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Dur d’être jeune en 2022

Paul-Henri Frenière

On entrera bientôt dans la saison des bals de finissants. Ces derniers seront plus chanceux que les deux cohortes précédentes, puisque la maudite pandémie avait bousillé leur party. Or, le mal est déjà fait. Des statistiques récentes montrent que les jeunes d’aujourd’hui traversent difficilement cette période importante de leur vie.

Une enquête réalisée dans quatre régions du Québec, dont la Montérégie, révèle que la moitié des jeunes de 16 à 25 ans présenteraient des signes d’anxiété ou même de dépression modérée ou sévère. C’est grave.

Récemment, la Coalition des psychologues du réseau public québécois a lancé un cri d’alarme dans les médias. Le groupe a signalé une augmentation de 23 % des tentatives de suicide chez les adolescents. C’est énorme.

Les causes de ce phénomène inquiétant sont faciles à trouver. D’abord, ce virus qui les a confinés à l’âge où les rapports sociaux sont si importants. Cette brique leur est tombée sur la tête alors qu’ils étaient déjà préoccupés par le climat qui se déglingue d’un rapport du GIEC à l’autre. On a même inventé un mot pour décrire ce malaise : l’écoanxiété.

Lors d’un sondage réalisé l’an dernier, près des trois quarts des Québécois de 18 à 34 ans affirmaient être écoanxieux à divers degrés. Des experts se sont alarmés : ce sera le mal du siècle!

Et comme si ce n’était pas suffisant, le spectre d’une guerre nucléaire s’est invité dans leur perspective d’avenir. Décidément, la génération Z ne l’aura pas eu facile.

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Remarquez, ce n’est pas la première fois que l’on brandit l’épouvantail d’un conflit mondial dévastateur. Je suis assez vieux pour me souvenir de l’épisode de la baie des Cochons. Les Soviétiques avaient installé des missiles à Cuba qui pouvaient atteindre l’Amérique. Panique en la demeure étasunienne et chez nous.

Puis, il y a eu la guerre du Vietnam. Les jeunes Américains étaient enrôlés de force pour aller se battre là-bas. Certains ont déserté, avec raison. J’avais même l’un de ces déserteurs dans mes cours à l’Université Laval. Il hésitait à en parler. Chez lui aussi, on sentait l’anxiété.

Parlant de l’université, je me souviens que le taux d’intérêt pour mon prêt étudiant était de 14 %. C’est que le premier choc pétrolier, en 1973, avait fait quadrupler le prix du baril de pétrole. S’ensuivit une inflation galopante qui a touché tous les secteurs de l’économie. Ça m’a pris sept ans pour rembourser mon prêt étudiant.

Mon propos n’est pas de comparer les deux générations, les boomers et les Z, mais plutôt de dire qu’être jeune, à toutes les époques, comporte son lot de bonnes et de mauvaises surprises.

J’espère que les étudiants et les étudiantes de la cohorte 2022 auront un bal de fin d’année mémorable. Ils et elles l’ont bien mérité. Moi, je n’ai pas eu de bal de finissants. À l’ère du peace and love, on préférait les jeans patchés et les ponchos aux robes longues et aux tuxédos.

À la place, nous sommes allés faire le party dans un bar du centre-ville. Ça sentait le houblon collé au plancher et le gazon qui fait rire. Pour le reste, je n’ai aucun souvenir…

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