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Autres possibles : Forces de l’ordre ou agent de la paix?

Marijo Demers et François-Olivier Chené

On entend beaucoup parler, depuis quelques années, de personnes mortes par l’intervention de la police. Il y a les cas américains, bien sûr, largement médiatisés, mais le Québec n’est pas en reste : durant le mois d’octobre dernier seulement, au moins deux personnes ont été abattues par la police dans la province.

En réponses à ces bavures, plusieurs mouvements se sont organisés, réclamant notamment de réduire le financement de la police. Il faut voir dans ces mouvements une perte de confiance de la part d’une partie de la population envers celles ceux dont la mission est de servir la population et de la protéger.

Photo : WIKIMEDIA COMMONS

Pendant que le taux de criminalité était en baisse constante pendant plus de 20 ans au Canada, les forces de l’ordre ont commencé à s’armer davantage, à s’équiper lourdement, parfois avec du matériel militaire. La proverbiale mouche est tuée par un bazouka, presque littéralement! La police s’est militarisée, mais les taux de criminalité ont commencé à augmenter dans plusieurs grandes villes canadiennes, depuis quelques années. Il est temps de revoir non seulement la manière d’intervenir de la police, mais aussi son rôle dans la prévention de la criminalité.

Un changement de culture dans la police

Dans les grandes villes du Québec, c’est environ 70% des appels que reçoivent les services de police impliquent la détresse humaine ou un problème de santé mentale. Et c’est souvent ce type d’intervention qui se termine par la mort d’une personne sous les balles de la police. Les policier.ère.s sont très mal formés en la matière et il faut un changement de culture important pour les aider à mieux gérer ces situations.

Il faut une meilleure formation pour les policier.ère.s de la province en ce qui concerne les problèmes de santé mentale. Bien plus que la journée de formation annoncée l’an dernier par le SPVM. Mais le changement de culture qui doit s’effectuer va bien au-delà de la formation.

On peut se servir de l’exemple de la ville de Longueuil, qui veut revenir à une vraie police de proximité : des agents de la paix se promènent dans des quartiers qui leurs sont attitrés, entrent en contact avec les citoyen.ne.s, les commerçant.e.s, les jeunes, etc. Cela fait en sorte que quand ils ont à intervenir, ils sauront davantage à qui ils auront affaire et pourront plus facilement désescalader la situation lorsque c’est possible. En outre, chaque agent se voit attitré une vingtaine de familles, qui ont son numéro de téléphone, et qui peuvent l’appeler en cas de problèmes.

L’Unité de réduction de violence à Glasgow

Ce que la police de Longueuil fait peut aider à rétablir le lien de confiance entre elle et la communauté. Mais afin d’avoir un effet à plus long terme sur la criminalité, les services de police doivent s’appuyer sur la communauté et s’entourer des bonnes ressources. Certains corps policiers de la province ont ajouté à leurs équipes des travailleur.se.s sociaux. C’est un début intéressant, mais on peut aller bien plus loin.

C’est ce que la ville de Glasgow, en Écosse, a fait. La ville, qui était reconnue pour sa criminalité rampante a réussi à la réduire considérablement, en créant une Unité de réduction de la violence (URV). L’URV une sorte d’unité sans arme et sans uniforme et qui fait appel à des acteurs très divers : des médecins, des travailleur.se.s sociaux, des infirmier.ère.s, des mentors, des barbiers, etc.

Les activités de l’URV sont très variées. Des intervenant.e.s passent entre les civières à l’hôpital pour interpeller les victimes d’actes violents, afin de les inviter à prendre un café et discuter, pour les aider à se sortir du cycle de la violence. Des médecins qui soignaient quotidiennement des blessures à l’arme blanche ont décidé de faire des tournées dans les écoles pour raconter aux jeunes les conséquences concrètes de cette violence. Un café engage des personnes condamnées pour une période d’un an durant laquelle des mentors les forment non seulement à être de bons employés, mais plus largement à mieux organiser leur vie en général. Et plusieurs autres initiatives qui n’impliquent pas que les policier.ère.s, mais toute la communauté.

Depuis l’instauration de l’URV, le nombre de crimes a diminué de 37% et la possession d’arme à feu à diminué de 85% à Glasgow. Même si certains quartiers, surtout parmi les plus pauvres, ont encore des taux élevés de criminalité, l’URV a été très efficace et a démontré qu’il est nécessaire que la police s’entoure de sa communauté afin d’aider à réduire la criminalité.

Conclusion

La police a un rôle à jouer dans la réduction de la criminalité. Mais celui-ci ne se limite pas à l’intervention musclée. Elle doit revoir son rôle, favoriser la prévention, et rétablir le lien de confiance qui est brisé chaque fois un peu plus quand on rapporte un nouveau décès sous les balles de la police.

Ces changements prennent du temps. On ne change pas une culture en quelques semaines. Mais on peut espérer, si on s’inspire des bonnes pratiques qui se font ailleurs, que d’ici quelques années les forces de l’ordre reviendront de plus en plus à leur rôle d’agents de la paix et ne sortiront leur arme qu’en cas d’extrême nécessité.

Post-Scriptum: 

ÉPILOGUE

Nous avons voulu, avec cette chronique, sortir du langage paralysant trop souvent utilisé par les politiciens québécois pour justifier leur inaction. Cette mission que nous nous sommes donnée nous a permis d’en apprendre beaucoup sur les initiatives inspirantes d’ailleurs dans le monde ou encore dans notre passé et de les partager avec vous.

Après presque 2 ans de la chronique Les Autres possibles, nous y mettons fin (peut-être temporairement, qui sait) pour mener d’autres projets. Merci d’avoir lu nos chroniques, de les avoir partagées, d’en avoir discuté et de les avoir fait vivre dans la communauté maskoutaine!

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