• Chroniques

Vacciné, mais magané

Paul-Henri Frenière

Eh oui ! Je fais maintenant partie de l’heureuse communauté des vaccinés. Cependant, l’expérience ne s’est pas déroulée sans problèmes. Après avoir pris mon rendez-vous, je ne m’attendais pas à ce qui allait m’arriver...

Tout a commencé la veille. Je me suis levé de ma chaise, tout naturellement, puis crac ! Je me suis fait un tour de reins, un fulgurant lumbago qui m’a empêché de me redresser. J’étais courbé comme un vieillard qui a peine à marcher. J’ai ressorti ma canne de bois qui, soit dit en passant, a déjà appartenu au défunt Willie Lamothe, mais ça, c’est une autre histoire.

Le lendemain matin, j’ai mis une demi-heure à me tirer du lit. Est-ce que j’allais annuler mon rendez-vous ? Non, pas question ! Ma sœur m’a conduit au terrain de l’exposition agricole, au pavillon La Coop où j’étais déjà inscris.

Il mouillait à siaux quand je suis arrivé sur place. Un monsieur en imper jaune nous a indiqué où nous stationner. « Il y a quarante minutes d’attente », nous a-t-il dit.

Lorsqu’il nous a donné le signal, j’ai vu une cohorte de gens de mon âge, masqués et silencieux, défiler vers le gros entrepôt. J’avais l’impression de vivre dans un roman dystopique. J’ai pris mon courage à deux mains et je me suis joint au cortège avec mon lumbago et soutenu par la canne à Willie. La vitesse à laquelle je marchais a fait en sorte que je me suis retrouvé, évidemment, le dernier de la file d’attente. Il pleuvait des cordes et le vent aurait écorné les bœufs s’il y en avait eu sur ce célèbre site de la foire agricole.

***

Après plusieurs minutes ainsi exposé aux intempéries, je suis enfin arrivé à la porte d’entrée. La préposée à l’accueil m’a demandé si tout allait bien. « Numéro un, madame, numéro un ! », lui ai-je répondu, mentant comme un arracheur de dents.

À l’intérieur, tout était bien orchestré : des tables d’identification, d’autres de vaccination et l’aire de repos pour la vérification des possibles effets secondaires. Une fois dûment identifié et vacciné, je me suis vu désigner une chaise. Mon voisin d’à côté, particulièrement optimiste, m’a lancé : « Astheure, on va pouvoir passer un bel été ! ».

Les 15 minutes réglementaires d’attente se sont écoulées, puis un préposé est venu me dire que je pouvais m’en aller. Il a remarqué que j’avais de la difficulté à me relever. « Ce n’est pas à cause du vaccin, l’ai-je rassuré, c’est le lumbago ! »

Quelques jours après, j’ai ressenti de vives douleurs aux oreilles, à tel point que j’ai consulté un pharmacien. Il m’a dit qu’il ne pouvait rien me prescrire et que je devais m’adresser d’abord à une infirmière ou à un médecin, ce que j’ai fait la journée même dans une clinique payante.

Après m’avoir ausculté, l’infirmière m’a indiqué que c’était une otite du baigneur. « Quoi ? Ce n’est pas possible, je ne vais jamais à la piscine ! » Elle m’a expliqué qu’une humidité prolongée dans l’oreille peut aussi causer ce genre de problème. J’ai pensé tout de suite à mon attente sous le vent et la pluie battante.

Me voilà donc avec une otite du baigneur et un restant de lumbago. Des effets secondaires au vaccin, à part ça ? Rien du tout !

Je suis peut-être un peu magané, mais, au moins, je suis vacciné. J’espère qu’on va passer un bel été !

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