Marie-Claude Morin
À l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, soulignée le 17 mai depuis 2003, visant à dénoncer la discrimination et promouvoir l’inclusion, il serait pertinent de s’interroger sur l’état de cette inclusion, après plus de 20 ans.
Nous assistons à une augmentation des discours haineux et décomplexés visant les communautés LGBTQ+, particulièrement à l’encontre des personnes trans. Le cas des États-Unis est un bon exemple avec tous les droits que cette communauté a perdu en très peu de temps depuis l’élection de la présente administration.
En parallèle, ici au Québec, le gouvernement a mandaté, en 2023, un « comité des sages » ayant comme mandat de réfléchir aux enjeux liés à l’identité de genre. Un comité ne comprenant aucune personne spécialisée sur le sujet ni aucune personne concernée, sans compter que les groupes ayant été consultés affirment avoir été peu écoutés, voire même ignorés. Le rapport produit un an plus tard a suscité de vives réactions de la part des chercheuses et des chercheurs et aussi des organismes travaillant auprès des communautés LGBTQ+ et ayant une expertise. Nous parlons ici d’un rapport englobant quelques données scientifiques, et mélangeant aussi opinions et préjugés. On y présente les droits de cette communauté comme s’ils entraient en conflit avec ceux des autres, comme les femmes par exemple.
Si nous prenons l’exemple des soins de santé comme l’avortement, ou encore la prévention du cancer de l’utérus ou des ovaires, nous avons assisté à plusieurs prises de position voulant que le vocabulaire utilisé (« personne avec un utérus ») invisibilise les femmes, alors que le choix des mots vise simplement à élargir l’auditoire afin que toutes les personnes ciblées par cette prévention se reconnaissent.
Nous pouvons parler aussi des personnes qui crient au scandale en ce qui concerne les toilettes non genrées, et qui s’appuient sur des études du Royaume-Uni pour étayer leurs arguments, comme la sécurité des femmes : il serait étonnant qu’un homme ayant comme projet d’agresser une femme dans une toilette ait plus de facilité à le faire dans une toilette non genrée.
Plus récemment aussi, dans son documentaire Génération Trans, le réalisateur Jean-Pierre Roy s’interroge sur le cadre médical et psychologique et sur la capacité des jeunes à consentir à des soins entourant une transition de genre. La représentation qui était prévue dans un cinéma de Montréal a été annulée. Monsieur Roy dénonce l’annulation et la censure alors que les organisations et les personnes concernées soutiennent plutôt une absence de consultation et une méthodologie qui n’est pas basée sur des faits.
Au Québec, l’identité et l’expression de genre font partie des motifs de discrimination interdits par la Charte des droits et libertés, mais dans les faits, c’est une autre histoire. Les personnes trans subissent presque deux fois plus de violence que les personnes cisgenres, et elles font face régulièrement à de l’intimidation. Une violence qui est aussi vécue au niveau systémique, dans certaines institutions et constructions sociales. On instrumentalise alors la réalité d’un groupe de personnes que l’on pointe du doigt, tout en contribuant à leur stigmatisation et en alimentant la désinformation.
Les réalités vécues, parfois au quotidien, peuvent avoir de graves conséquences, comme l’isolement, la détresse psychologique, et parfois même le suicide.
Lorsque l’on crée un comité de réflexion, que l’on produit un documentaire ou que l’on analyse des discours sans penser à ce que les personnes concernées vivent réellement, nous passons à côté des vrais enjeux, c’est-à-dire le droit fondamental pour toutes et tous de vivre en sécurité et dans la dignité.
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