• Environnement
SECONDE RONDE D’ÉCHANTILLONNAGES

La Yamaska ne se porte guère mieux

Alain Charpentier

L’OBV Yamaska a présenté le 21 juin dernier les résultats de son échantillonnage effectué sur le territoire de Saint-Hyacinthe pour l’année 2011. Cette démarche s’inscrit dans l’analyse du bassin versant de la Yamaska entamée en 2010. Les résultats présentés à l’Hôtel de Ville de Saint-Hyacinthe par Mme Catherine Laurence-Ouellet, présidente de l’OBV Yamaska, ont permis de voir que depuis le début des analyses, la situation de la Yamaska ne s’est guère améliorée.

Saint-Hyacinthe pollue la Yamaska

L’eau qui sort de la Ville de Saint-Hyacinthe est de moins bonne qualité qu’à son entrée : par exemple, le taux de coliformes fécaux présent dans la Yamaska est de 70 UFC/100 ml à l’entrée de Saint-Hyacinthe, alors qu’il est de 400 UFC/100 ml à la sortie de la Ville [1]. La qualité de l’eau passe donc de « bonne » à « satisfaisante » pour ce critère. Dans le cas du phosphore est des matières en suspension, les deux autres paramètres à considérer pour évaluer l’état de santé de la rivière, ils ont aussi augmenté après le passage de la Yamaska dans Saint-Hyacinthe. Point positif, la qualité de l’eau de la Yamaska va néanmoins en s’améliorant et la Ville de Saint-Hyacinthe a fait beaucoup de travail dans ce domaine depuis 2010.

JPEG - 295.4 ko
Les effets du phosphore dans la rivière : prolifération d’algues et de cyanobactéries (algues bleues).
(Photo : OBV Yamaska)

Comme en 2010, on a établi treize stations d’échantillonnage le long de la Yamaska à Saint-Hyacinthe. Trois d’entre elles retiennent principalement l’attention : celles situées sur les ruisseaux Mercier (à la Providence, à la Métairie), Décharge des Douze (ruisseau Donat-Giard) et Daignault (à la Providence). L’état de santé de ces tributaires avait déjà été considéré comme préoccupant dans l’analyse de 2010. Depuis, cet état s’est maintenu ou s’est très légèrement amélioré.

La Décharge des Douze : légère amélioration

Dans la Décharge des Douze (aussi nommé ruisseau Donat Giard, il part des carrières St-Dominique pour traverser des terres agricoles et le Boisé des Douze), les taux de phosphore, de matières en suspension et de coliformes fécaux ont diminué de manière substantielle (de près du tiers dans chacun des paramètres). Cependant, ce ruisseau présente le plus haut niveau de matières en suspension de toute l’étude avec 46 mg/l. Comme cause à ces différents problèmes, on évoque l’érosion ou décrochage des berges, les branchements croisés (égouts sanitaires et pluviaux qui se déversent l’un dans l’autre) et peut-être même les Carrières St-Dominique, mais l’impact de certaines pratiques agricoles est passé sous silence.

Ruisseau Daignault : pas d’amélioration

Dans le cas du ruisseau Daigneault (ou Daignault ?), le taux de coliformes fécaux a diminué à 280 UFC/100ml, ce qui le classe comme « satisfaisant » pour ce critère. Le taux de matière en suspension est demeuré sensiblement le même qu’en 2010. Mais pour ce qui est du phosphore présent dans l’eau, à 230 ug/l, le ruisseau Daigneault affiche un résultat « très mauvais » pour cette catégorie, se classant deuxième derrière le ruisseau Mercier. Pour expliquer ces problèmes, on évoque l’impact possible de la « faune » ou « d’animaux domestiques » (doit-on comprendre « animaux d’élevage » ?… On ne parle sans doute pas de déjections de perruches ou de chats ici). Pour ce qui est du taux de phosphore, on croit que le Golf La Providence pourrait en être en partie responsable avec l’épandage d’engrais et le non-respect de bandes riveraines en bordure du ruisseau qui le traverse. C’est certes à vérifier, mais encore une fois, pas un mot sur les pratiques agricoles ; même que le mot « bétail » est atténué par l’euphémisme « animaux domestiques ».

