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La guerre au climat : repenser des actions cohérentes

Gabrielle Brassard-Lecours

Pour le chercheur Normand Mousseau, le constat est clair : nous n’avançons pas de manière efficace en termes de lutte aux changements climatiques. Avec un groupe d’universitaires, il parcourt le Québec depuis cet hiver pour repenser l’action publique en environnement. C’est donc à l’invitation du Comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l’environnement maskoutain (CCCPEM) et de Solidarité populaire Richelieu-Yamaska (SPR-Y) qu’il s’est arrêté à Saint-Hyacinthe, le temps d’une conférence, en mars dernier.

« De manière générale, nous sommes incapables d’avancer vers l’atteinte de nos objectifs environnementaux au Québec », affirme d’emblée le professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en physique numérique des matériaux complexes à l’Université de Montréal. Son état des lieux du bilan climatique québécois n’est pas reluisant. Pour lui et les experts qui l’entourent, plusieurs problèmes se dressent contre une bonne gestion environnementale, comme des municipalités mal outillées, une incompatibilité entre les plans et les stratégies du gouvernement et des actions incohérentes en termes de lutte au climat.

Normand Mousseau, professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en physique numérique des matériaux complexes à l’Université de Montréal. Photo : Nelson Dion

Plutôt que de critiquer, des experts de tous les milieux ont donc décidé de se réunir et de proposer des solutions concrètes dans une série de conférences intitulées Le climat, lÉtat et nous. Soutenus par l’Institut de l’énergie Trottier, l’Institut du Nouveau Monde et Rémi Quirion, le scientifique en chef du Québec, ces experts ont choisi de « lancer une réflexion sur une révision nécessaire du modèle de gouvernance environnementale au Québec », une démarche qu’ils veulent non partisane, indépendante et reposant sur les connaissances scientifiques les plus récentes.

Une responsabilité politique

Pour Normand Mousseau, à quelques mois d’une élection provinciale, il est essentiel que les gouvernements s’ouvrent à d’autres manières de faire pour consentir de réels efforts environnementaux, notamment en s’inspirant de modèles internationaux. « Nous pourrions, par exemple, nous inspirer de l’Angleterre, qui possède le même système parlementaire que nous. Là-bas, les politiciens se sont entendus sur une vision à long terme, avec de grands thèmes et actions, qui ne sera pas détruite avec un changement de parti au pouvoir », explique le scientifique.

Pour l’instant, le chercheur constate de l’ouverture chez les partis de l’opposition, mais pas chez le Parti libéral. « Nous avons rencontré les gens de la CAQ, du Parti québécois et de Québec solidaire, qui ont des propositions environnementales dans leurs plateformes. Les libéraux refusent de nous rencontrer, malgré nos demandes depuis l’automne. Je pense qu’ils se sentent remis en question quant à leur volonté de mettre en place des mesures environnementales. Mais on ne s’attaque pas à leur volonté, on croit que tous les partis politiques en ont. La question, c’est plutôt de trouver comment s’y prendre de façon efficace », nuance l’expert.

Selon le scientifique, les objectifs environnementaux sont indissociables de l’économie. Il recommande même que ces derniers ne soient pas pilotés par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, mais par le ministère des Finances. « Le travail du ministère de l’Environnement est de le protéger, pas de l’administrer dans les autres sphères comme la santé ou l’économie », dit-il.

Le rôle citoyen

Les citoyens ont un rôle important, plusieurs sont très impliqués dans la lutte au climat. Mais pour qu’ils restent motivés à agir, il faut qu’ils sentent que leur action s’inscrit dans une transformation plus large, pense l’auteur du livre Gagner la guerre du climat (Boréal, 2017). « Si, comme citoyen, on fait des efforts, mais que, par ailleurs, le gouvernement finance une cimenterie qui va faire augmenter les émissions de CO2, et cela, sans avoir de plan, de façon de l’intégrer à nos objectifs, les citoyens vont se démoraliser », affirme-t-il.

Les experts souhaitent donc influencer le gouvernement en faveur d’une vision cohérente à long terme, en s’appuyant sur la science et les savoirs traditionnels et locaux. Ils prônent, entre autres, un dialogue inclusif et une intégration des cibles environnementales au développement économique. Grâce à ces efforts de sensibilisation, leurs recommandations pourraient bien faire du chemin !

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