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Les coulisses de la lutte théâtrale (2)

La guerre des roses

Alex Morel

Dans la plupart des sports de contact, la violence physique est un plaisir typiquement masculin. L’image mentale générée par l’idée d’une bataille entre deux femmes implique habituellement des images semi-érotiques avec claques, graffignes et tirage de cheveux. En dépit des stéréotypes, certaines ont le courage de passer entre les câbles et poser le pied sur le ring pour se tailler une place dans un milieu d’hommes. Depuis 1997, Geneviève Goulet (alias LuFisto) pratique l’art de la lutte, une passion qui lui a permis de voyager autour du monde et de fonder une promotion entièrement féminine, NCW Femmes Fatales, où les meilleures lutteuses du Québec peuvent se mesurer au talent des fédérations indépendantes d’ailleurs.

« Quand j’ai commencé, il n’y avait pas assez de femmes sur le circuit indépendant au Québec; j’ai acquis plus d’expérience en luttant contre des poids plume masculins » raconte l’athlète originaire de Sorel. « Les gars n’y allaient pas plus doucement. Au contraire, ils me testaient pour voir si j’allais lâcher, pour briser ma confiance. » Inébranlable, LuFisto s’est rendue au Mexique en 2002, puis au Japon l’année suivante, afin d’ajouter de l’agressivité et de la technique à son répertoire lors de matchs hardcore où tout peut devenir une arme. « Même dans un match conventionnel, les risques de blessure sont considérables, surtout contre les débutants, poursuit-elle, ça prend une bonne force physique pour rendre crédible un coup tout en amortissant le choc pour la sécurité de l’adversaire. On apprend à vivre avec la douleur, mais un coup de pied, ou un coup de chaise en arrière de la tête, ça sonne quand même! » Évidemment, le circuit indépendant ne couvre aucun frais médical, et il n’est pas rare qu’un compétiteur lutte malgré une blessure au risque de l’aggraver. La création de fédérations exclusivement féminines comme Shimmer et Shine au Sud de la frontière a su limiter les combats mixtes et créer un engouement par la vente de DVD et de iPPV, l’équivalent web de la télé à la carte. Si ces méthodes de promotion servent à attirer un public international, elles sont d’autant plus valables comme outil d’apprentissage. « On peut revoir le match,  remarquer nos forces et nos faiblesses, et ensuite s’améliorer. Ça aide aussi à prévoir la réaction de la foule. Dans le feu de l’action, il n’y a rien de plus gratifiant que d’entendre la foule compter One…Two…Ahh! » s’étonne la maskoutaine Karine Brouillard alias Bettie Rage, élève de LuFisto. 


Lufisto et Bettie Rage, alias Geneviève et KarineLe programme de lutte féminine présenté par la WWE ressemble plus souvent qu’autrement à un entracte de deux minutes où deux mannequins exposent la souplesse de leur courbes en ajoutant deux ou trois claques au visage pour l’insulte. Parmi celles qui arrivent du circuit indépendant et qui savent efficacement se battre, on retrouve souvent des femmes qui proviennent de disciplines comme l’haltérophilie. Elles sont déjà habituées à une diète stricte, un entraînement rigoureux, mais surtout, elles possèdent  l’endurance physique nécessaire pour survivre sur un ring. « Quand les gens voient une femme avec ma silhouette arriver, ils se disent que je vais toutes les tuer! » poursuit Bettie Rage, « Par contre je sais que je ne suis pas à l’abri d’une blessure, et j’évite de prendre des risques inutiles. Ce n’est pas parce que je suis imposante que ça devient plus facile de monter un match à deux contre un. Le reste de la semaine, il faut quand même que je sois capable de me lever pour aller travailler. »

Si les athlètes du circuit amateur doivent se déplacer d’un ring à l’autre, il est encore plus difficile pour une femme de défendre sa place dans ce sport d’hommes. C’est en passant par Toronto, New York, Chicago, Mexico City et Montréal que LuFisto peut pratiquer son hobby à temps plein. Comme il faut tous commencer quelque part, Bettie Rage, elle, continue de se faire un nom au sein des ligues amateurs québécoises. Avec l’implantation de la GEW à St-Hyacinthe le 7 septembre prochain, elle aura enfin un théâtre dans sa ville natale où le jeu du combat n’a rien de trop rose…

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  • Un peu de background sur Karine Brouillard

    En guise de complément à l'article, voici un petit background sur Karine Brouillard. Ceci pourrait aider les lecteurs à mieux la connaître... Karine a commencé à l'intéresser à l'haltérophilie vers 13-14 ans en se joignant au club maskoutaine "La Machine Rouge". Avec l'aide que l'entraîneur-chef Normand Ménard, elle alterna la fast-ball l'été et l'haltérophilie l'hiver, se rendant jusqu'au championnat canadien dans les 2 disciplines. Après le secondaire, elle priorisa travail et carrière et laissa tomber les sports. Puis à 27 ans elle se lança en culturisme, comme son père. En participa à sa première compétition en 2006 et se classa 3e. Elle continua l'entraînement au gym et en 2011, alors qu'elle allait encourager un ami dans un spectacle de lutte, elle y vit un intérêt. L'année suivante, elle fît ses classes à l'école de lutte "Torture Chamber" de Dru Onyx, un nom reconnu et respectée dans la lutte indépendante québécoise. Karine Brouillard, 35 ans et secrétaire-comptable, souhaite avoir du plaisir avec des lutteuses de partout à travers le Québec et à travers le monde lorsqu'elle en a la chance. Elle réalise ce plaisir grâce à la promotion de lutte exclusivement féminine nommée NCW Femmes Fatales. Avec la venue de la GEW, elle surveillera attentivement la compétition qui s'aventurera en sol maskoutain...

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