JPEG - 308 ko
Les matières en suspension dans la Yamaska proviennent de l’érosion des berges ce qui lui donne cette couleur grise.
(Photo : OBV Yamaska)

Ruisseau Mercier : toujours dernier de classe

Pour le ruisseau Mercier (le ruisseau de la Métairie), le portrait est moins réjouissant. Ce cours d’eau, l’un des plus mal en point de l’analyse de 2010, a vu son taux de phosphore augmenter à 250 ug/l, ce qui en fait l’eau la plus phosphorée de tout le territoire. Les coliformes fécaux n’ont pas connu de pointe aussi spectaculaire qu’en 2010 (un niveau de 5500 UFC/100 ml avait été alors atteint), mais ils se maintiennent tout de même à 1100 UFC/100 ml, ce qui le classe deuxième dans cette catégorie après le ruisseau Sirois (Rapide-Plat Nord). Ajoutons à cela que le taux de matières en suspension est demeuré lui aussi important (troisième dans cette catégorie) et nous avons là le cours d’eau le plus mal en point de tout le territoire, et ce, malgré une nette amélioration par rapport à 2010. Parmi les causes de ces problèmes, on suspecte encore une fois des branchements croisés en secteur urbain, mais l’impact que pourraient avoir l’épandage de lisier de porc et le non-respect des bandes riveraines par les agriculteurs en amont est, encore une fois, absent de l’étude.

L’industrie agricole oubliée ?

Dans les démarches annoncées pour 2012, on propose de rencontrer la Ville de Saint-Hyacinthe, les Carrières St-Dominique et le Golf la Providence pour faire un suivi, mais aucune rencontre avec l’UPA ou des exploitants agricoles n’est prévue dans ce plan d’action. Désormais, TOUS les acteurs du milieu économique et industrielle de la MRC doivent mettre l’épaule à la roue, même ceux qui ont été passés sous silence dans cette étude de caractérisation. Enfin, il sera intéressant de voir quel sera l’impact des efforts d’aujourd’hui dans l’étude de 2012.

 

Post-Scriptum: 
[1] Les coliformes fécaux sont des bactéries. Pour les mesurer, on compte le nombre de colonies formées par les bactéries pour calculer « l’unité formant colonie » (UFC) par 100 ml d’eau, par exemple. Une eau de moins de 200 UFC/100 ml est jugée, dans cette étude, de bonne qualité. Le phosphore présent dans l’eau se mesure en ug/l (microgramme par litre). Dans l’analyse, l’eau est jugée de bonne qualité quand le taux de phosphore dissous est de moins de 30 microgrammes par litre. Pour les matières en suspension, on calcule la quantité présente dans l’eau en milligrammes par litre. Une eau de moins de 6 mg/l est de bonne qualité.

Écrire un commentaire >

  • Re: La Yamaska ne se porte guère mieux

    Bonjour Monsieur Charpentier, J’aimerais apporter deux petites précisions concernant votre article. Les termes « animaux domestiques et faune », ne sont un euphémisme pour ne pas employer le mot bétail ou animaux d’élevage qui auraient accès aux cours d’eau. De très nombreuses déjections de chiens (du moins à ce que le visuel laisse paraître) se trouvaient à proximité de l’emplacement d’échantillonnage. De plus, plusieurs canards étaient présents, ainsi que des indices indiquant la présence de rats musqués. Ces éléments sont difficilement quantifiables, mais il faut tout de même en tenir compte dans les analyses considérant la proximité du site où les échantillons d’eau étaient pris. Concernant le milieu agricole, l’OBV Yamaska compte utiliser les résultats de ce rapport pour travailler en collaboration avec les comités de sous-bassins déjà en place qui incluent, entre autres, UPA, MRC des Maskoutains et producteurs agricoles. Soyez donc assuré que les impacts agricoles, comme les impacts urbains et commerciaux/industriels, seront abordés dans l’application de mesures correctrices. Merci de votre intérêt. Catherine Laurence-Ouellet Directrice générale, OBV Yamaska

