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LETTRE OUVERTE

Un militant dans la tourmente…

Jean Barrette
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Jean Barette.

« Nous vivons dans un monde où la majorité des gens que nous côtoyons peuvent nous paraître cupides et superficiels, mais où il y a toujours de l’espoir. » Joseph Basile a aussi écrit : « Survivre et grandir suppose faire progresser à la fois les trois composantes qui à elles trois, définissent la nature humaine : l’intelligence ou le don de connaître, l’action ou la volonté d’agir, et la conscience ou l’écoute des voix intérieures ».

Ceux qui me connaissent savent que je ne mène pas une vie simple et en disant cela, je ne cherche pas à renier mes choix. Même si mon cheminement politique semble tortueux, il n’en a pas moindre valeur. Le travail militant et citoyen est paré d’obstacles et d’ornières tels qu’il est approprié ici d’écrire que la première des tâches qui nous incombe, sachant que notre devoir est d’y veiller quotidiennement, consiste à séparer le subtil de l’épais.

Je constate que le genre humain s’est, à travers l’Histoire, organisé pour vivre en société malgré sa propension à l’égoïsme. Ce seul constat est un indice que nous sommes capables du meilleur et du pire. À celles et ceux qui ont choisi de générer surtout le meilleur, qui « militent » pour une cause juste et contribuent à leur façon au développement du Québec, je lance ici une fenêtre de dialogue.

Depuis des décennies, nos visions à courte vue nous empêchent de définir clairement l’avenir. Le nôtre comme individu, et notamment celui des services publics (interface de notre vie collective). C’est pourquoi tous les leaders sociaux doivent regarder ailleurs que dans leur tasse de thé. Que ce soit dans le cas des célèbres coupures de 1982-83 ou celui des mises à la retraite issues du déficit zéro, nous avons commis quelques erreurs collectives. Mais par ailleurs, je conviens qu’il faut accepter de cesser de nous flageller avec çà.. À notre époque où les services publics sont menacés par la tarification et l’étouffement volontaire des recettes fiscales de l’État, les partis politiques doivent dire ce qu’ils réserveraient à la fonction publique et para-publique et, parallèlement, comment ils se situent sur l’échiquier droite / gauche. Les syndicats, eux, devraient songer à privilégier l’indexation des régimes de retraite et le maintien de l’équité salariale, au lieu que de simplement réclamer des augmentations de salaire. Ce sont là des questions d’intérêt public !

J’ai lu il y a longtemps (un bout de texte conservé depuis des années) : « Il faudra que le citoyen soit capable, par conviction personnelle ou par sensibilisation progressive, de faire passer les valeurs spirituelles, sociales et le bien public en général avant la possession égoïste et saturante de biens matériels. C’est à ce prix seulement que se réaliseront de vrais progrès ». …R.Guimond, tiré de Revue Communauté Chrétienne, Vol 18, No 103, p 6 (1979)

Au départ de ma vie de militant, lorsque j’étais au début de la vingtaine, je souhaitais naïvement faire quelque chose de bien pour l’avenir de mes concitoyens. Je réalise que ma militance a été ébranlée par le peu de profondeur de quelques personnes qui n’avaient pas de respect pour leurs engagements, ni pour la force qu’est le temps. Ceux qui veulent le maximum maintenant ne restent pas longtemps dans les espaces militants. L’indépendance véritable n’est simplement que la mise en action du principe suivant « Agir par soi-même, mais tenir compte des autres ». Cette quête est donc un acte de citoyenneté marqué par un sens profond du collectif et de nos interdépendances dans le respect de nos vies propres. C’est sans doute cette « révélation » qui a fait de moi véritablement un militant au sens large. Militer devient alors entrer en relation avec d’autres dans la quête du bien collectif. Celui-ci est donc bâti de nos différences mais marqué de nos interdépendances.

Militer, c’est une façon de vivre le quotidien, de rester vigilant, d’avoir le plus souvent possible le courage de dénoncer les abus, les atteintes aux droits et libertés, de lutter contre la dépossession culturelle. Ce n’est certes pas jouer au héros. La journée d’un militant commence souvent par un café et un journal, mais elle n’avance d’aucune façon sans bloc-notes et sans débat. Il est certain qu’il faut accepter de naviguer en eaux troubles car militer c’est aussi accepter de débattre dans des zones grises. Nous devons assumer certaines contradictions parce que nos façons de pensée sont influencées par la vitalité des institutions qui impartissent le champ de la culture (mass-médias, écoles, paliers gouvernementaux, et même les ‘’lobbies’’) qui se disputent l’opinion publique (qui n’est que le champ de bataille pour le contrôle de la légitimité à influencer la collectivité à penser comme soi-même).

