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Un portrait caché de l’itinérance à Saint-Hyacinthe

Marie-Pier Leboeuf

Plus discret que dans les grands centres, le portrait de l’itinérance est inquiétant à Saint-Hyacinthe. Avec le flagrant manque de ressources et la transformation du centre-ville qui s’opère, il reste encore beaucoup de pain sur la planche dans cette importante lutte à la pauvreté.

« À Saint-Hyacinthe, nous faisons face à l’itinérance cachée. Rares sont ceux qui vont admettre qu’ils sont dans cette situation, mais ce sont très souvent des gens qui sont sans logement fixe », soutient Mme Demers, la directrice de l’Auberge du cœur Le Baluchon.

Suzanne Demers, directrice de l'Auberge du Coeur Le Baluchon. Photo : Nelson Dion

L’instabilité résidentielle est l’un des principaux enjeux discutés sur le comité de travail de Solidarité itinérance Maskoutaine (SIM). La problématique est alarmante. En 2012, près de 2000 Maskoutains utilisaient plus de 50 % de leurs revenus pour payer leur logement, alors que certains pouvaient aller jusqu’à 80 % de leur salaire pour répondre à ce besoin fondamental. Tristement, les statistiques ne s’améliorent pas.

Suzanne Demers, très préoccupée par le phénomène d’embourgeoisement qui s’installe, craint l’arrivée de la tour de Réseau Sélection, au centre-ville. La démolition de logements abordables, bien entretenus et sécuritaires laisse la directrice de l’Auberge sur un goût amer, choquée de voir 11 familles évincées qui devront se trouver un autre lieu de résidence.

« Il faut payer cher, à Saint-Hyacinthe, pour avoir un toit, et c’est sans compter les appartements mal isolés qui coûtent une fortune. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de préoccupations de nos élus pour offrir davantage de logements à raisonnable coût », a dénoncé Mme Demers, qui espère la construction imminente de logements sociaux telle qu’annoncée avant les élections. L’acquisition de plusieurs immeubles par la Ville devrait d’abord servir à cet effet selon la directrice de l’Auberge. « La Ville doit travailler avec le milieu, prendre connaissance des besoins de la communauté et consulter de vrais partenaires avant d’élaborer », a-t-elle fortement suggéré.

En Montérégie, Saint-Hyacinthe est ciblée comme étant l’une des deux municipalités les plus importantes en itinérance. Le manque de ressources et de financement des organismes, c’est ce qu’a déploré à maintes reprises Mme Demers au bout du fil, appuyée par l’intervenante psychosociale au Centre de Bénévolat de St-Hyacinthe, Diane Poirier.

Rappelons qu’un plan d’action interministériel en itinérance, de 2015 à 2020, a été endossé par 10 ministres signataires. La ministre Lucie Charlebois promettait un nombre accru de logements sociaux, des investissements dans le réseau de la santé et des services sociaux et des mesures pour stabiliser les revenus des plus démunis. Pourtant, la situation en est autrement et l’itinérance ne fait que s’accentuer avec l’inactivité des élus. Les organismes doivent désormais composer avec la pauvreté grandissante puisque le manque de financement ne permet pas d’actualiser les promesses comme prévu.

Au cours de l’année 2016-2017, ce sont plus de 40 000 repas qui ont été servis aux personnes seules à l’Accueil Fraternel. Au total, ce nombre représente pas moins de 600 Maskoutains ayant eu recours aux banques alimentaires.

Diane Poirier continue de croire, elle aussi, qu’il reste encore beaucoup à faire pour combler les trous de services, comme le besoin urgent de logements de transition. « Il nous faut trouver des solutions durables pour offrir plus de soutien, de suivi psychosocial et de réinsertion sociale, par exemple, pour répondre au vécu des personnes. C’est d’abord la pauvreté qu’il faut travailler à enrayer et, pour y arriver, il faut travailler ensemble parce que c’est l’affaire de tout le monde », a fait valoir Diane Poirier.

Abris de fortune ( sous le pont de la Concorde) Photo : Nelson Dion

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  • Bravo

    Bravo a vous le Baluchon vous avez pris mon fils a 14 ans vous nous avez montré a dialoguer ensemble aujourd'hui mon fils a 33 ans il va très bien dans la vie et ons discutes encore comme vous nous l'avez enseigné merci mille fois et continuer car ons a besoin de gens comme vous encore une fois BRAVO

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