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JOURNÉE DE LA LIBERTÉ DE PRESSE

La liberté de presse à l’ère de la convergence

Par webmestre

Les médias n’ont certes pas échappés à cette vague de croissance économique qui tend à concentrer les entreprises pour être plus efficace financièrement. Grâce au concept de concentration, les grandes entreprises médiatiques s’avouent plus aptes à générer des revenus publicitaires ; à affronter des coûts production à la hausse ; à faire face à une concurrence de plus en plus accrue.

Au Québec, il s’agit d’un véritable duopole dans lequel deux acteurs majeurs se disputent le marché des communications : l’Empire Quebecor de Pier Karl Péladeau rivalise avec celui de la famille Desmarais qui détient Power Corp. et Gesca. Ces entreprises se concentrent de façon horizontale en acquérant du capital diversifié qui touche plusieurs secteurs de l’information : de grands quotidiens, des chaînes de télévisions, des maisons d’édition, des agences de publicité, des réseaux de câblodistribution, des services internet, etc. Par conséquent, ces entreprises bénéficient d’une diffusion d’information large qui rejoint la majorité de la population dans plusieurs domaines, parfois même à son insu.

Si il est vrai que l’emprise médiatique des Péladeau et Desmarais ne briment pas directement la liberté de presse au Québec, on peut émettre l’hypothèse que le phénomène de concentration monopolise l’opinion publique. Dans cette optique, il est primordial de se questionner sur l’information qui est véhiculée à travers les médias de masse. D’une part parce que la diversité idéologique est grandement réduite. D’autre part parce que les intérêts financiers ont tendance à prédominer sur la qualité de l’information. Mais le questionnement doit surtout s’effectuer sur la façon dont les faits sont transmis au public.

Avec le conflit étudiant qui s’enlise de jour en jour sous nos yeux, il est possible de constater que certains faits sont manipulés où bien simplement camouflés. Par exemple, lorsqu’on met l’accent sur « les casseurs » plutôt que la brutalité policière lors des manifestations étudiantes. Quelle est la proportion du vandalisme ? Pourquoi ne la compare-t-on pas avec le nombre d’arrestations ? Pourquoi les opérations policières sont-elles analysées en profondeur par des spécialistes en direct ? Pourquoi ne fait-on pas le bilan des blessures infligées par la police chez les manifestants ? Quels sont les motifs des arrestations ?

Dans le dossier des frais de scolarité, on préfère parler d’une hausse de 325$ par année ; de 50 sous par jour ; de 1625$ ; de 75%. Rarement la hausse est abordée de manière à la percevoir dans son ensemble. De plus, il est quasi impossible d’entendre parler frais institutionnels obligatoires (FIO ou frais afférents). En 2017, un baccalauréat coûtera environ 15 000$ avant même d’avoir acheté un livre ou d’avoir déboursé les montants relatifs au transport et au logement. L’opinion publique aurait peut-être réagit d’une manière différente si la question avait été abordée de cette manière…

Les médias ont également joué au jeu du gouvernement qui consistait à douter de la démocratie étudiante. À mainte reprise le vote à main levée fut critiqué alors qu’il constitue une pratique courante en politique actuelle. Pourtant, il est possible d’organiser un décompte crédible à l’aide de compteurs qui se partage des sections. Cette démonisation du vote à main levée a eu pour effet d’éclipser du portrait médiatique les établissements où le vote secret a permis de reconduire la grève avec une majorité.

Dans la foulée, l’auditeur qui est soucieux de s’informer sur l’actuelle crise étudiante sera peut-être tenté d’adopter le point de vue médiatique, non par choix, mais par manque de diversité puisqu’il est difficile pour lui d’exercer son sens critique face à l’uniformité de l’information. Mais l’actualité ne se limite pas seulement au conflit étudiant. Il y a probablement bien des dossiers dans lesquels certains faits font l’objet d’autocensure ou de manipulation.

En date du 23 avril 2012, Réjean Parent, Président de la Centrale des syndicats du Québec, affirmait dans son blogue que « le niveau de concentration de la presse ici est rendu tel qu’il faut pratiquement se tourner vers les systèmes politiques totalitaires pour trouver l’équivalent ou pire. »

Même si le Canada se classe 21ème au rang de la liberté de presse en 2010 selon Reporters Sans Frontière, la question de la concentration de la presse suscite un débat depuis longtemps, tant au Québec qu’au Canada. Heureusement, avec l’optimisation de l’efficacité d’internet et l’effervescence des médias sociaux, les citoyens ont désormais accès à des sources d’informations plus diversifiées.

 

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