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8 mars : du poil sous les bras au décolleté avantageux

Suzanne Beaudoin

Chaque année, le 8 mars célèbre la Femme. Mais la femme des années 70 et celle de 2012 n’est pas forcément la même.

 

En remontant l’histoire, on trouve des traces de revendications féministes dès la Révolution Française, mais c’est surtout au début du XXe siècle que s’intensifie le mouvement pour culminer dans les années 60 avec le MLF (Mouvement de libération des femmes) en Europe et le Women’s Lib aux États-Unis.

Ce n’est qu’en 1977 que les Nations Unies officialisent le 8 mars comme Journée internationale de la femme. Abreuvées par des écrivaines américaines (Kate Millet, Betty Friedan) et françaises (Simone de Beauvoir, Françoise Giroud), les Québécoises ont joyeusement rejoint les rangs. Le magazine « La Vie en Rose », fondé en 1980 par quatre journalistes (Ariane Émond, Françoise Guénette, Hélène Pedneault et Francine Pelletier) devint un terreau fertile d’échanges.

Du poil sous les bras...

Les filles de ma génération étaient formées pour devenir épouse et mère ; on admettait généralement qu’elles pourraient travailler à temps partiel quand les enfants seraient grands. La première grossesse signifiait presque toujours le retrait du monde du travail et plusieurs se voyaient refuser les prestations d’assurance-chômage, étant déclarées inaptes.

Le féminisme nous a donc naturellement rejointes par cette proposition de contrôler nos corps : accès à la contraception, décriminalisation de l’avortement, dénonciation de la violence sous toutes ses formes, acceptation de notre corps si différent de la poupée Barbie, partage des tâches ménagères.

C’est dans cette mouvance que certaines (dont j’étais) ont choisi de promener fièrement leurs aisselles et leurs jambes non épilées, symboles de notre résistance au patriarcat.

En cours de route, il nous a fallu réajuster certains principes. Fermement décidées à donner des poupées et des camions autant aux filles qu’aux garçons, la réalité a montré aux mamans que les fillettes préféraient vraiment les poupées. Certaines avaient honte du look de leur mère et refusaient les vêtements simplement pratiques et utiles, voulant imiter leurs idoles hyper féminines. Entre-temps, des progrès économiques et sociaux avaient amélioré leur sort.

En 2009, 58,3% des femmes occupaient un emploi, plus de deux fois plus qu’en 1976 (Source : Statistiques Canada). Le taux d’emploi des femmes ayant des enfants de moins de 16 ans était de 72,9 % en 2009 alors qu’il se situait à 39,1 % en 1976.

… au décolleté avantageux

Aujourd’hui, des jeunes femmes autonomes qu’on aurait qualifiées de féministes dans les années 70 refusent carrément cette appellation et la perçoivent même comme une injure. À la limite, elles admettent l’utilité historique du mouvement, mais ajoutent vivement que leurs conditions de vie ne requièrent point un tel outil.

Elles n’éprouvent aucune honte à détacher stratégiquement un bouton de chemisier si ça peut favoriser leur avancement professionnel. C’est surtout en cela qu’elles divergent de leurs aînées.

Le chemin parcouru et celui qui reste à faire

Même dans les milieux les plus conservateurs, le passage du féminisme a transformé les rapports hommes/femmes. On ne se surprend plus de voir la femme prendre le volant dans un couple ni même d’acheter sa voiture sans présence masculine.

Les séries télévisées présentent des héroïnes fortes comme Bones, cette brillante archéologue judiciaire. Les hommes en général et particulièrement ceux de ma génération apprécient le professionnalisme des femmes en médecine, droit, dentisterie, comptabilité, politique.

Certains acquis sont donc là pour rester, mais il faut demeurer vigilants : la signature de mon mari s’est révélée plus précieuse que la mienne il y quelques jours, sans raison directement économique ou monétaire. Le chemin parcouru ne doit pas faire oublier celui qui reste à faire.

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