De façon humoristique, il est bien possible de penser que la démocratie fut inventée par un « looser » assez fûté pour survivre, mais surtout pas assez pour faire la guerre. Ainsi, sans doute est paradoxalement née la sagesse sur cette planète. Il n’est donc pas étrange que la diplomatie apparaisse parfois comme un espace de repos pour une civilisation de guerriers ou, comme un Club Med pour généraux à la retraite. Il n’est donc guère étrange de devoir assister à des événements comme la Commission Bastarache (ou une élection) pour rappeler aux élus que la pratique du pouvoir n’est pas un salon de thé privé. La dernière élection nous démontre que la voix du peuple s’exprime parfois d’un même élan de passion.

Depuis 1982, les militants sociaux déçus sont devenus littéralement écœurés devant des messages ambigus, des discours alambiqués sur la sociale-démocratie et l’économie, des gestes paternalistes face aux cris d’alarme lancés pour réagir à la montée du néolibéralisme. Même au PQ, des biens pensants ont mis la table à la « démodernisation » d’un État qui n’avait pourtant à peine que 18 ans. C’est le danger de mêler mouvements sociaux et partis politiques.

Comment, alors, reprocher à des gens de ne pas avoir milité depuis 1982, sachant que nous avons à faire face à l’hégémonie néolibérale qui ne nous demande que de travailler et nous divertir ? La Rome du « pain et des jeux » n’est pas si éloignée de nous !

Lorsque Jean Charest, en pleine campagne électorale, nous disait en 2003 : « Nous vous avons entendus », à qui parlait-il donc ? Aux gens de Wall Street ? Aux gens de l’Institut économique de Montréal ? Était-il vraiment à l’écoute du peuple ? Neuf ans plus tard, il ne nous est plus possible de croire que nous avons audience auprès de cet autre homme de pouvoir et fin chasseur de l’hérésie (sic) souverainiste. Après des années de désenchantement politique, la société civile n’a d’autre choix que de relever la tête et de refuser de suivre la classe politique néolibérale. À n’en pas douter, il s’agit d’un combat déterminant. L’entrée en jeu de la CAQ autour de François Legault a failli brouiller les cartes. Mais une fois la poussière retombée, les électeurs devront clairement se repositionner. À ce jeu, on risque fort d’être devant un gouvernement affaibli par le déchirement du vote… Seuls certains médias vont s’en lécher les babines… Moi, j’ai choisi de m’impliquer à Québec Solidaire. À chacun de décider de ce qui semble le plus près de ses valeurs. Toutefois, arrive le temps où nous ne pouvons plus nous cacher derrière une neutralité utilitaire.

Ceux qui ont conscience de former une nation, un peuple, bref, une entité territoriale bien délimitée par la langue ou même l’histoire, devraient tout naturellement être soucieux de vivre et de prospérer ensemble. Mais, bien que notre survie semble assurée, nous omettons nos devoirs envers la collectivité. La quête du bien commun, voilà bien notre obligation et notre motivation militante. Pour l’instant, commençons par mieux nous informer pour voir les pistes de déblocage car il y a toujours de l’espoir :

Jean Barrette

Porte-parole masculin pour l’association locale de Québec Solidaire de la circonscription de Saint-Hyacinthe

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  • Re: Un militant dans la tourmente…

    Cher Jean,

    J’ajouterai à ta réflexion et à celle des lecteurs de ce media. De nombreuses études en laboratoire font émerger trois types de comportements humains dans l’action collective :

    1 - L’égoisme pur
    2 - L’altruisme (savamment appelé l’altruisme linéaire)
    3 - L’aversion à l’iniquité

    Seulement un quart des sujets ont comme premier réflexe d’agir en fonction d’un calcul pratique visant leur plaisir immédiat.

    L’évolution nous a programmé pour l’entraide. L’engagement envers les autres est plutôt la norme que l’exception. Bien sûr, il tend à se manifester dans des cercles de proches.

    Pour une fois que la recherche en science sociale donne un signal positif !

    Michel Filion

    PS : Soulignons cependant que les cultures académique et populaire ont fait la promotion de l’égoisme pur depuis 1950.

     

  • Re: Un militant dans la tourmente…

    Merci Michel,

    L’évolution ... quelle belle idée...mais combien cache t-elle de drames, de renoncements. L’être humain doit apprendre à se battre pour bâtir un environnement sain, des sociétés solidaires et des économies à échelle humaine. Pour un, le cas de l’économie spéculative n’est pas je l’espère une ’évolution’ du capitalisme mais bien le fait de la bêtise de certains qui non que faire des mots « demain » et « société ». Le militantisme est une réponse à l’idée de vivre en ayant un impact autour de soi. Il rend nécessaire l’idée même que fraternité, citoyenneté et politique devrait être pratiqué dans un même effort.

     

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