• Société
LETTRE OUVERTE AUX ÉTUDIANTS EN GRÈVE

Je ne suis pas du 2/3

La grève étudiante entre dans sa 12e semaine. Étant moi-même universitaire, le sujet me touche. J’ai été en grève pendant 6 semaines. En date d’aujourd’hui, il me reste un cours qui est encore piqueté. Pour les autres, je suis en période de rattrapage. Je suis donc dans le 2/3 des étudiants qui étudient.

Ce qui me met en colère depuis quelques jours dans les médias, c’est qu’on m’oublie. Oui, moi, j’existe. En effet, depuis plusieurs semaines, on constate que notre ministre de l’éducation tente par tous les moyens de délégitimer le mouvement en stipulant que très peu d’étudiants sont « réellement » en grève. Chaque fois que Mme Beauchamp s’adresse aux médias, elle martèle le fait que seulement 1/3 des étudiants sont en grève donc la majorité d’entre eux sont en cours. Elle ajoute, et ce à chaque fois, que plusieurs étudiants veulent retourner en classe et qu’ils ne peuvent y aller à cause du boycottage. Il existe donc, selon notre gouvernement trois catégories d’étudiants : les marginaux et isolés grévistes, les pauvres étudiants raisonnables qui veulent avoir accès à leurs cours et les étudiants intelligents qui sont en classe, car ils acceptent la hausse.

Je m’excuse. Je ne suis dans aucune de ces catégories. Je suis un militant qui a perdu son vote de reconduction. Mes cours ont repris et pour ne pas être pénalisé, je dois retourner en classe. C’est la démocratie, j’accepte. Toutefois, je ne veux pas qu’on m’oublie ou, encore pire, qu’on m’attribue une catégorie qui ne correspond pas à mes valeurs. Je fais partie des « carrés rouges en classe ». Je suis celui qui aimerait crier : « À nous la rue ! », mais qui doit plutôt étudier pour un examen. Nous sommes plusieurs, je vous l’assure.

Je suis actuellement à Québec, région où le carré rouge n’est pas vraiment à la mode. Toutefois, je suis fier de dire que je viens de Saint-Hyacinthe, une ville où les jeunes militent. Une ville où a grandi un représentant formidable pour le mouvement étudiant. À ceux qui croient que le mouvement s’essouffle, je vous rappelle qu’il y a un groupe silencieux, qui est derrière les bancs d’école, mais qui est, surtout, derrière vous ! Plusieurs vous diront de vous taire et de suivre le troupeau, car vous êtes une minorité utopiste. Sachez que s’il n’y avait pas eu de petits groupuscules utopistes, les femmes n’auraient pas le droit de vote et les noirs seraient encore des esclaves. Il faut parfois se méfier de la tyrannie de la majorité.

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  • Re: Je ne suis pas du 2/3

    <p>Tr&egrave;s bon article. Pourquoi vous n&rsquo;avez pas de voix, vous, qui voyez rouge sur vos bancs d&rsquo;&eacute;cole. Pourquoi est-ce ces politiciens et m&eacute;dias, qui sont dans le (Beau)champ, qui vous attribuent l&rsquo;opinion de leur choix&nbsp;? Je veux vous entendre, je veux que On vous entende.<br /> Je suis d&rsquo;une g&eacute;n&eacute;ration qui n&rsquo;a jamais boug&eacute; sur quoi que ce soit. Je vois, autour de moi, beaucoup de personnes de mon &acirc;ge qui semblent r&eacute;agir avec jalousie &agrave; votre mouvement&nbsp;: plusieurs auraient aim&eacute; sortir dans la rue et marquer l&rsquo;histoire qu&eacute;b&eacute;coise. Es-tu jaloux, Philippe, de tes semblables qui, tout nus, s&rsquo;affirment comme une g&eacute;n&eacute;ration capable de descendre dans la rue pour revendiquer des droits&nbsp;? Moi, je suis jalouse de toi, Philipe, Toi, sur ton banc d&rsquo;&eacute;cole, qui a le courage de prendre la parole, m&ecirc;me entour&eacute; de dissidents. Je suis jalouse de toi qui accepte des cons&eacute;quences, mais pas l&rsquo;injustice. Je suis jalouse de toute votre g&eacute;n&eacute;ration, pour la simple raison que je n&rsquo;en fait pas partie. Que vous soyez sur les bancs d&rsquo;&eacute;cole ou dans la rue, je suis jalouse de l&rsquo;exp&eacute;rience que vous vivez. Jalouse, mais fi&egrave;re, heureuse, rassur&eacute;e de savoir que la g&eacute;n&eacute;ration &agrave; ma suite milite, r&eacute;clame et ne se laisse pas berner.<br /> Merci de faire entendre ta voix.... et si tu &eacute;tais devant moi, je te prendrais par les &eacute;paules, te brasserais un peu, parce que je n&rsquo;ai pas de mots assez fort pour &eacute;galer l&rsquo;intensit&eacute; de mon d&eacute;sir de vous entendre de plus en plus fort, vous, les rouges effac&eacute;s.</p>

  • Re: Je ne suis pas du 2/3

    <p>Ah&nbsp;! Je suis tellement d&rsquo;accord... Comme le disait Myl&egrave;ne Farmer, Nous sommes d&rsquo;une g&eacute;n&eacute;ration d&eacute;senchant&eacute;e. Faut dire qu&rsquo;en 95, nous aussi on a eu chaud&nbsp;! Le Qu&eacute;bec &eacute;tait aussi polaris&eacute;, &agrave; ce moment-l&agrave;, mais c&rsquo;&eacute;tait quand m&ecirc;me la g&eacute;n&eacute;ration d&rsquo;avant nous que l&rsquo;on entendait. Mais, bon, c&rsquo;est le NON qui a emport&eacute; en 95.</p> <p>Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est comme si on criait OUI&nbsp;! en coeur &agrave; cette superbe g&eacute;n&eacute;ration de jeunes hommes et jeunes femmes, oui, nous sommes avec vous, oui, on veut vous entendre&nbsp;! Continuez de parler, d&rsquo;&eacute;crire, on est l&agrave; pour &eacute;couter, nous, la g&eacute;n&eacute;ration d&rsquo;avant. Pis c&rsquo;est vrai qu&rsquo;on est fi&egrave;res de vous.</p> <p>Donc, pour ton commentaire&nbsp;: si tu vois Philipe, peux-tu le prendre par les &eacute;paules et le brasser encore un petit peu pour moi s&rsquo;il te pla&icirc;t&nbsp;? Pis embrasse-le donc de notre part &agrave; toutes les deux.</p> <p>Merci&nbsp;!</p> <p>Fran&ccedil;oise Pelletier</p> <p>&nbsp;</p>

  • Re: Je ne suis pas du 2/3

    <p>Apr&egrave;s avoir parcouru votre site, je n&rsquo;ai pas pu h&eacute;siter de m&rsquo;y abonner. Je le trouve excellent et je vous encourage &agrave; le garder.</p>

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