les femmes qui se chargent des tâches ménagères ». Plusieurs militantes écoféministes jettent d'ailleurs comme base à l'interconnexion entre les femmes de diverses origines, ces ressemblances entre les communautés : le travail des femmes non reconnu par l'économie des nations et la responsabilité des finances familiales. L'augmentation des prix à la consommation des biens alimentaires de base est une problématique qui rejoint les femmes de tous les continents tout comme les travaux reliés à la vie familiale.

Alors que de nombreux défis attendent les producteurs et les consommateurs de produits issus de l'industrie agro-alimentaire, ce sont les femmes et les jeunes filles, qui se trouvent à la base, à l'extérieur même, de la production officielle de l'industrie, qui sont les plus vulnérables aux changements environnementaux qui fragilisent la production agricole et l'approvisionnement alimentaire. La spéculation sur les stocks de céréales des dernières années n'étant qu'un exemple parmi tant d'autres de la disparité des forces engagées dans cette lutte économique pour la subsistance.

Post-Scriptum: 
Si le sujet vous intéresse : Food and Agriculture Organization of the United Nations. « La situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2010-2011 ». Première partie : Le rôle des femmes dans l'agriculture. [En ligne]. http://www.fao.org/docrep/013/i2050f/i2050f00.htm LALANNE, Michèle et LAPEYRE, Nathalie. « L'engagement écologique a-t-il un genre? » [En ligne]. http://id.erudit.org/iderudit/037795ar MIES, Maria et SHIVA, Vandana. « Écoféminisme- Introduction ». [En ligne]. http://www.rqge.qc.ca/files/Ecofeminisme-Introduction.pdf

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