• Environnement
Lettre à Lucien Bouchard

Au nom de tous les enfants du pays du Québec

Monsieur Bouchard,


En ce 22 octobre, six mois après le Jour de la terre, où 300 000 personnes ont défilé dans
les rues de Montréal pour réclamer la protection de notre planète, je marche devant l’hôtel
où vous tenez votre quatrième conférence annuelle. Les interrogations au sujet de cette
conférence tournent dans ma tête comme une turbine.


Mes collègues et moi marchons parce que nous sommes assez lucides pour comprendre
que l’humanité ne peut pas continuer à augmenter sa consommation d’énergie fossile de
façon exponentielle. Nous sommes d’accord avec James Hansen, un patron de la Nasa, (et
membre du GIEC) qui met le Président Obama en garde contre le réchauffement climatique
qui résulte de la combustion des combustibles fossiles et plus particulièrement des sables
bitumineux.(1)


En effet, lorsqu’on lit «The third Industrial Revolution»,(2) le lecteur averti comprend
rapidement que nous sommes dans une période de transition où nous assistons au déclin de
l’ère du pétrole pour nous diriger vers celle des énergies vertes produites à petites échelles ;
ces dernières seront aux géants des énergies fossiles ce que les médias sociaux sont par
rapport aux grands médias traditionnels (Québecor, SRC, CNN etc.).


Les énergies fossiles, ce sont les «dinosaures» du passé qui démolissent notre planète à
petit feu; les énergies vertes sont le seul avenir que nous pouvons léguer à nos enfants. M.
Bouchard, pourquoi un ancien ministre de l’environnement se met-il au service des
gigantesques multinationales qui gèrent les stratégies désuètes du passé?


Vous ne pouvez pas ignorez que la fracturation hydraulique est un procédé imparfait qui ne
peut pas extraire plus de 20% du gaz emprisonné dans les schistes. Est-ce qu’un agriculteur
achèterait une moissonneuse-batteuse qui laisserait 80% de la récolte dans les champs? Et
tout ce méthane qui ne peut être extrait de façon économique se libèrera lentement du soussol
via les puits abandonnés pour empoisonner la vie des vingt prochaines générations!


Je suis de ceux qui voient l’avenir comme Jean Lesage et René Levesque la voyait pendant
la Révolution Tranquille. C’est-à-dire avec confiance dans l’avenir en misant sur nos
compétences, et une fierté dans ce que nous sommes. C’est pour cela que j’ai voté «OUI»
avec vous en 1995. Alors, pourquoi revenir aux années cinquante alors que nos
gouvernants vendaient nos ressources à «une cenne la tonne» pour que des étrangers
saccagent notre pays et s’enrichissent à nos dépends?


Vos collègues de l’APGQ ont «exproprié» en catimini, sans débat, le sous-sol sous nos
pieds. Ce geste est légal selon la loi «médiévale» des mines, mais il est immoral et illégitime
selon tous les critères d’équité. Ils ont payé les «claims» un dix millième de la valeur du
marché (3). Est-ce que vous croyez que nous allons les laisser nous dépouiller de notre
butin parce que nous sommes « DES PORTEURS D'EAU NÉS POUR UN P’TIT PAIN» ?


Suite à cette acquisition légale mais illégitime, l’APGQ menace maintenant le gouvernement
du Québec d’une méga poursuite en cas de moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste
(4). Est-ce que ce chantage à la poursuite judiciaire serait une tentative de nous forcer à
réintégrer une image négative des francophones qui nous ramènerait à ce que l’historien
Robert Rumilly appelle «...le dogme de l’incompétence canadienne-française, en matière de
finances publiques...» ?(6) Ce dogme, M. Bouchard, je le rejette ! Voilà pourquoi j’ai voté
«OUI» en 1995.


En 1990, vous avez démissionné lorsque le Rapport Charest avait émasculé l’Accord du lac
Meech. C’était le geste noble d’un homme qui n’acceptait ni l’aplatventrisme, ni
l’ignominie! Dans votre livre, (5) vous racontez que vous aviez fait ce geste parce que
vous ne vouliez pas que vos fils vous jugent lorsqu’ils seraient adultes.


Au nom de tous les enfants du pays du Québec, je vous demande pourquoi vous défendez
les intérêts de l’APGQ , ces dinosaures des énergies fossiles, au détriment des québécois
d'aujourd'hui et de demain.


À défaut d’une réponse adéquate, est-ce que vous pourriez écrire «Une lettre aux futures
générations» pour leur expliquer votre démarche qui vous a fait descendre du geste sublime
de 1990, en passant par le courage de mener la campagne référendaire de 1995 malgré une
amputation, pour en arriver à votre présente situation.


Gérard Montpetit
La Présentation,Qc.


1) Le Devoir (Louis-Gilles Francoeur) Un patron de la NASA met en garde Obama,16 mai 2012 (p.1)
2) The Third Industrial Revolution , By Jeremy Rifkin octobre 2011 291 pages
3) La Presse, (Charles Côté) A-t-on manqué le bateau? 4 sept. 2010 p. A6 et A7
4) Le Journal de Québec (Geneviève Lajoie) Dédommagements exigés 26 sept. 2012 P. 5
5) À visage découvert, Lucien Bouchard, Boréal 1992
6) Maurice Duplesssis et son temps, Robert Rumilly, Ed. Fides 1973 Volume 2 p.8 aussi p. 637

Écrire un commentaire >

Ajouter un commentaire