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Bébés bélugas en détresse

Cet été, trois nécropsies sur des bébés bélugas à la FMV de l’Université de Montréal de Saint-Hyacinthe
Denyse Bégin

Les chercheurs sont inquiets


Un taux anormal de bébés bélugas échoués sur les plages du Québec


Cet été, il y a eu trois nécropsies (autopsies chez les animaux) sur des bébés bélugas (veaux) à la Faculté de médecine vétérinaire (FMV) de l’Université de Montréal, située à Saint-Hyacinthe. Si toutes les carcasses échouées sur le bord du fleuve ou du golfe Saint-Laurent avaient été retrouvées dans un état suffisamment convenable pour être analysées, les nécropsies auraient atteint le nombre de 16. Du jamais vu depuis les 30 années de suivi des baleines blanches par les chercheurs de la FMV!
Doit-on s’inquiéter?


 Dr Stéphane Lair  © Marco Langlois, FMV   « Oui, c’est inquiétant, avoue le Dr Stéphane Lair, professeur titulaire en médecine zoologique et directeur du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages à la FMV. Avec seulement trois carcasses de veaux, il est difficile de mettre le doigt sur ce qui a causé ces mortalités. Toutefois, d’après ce que nous avons observé, le problème se situerait probablement plus du côté des mères.
« Jusqu’à l’âge de deux ans, les bébés sont allaités donc complètement dépendants de leur mère, rappelle-t-il. S’ils en sont séparés, ils meurent et ça, ça ne laisse pas de trace à l’autopsie. On parle alors d’un diagnostic d’exclusion. Ils ont probablement été séparés de leur source de nourriture. »


Si on s’inquiète de ce phénomène à la FMV, c’est aussi le cas dans le Bas-du-Fleuve et notamment à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) où l’on enseigne les sciences de la mer.


« Ce qui s’est produit cet été est vraiment inhabituel, note le Dr Émilien Pelletier, professeur en océanographie chimique et directeur de la Chaire de recherche du Canada en écotoxicologie marine des environnements froids. C’est difficile d’évaluer l’impact de cet épisode sur l’ensemble du troupeau, car on ne sait pas combien de bébés sont nés pendant l’été.


« Les chercheurs de Pêches et Océans Canada pointent du doigt la saxitoxine, une toxine produite par des algues, comme étant peut-être la source du problème. Il n’y a pas eu cet été de marée rouge, comme en 2008, mais elles sont probablement toujours là », note le Dr Pelletier.


La saxitoxine est une neurotoxine, c’est-à-dire une toxine qui provoque des problèmes neurologiques chez les poissons ou les mammifères marins ce qui pourrait expliquer que les mères abandonnent leur bébé.


Le Dr Pelletier soulève également l’hypothèse d’une épidémie bactérienne, « mais c’est toutefois peu probable, précise-t-il, étant donné que ce sont des bébés qui meurent.


« Tout ça demeure un peu mystérieux, avoue-t-il. Il faut être à l’écoute de ce qui se passe. Si un tel épisode de décès chez les bébés bélugas devait se reproduire l’an prochain, ça deviendrait passablement inquiétant pour la survie de cette espèce dans nos eaux. »


Malgré cette situation déplorable pour les bélugas du Québec, dont on estime que le troupeau compte entre 1 200 et 1 500 individus actuellement, le chercheur rimouskois considère que l’état de santé du fleuve et de l’estuaire du Saint-Laurent s’est grandement amélioré, qu’il n’y a pas de problèmes majeurs à l’horizon et que les efforts faits par l’industrie et les villes dans les années 80 et 90 pour diminuer les quantités de polluants rejetés dans les eaux ont porté fruits.

Cet été, il y a eu trois nécropsies sur des bébés bélugas © Marco Langlois, FMV


« Les bélugas ont une durée de vie plus longue et les produits toxiques s’accumulent dans leur graisse plus longtemps, donc ça paraît sur leur état de santé général », indique M. Pelletier.


La population des bélugas dans le fleuve n’a pas augmenté depuis 1979, année où la chasse a officiellement pris fin. Le troupeau avait atteint les 8 000 individus avant cette période.


« La population de bélugas est stable et ce n’est pas normal. Elle devrait croître, mentionne Stéphane Lair. Il y aura un inventaire fait en 2013 et si on constate que le troupeau a diminué, il faudra vraiment qu’on se pose de sérieuses questions », conclut-il.


Des scientifiques de l’Institut Maurice-Lamontagne, à Mont-Joli, travaillent aussi sur les bélugas depuis quelques années. La survie de l’Institut est actuellement menacée. Voir une entrevue du Dr Daniel Martineau, également de la FMV, sur le site de Radio-Canada à http://www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2012/10/15/010-bas-saint-laurent-daniel-martineau-iml.shtm

 

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