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POLITIQUE FÉDÉRALE

DÉBUT d’une nouvelle ère

Paul-Henri Frenière

L’élection de Marie-Claude Morin, le 2 mai dernier, marque le début d’une nouvelle ère : l’arrivée du Nouveau parti démocratique dans la circonscription de Saint-Hyacinthe—Bagot après 18 ans de présence du Bloc québécois. Ce n’est pas la première fois que nous vivons un tel revirement. À l’image des rapports qu’entretient le Québec envers le gouvernement d’Ottawa, le comté a envoyé divers messages au fil des ans, divers messages et… messagers.

Les fins de mandat sont toujours abruptes pour ceux et celles qui les vivent. Je me souviens de la déconfiture du Parti conservateur en 1993. La comédienne Andrée Champagne avait été élue une première fois en 1984, puis une deuxième fois en 1988 avec près de 53% des voix.

Elle croyait donc se diriger allégrement vers une troisième victoire. À preuve, elle avait renouvelé son équipement de bureau juste avant l’élection. Des ordinateurs, des téléphones tout neufs qui ont finalement servi à son successeur Yvan Loubier, le nouveau député bloquiste.

Andrée Champagne (1984 - 1993).

 

C’est que le Parti progressiste-conservateur n’en menait pas large en 1993. Kim Campbell succéda à Brian Mulroney qui avait vécu une fin de mandat assez tumultueuse. La blonde Kim, aussi gentille fut-elle, a mené une campagne désastreuse qui a conduit ses troupes vers la pire défaite de son histoire. Ne restaient que deux députés conservateurs, dont un certain Jean Charest.

Pendant ce temps, le Bloc québécois de Lucien Bouchard s’imposait à la Chambre des communes en devenant l’Opposition officielle de sa Majesté. Le nouveau député de Saint-Hyacinthe—Bagot, Yvan Loubier, allait devenir le porte-parole de l’opposition en matière de Finances : une fonction prestigieuse et hautement médiatisée.

Un vieux fond bleu… et rouge

Les observateurs des médias nationaux (Jean Lapierre en tête) ont l’habitude de dire que Saint-Hyacinthe—Bagot a « un vieux fond bleu ». Dans les faits, si l’on regarde l’alternance des partis depuis 75 ans, les Libéraux et les Conservateurs s’étaient relayés jusqu’à l’arrivée du Bloc.

Après une longue présence libérale de 1935 à 1957 (22 ans), c’est le conservateur Théogène Ricard qui s’installa dans notre comté pour une période de 15 ans, jusqu’à 1972.

Je me souviens des soldats de l’Armée canadienne postés jour et nuit devant sa résidence du secteur Bourg-Joli. C’était durant la Crise d’octobre 70. alors que tous les députés fédéraux bénéficiaient de cette même protection. Il faut dire que les méchants felquistes, le couteau entre les dents, rôdaient dans les ruelles maskoutaines…

Celui que l’on nommait « Théo » a finalement quitté la politique deux ans plus tard, à la manière de son lointain successeur Yvan Loubier qui, en 2007, tira sa révérence après 14 ans de service.

Deux bleus, un rouge

Celui qui remplaça le bon « Théo » avait un peu le même profil que le candidat conservateur aux dernières élections, Jean-Guy Dagenais. D’abord, candidats vedettes, les deux ont été « parachutés » dans le comté.

Claude Wagner (1972 - 1978).

 

Partisan de « la loi et l’ordre », Claude Wagner aurait lui aussi bien cadré dans le cabinet de Stephen Harper. Plusieurs le voyaient même à la tête du Parti conservateur. « Notre député peut devenir Premier ministre du Canada ! » pouvait-on entendre au Club maskoutain.

Mais c’est finalement Joe Clark qui remporta la mise. Wagner est mort prématurément d’un cancer à 54 ans.

Entre les deux « bleus », Wagner et Champagne, s’est faufilé un « rouge » de 1978 à 1984 : le jovial et rougeau Marcel Ostiguy. Je me rappelle de lui, serrant des mains au Marché Centre avec le Jérolas Jean Lapointe, alors au sommet de sa carrière et qui allait devenir sénateur libéral.

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Marcel Ostiguy (1978 - 1984).

L’homme d’affaires de Saint-Mathieu-de-Rouville devient député au moment où Pierre-Elliott Trudeau règne à Ottawa. On lui devrait l’instauration à Saint-Hyacinthe du Centre de recherche et de développement sur les aliments. Mais ce n’est pas lui qui a coupé le ruban lors de l’ouverture. C’est Andrée Champagne qui l’a battu à l’élection de 1984…

C’est un peu le même phénomène qui s’est produit avec le financement de la Faculté de médecine vétérinaire. Après une lutte acharnée qui a duré plusieurs mois pour obtenir la quarantaine de millions $ du fédéral qui manquait pour sauver l’institution maskoutaine, Yvan Loubier n’était plus là quand le chèque est arrivé. Dure, dure, la politique…

L’avenir est orange

La vie politique est ainsi faite, semble-t-il : des hauts et des bas, des espoirs et des déceptions, des victoires et des défaites crève-cœur. On est passé du bleu au rouge, puis du rouge au bleu et au bleu pâle pour arriver au jaune orange. Et pendant tout ce temps, la vie a continué son petit bonhomme de chemin.

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Marie-Claude Morin (2011 - .....).

À l’instar de presque tout le Québec, Saint-Hyacinthe—Bagot a décidé de faire confiance au Nouveau parti démocratique le 2 mai dernier. Mais au-delà des couleurs et des partis, il y a des femmes et des hommes qui prennent la décision de consacrer une partie de leur vie au service public.

Bien sûr, il y en aura toujours qui agiront par opportunisme et qui profiteront au maximum des avantages que leur position confère. Mais c’est une minorité, heureusement. Dans la grande majorité des cas, leur intention est louable : améliorer les conditions de vie de leurs concitoyens et concitoyennes.

À l’heure du cynisme trop répandu envers la classe politique, il est réconfortant de voir des jeunes femmes, par exemple, qui s’engagent dans cette voie avec détermination et dynamisme. Ça donne espoir à un vieux lion social-démocrate comme moi.

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