  • Re: La Yamaska ne se porte guère mieux

    Bonjour, Merci de l’intérêt que vous avez accordé à mon texte. Quand je parlais de bétail, je ne faisais pas allusion à des animaux en pacage, mais bien au lisier de porc qui est répandu dans les champs situés en amont (St-Joseph, St-Dominique). Je sais très bien que les vaches ne paissent plus sur les terres de la Métairie comme dans le bon vieux temps ! Le lisier de porc, corrigez-moi si je me trompe, contient beaucoup de coliformes fécaux. Assez pour produire des pointes à 1100 UFC/100 ml et sur une période de temps assez longue (les coliformes fécaux peuvent survivre au moins deux semaines après avoir été répandus sur le sol). Si le lisier de porc n’est pas en cause, alors ces coliformes fécaux sont-ils d’origine humaine ? Si oui, il faudrait pointer les branchements croisés et les fosses septiques déficientes. Cependant, que des canards et des rats musqués produisent assez de coliformes fécaux pour polluer la rivière, disons qu’il y a de quoi là rester pantois. Quoi qu’il en soit, c’est un problème qui mérite d’être pris au sérieux. Personne ne souhaite voir se reproduire d’autres Walkerton. En tous cas, bravo pour votre étude, j’espère qu’il y en aura d’autres ; c’est le seul instrument qui nous permette de prendre le pouls de la rivière de manière scientifique. Alain Charpentier, journal Mobiles

  • Re: La Yamaska ne se porte guère mieux

    Bonjour, Nous aimerions apporter certaines précisions à votre article sur la qualité de l’eau de la rivière Yamaska Vous devriez savoir que la Fédération de l’UPA de Saint-Hyacinthe et la MRC Les Maskoutains ont établi un partenariat afin de démarrer des comités de bassins versants en 2010. La MRC est d’ailleurs la seule de la Montérégie a avoir fait une telle démarche. À ce jour, quatre comités de bassins versants ont été créés : Corbin à Saint-Damase Salvail à Saint-Jude ; Salines, Métairie et des Douze, à Saint-Hyacinthe. Ces comités sont composés en grande partie de producteurs agricoles qui oeuvrent à l’amélioration de la qualité de l’eau. De plus, la Fédération de Saint-Hyacinthe est impliquée en agroenvironnement depuis une quinzaine d’années et les résultats sont probants. Le projet de bassin versant du ruisseau des Aulnages, à Saint-Valérien et Saint-Dominique, en est un bel exemple, Dans ce projet, la mobilisation des producteurs agricoles et le soutien du MAPAQ et de l’UPA ont permis d’améluiorer la qualité de l’eau. Nous vous invitons à vous déplacer pour aller voir ces projets et parler à des producteurs. Jean Dumont Fédération de l’UPA de Saint-Hyacinthe.

  • Re: La Yamaska ne se porte guère mieux

    Bonjour Monsieur Dumont, C’est très intéressant et je n’ignorais pas l’existence de cette initiative conjointe de la MRC Les Maskoutains et de l’UPA mais, voyez-vous, mon article portait essentiellement sur les résultats de l’analyse 2011 menée par l’OBV Yamaska, résultats qui ont été dévoilés il y a deux semaines à l’Hôtel de Ville de Saint-Hyacinthe. Peut-être que dans un prochain article j’aurai l’occasion de traiter des résultats obtenus sur le terrain grâce à la mise sur pied des comités de sous-bassins versants de la Yamaska. En attendant je vous remercie de votre intérêt. Salutations, Alain Charpentier Journal Mobiles

  • Re: La Yamaska ne se porte guère mieux

    J'ai déjà vu en (tout prèt) en aval du pont à St-Césaire de l'ean rouge qui sortait à plein tuyau. C'est un endroit à vérifier,

  • Ajouter un commentaire