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Grève étudiante

Journal d’un étudiant gréviste (2)

Par webmestre

Mercredi dernier s’est tenu le troisième vote de reconduction de la grève étudiante. Le mouvement se poursuit. 1785 étudiants ont participé au vote, 56% d’entre se sont prononcés en faveur d’un prolongement de la grève pour encore 5 jours, tandis que 46% auraient souhaité retourner en classe (à noter : 1% d’abstention).

Mercredi, 28 mars : troisième vote de grève

Le cégep de St.-Hyacinthe entre donc dans sa troisième semaine de grève.

Lors de la dernière assemblée, les étudiants en faveur du boycott ont pu bénéficier de l’appui de certains membres du corps enseignant. Alors que ceux-ci s’étaient massés sur la gauche de la scène, Mathieu Royer, enseignant en mathématiques, est venu présenter les modalités de bases de la convention collective des professeurs. Une façon habile et teintée de dire aux étudiants que la poursuite des moyens de pression entre dans une phase capitale et qu’il faut, maintenant plus qu’avant le 22 mars, continuer à exercer la pression sur le gouvernement.

Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération Étudiante Collégiale du Québec (FECQ) et ancien étudiant du cégep de Saint-Hyacinthe, est également monté sur la scène pour motiver les militants en faveur de la grève. Il a salué l’effort et l’intensité des grévistes maskoutains. À l’instar du « message » des profs, il a rappelé l’importance de continuer à se battre.

L’assemblée s’est déroulée dans une atmosphère moins tendue que celle du 21 mars. Le président, dont le nom m’a échappé, semblait avoir une touche plus délicate, en étant toutefois ferme, avec les participants. Ses interventions ponctuées d’une touche d’humour auront certainement contribuées à détendre l’atmosphère.

Contrairement, à la dernière assemblée, une période de 30 minutes fut allouée pour un débat. Bien que le micro ait été fortement monopolisé par les étudiants en théâtre ou création artistique de toutes sortes, les étudiants contre la grève se sont tout de même prononcés. Malheureusement, quelques arguments ont furieusement tourné en attaques envers le manque de piqueteurs. D’un point de vue personnel, il est déplorable qu’il y ait confusion entre une attaque et un argument. Il est encore plus triste que ces geste soient applaudis et considérés comme valables dans un plaidoyer. Du côté des grévistes, certains arguments étaient subjectivement exagérés et avaient une tendance un peu alarmiste.

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Archive du 16 mars 2012. Ph. Nelson Dion

La date butoir d’annulation de la session approche à grands pas et certains établissements collégiaux sont en grève depuis cinq semaines. Tandis que le gouvernement fait la sourde oreille et que la ministre Beauchamp continue de menacer les étudiants grévistes sur les tribunes publiques, quelques portes s’entr’ouvrent pour des négociations sur des questions d’aide financières.

Au lendemain de la manifestation nationale, la semaine dernière, Jean Charest a annoncé qu’il ne reculerait pas sur sa décision de hausser les frais de scolarité de 325$ sur une période de cinq ans. Quelques jours plus tard, Line Beauchamp, ministre de l’Éducation, a aussi fait une sortie pour indiquer aux étudiants et les menacer qu’ils perdent un temps précieux et qu’ils auront à renoncer, tôt ou tard, à leur session ou à leur emploi d’été.

On aurait pu croire que cette annonce du gouvernement Charest aurait eu un effet dissuasif sur le mouvement de grève maskoutain : ce fut le contraire.

Après les slogans, la marche exténuante et un effort collectif moteur de changement social certain, le gouvernement n’a même pas daigné engager ne serait-ce qu’un effort de médiation avec les étudiants.

Le Québec ne mérite pas sa jeunesse

Selon moi, le débat s’étend bien au-delà du fait de payer « trois cent vingt-cinq piasses de plus par année. » Il y a des enjeux beaucoup plus fondamentaux à cette question. Malheureusement, ils ne sont pas à la portée de tous. Surtout dans une société où l’individualisme est aussi agressif.

Le gouvernement a réussi, encore une fois, à instaurer un climat de peur sur l’enjeu de la question. Il fait croire aux contribuables que s’il ne procède pas à cette hausse des frais de scolarité, il n’aura d’autre choix que d’augmenter la contribution publique annuelle des impôts. C’est ce qu’a avalé une partie de la population, du moins. En perdant une partie du soutien de la population, le mouvement étudiant se bat avec une bonne longueur de retard. Or, il s’agit d’un sophisme : c’est un faux dilemme. À la limite, une menace. Même s’il y a une multitude de façons de financer les universités, le système politique actuel se charge de nous imposer la volonté de la minorité qui est hors d’atteinte des paliers d’imposition.

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Archive du 16 mars 2012. Ph. Nelson Dion

Je pose la question : quel genre de gouvernement libéral offre du financement, des crédits d’impôts et des routes publiques à des entreprises étrangères pour aller puiser, à haut risque, des ressources naturelles dont les prix fluctuent de façon imprévisible sur les marchés mondiaux ? À la base, le libéralisme prône le laisser-faire économique, mais aussi l’accès massif à l’éducation pour que chacun démarre à chance égale dans la vie. Lisez John Locke.

Nos impôts servent, en partie, à financer des entreprises. Et certainement à d’autres choses qu’il vaudrait mieux taire.

Le débat actuel sur la hausse des droits de scolarité touche la société québécoise au niveau de ses valeurs. Va-t-on abandonner l’éducation à un simple statut de produit de consommation géré par les conglomérats corporatifs des classes élitistes au profit d’un développement économique énigmatique ?

Tant que la population sera sous l’influence du régime de peur « charesque » et de la dictature de la démocratie sélective, les étudiants devront se débrouiller avec la hausse.

En attendant, le prochain vote de grève aura lieu mercredi le 4 avril au cégep de Saint-Hyacinthe. Si ce vote passe, on se dirigera vers un mois de grève continue. Quelles qu’en soient les conséquences, nous ne lâcherons pas le morceau.

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