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Finaliste et lauréate : deux écrivaines à cœur ouvert

Anne-Marie Aubin

Les prix littéraires soulignent le travail de plusieurs écrivains et écrivaines tout au long de l’année. Il existe tant de prix que, parfois, certains titres en nomination ou lauréats passent sous silence. En voici deux qui susciteront sans doute votre intérêt.

Dans le cœur de Florence

Un roman à déguster lentement afin de saisir toute la portée du texte et pour faire durer le plaisir. L’histoire se déroule entre mer et montagne, dans un village de la région de Charlevoix avec ses touristes, ses cantines et ses galeries d’art. Florence, 16 ans, écrit, imagine, rêve et rage parfois. Orpheline de mère, cette adolescente attachante tente de vivre en harmonie avec sa nouvelle famille.

Parfois, dans ses moments de crise, lorsque Florence n’en peut plus, elle se réfugie dans sa chambre, sur la grève, lovée parmi les livres de sa maman, mais, surtout, elle écrit dans son cahier qui l’accompagne partout. Dans un moment de panique, elle oublie, sur un banc à la cantine, le précieux confident de tous ses secrets. Dès lors, tout son monde s’écroule !

« J’ai besoin de toi

et je ressens un vide

un gouffre de remous

quand je ne peux plus m’envelopper de toi

Je me roule dans ton sable

respire tes coquilles vides

écoute le goémon séché

et gave mes oreilles de ton souffle

insatiable »

Au fil du récit se greffent des poèmes, des fragments, des ratures… Le ton poétique se marie merveilleusement bien avec le contenu intime des carnets de Florence.

Bravo à Lucie Bergeron qui signe ici un « roman phare » de sa carrière d’écrivaine. Finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada et au Prix des Libraires, ce texte est magnifique. Dès les premières pages, on s’attache à cette héroïne authentique et si touchante, puis on dévore les pages jusqu’à la fin.

Ouvrir son cœur

Alexie Morin a réuni, dans ce livre, plus de 250 textes brefs dans lesquels elle se confie sans pudeur. Valsant dans le temps et l’espace, elle raconte son enfance en région, ses amitiés décevantes, son strabisme, ses gaffes, son adolescence difficile. On a l’impression de lire des pages de ses journaux intimes.

« N’eût été la chirurgie, la médecine moderne, je ne serais pas ici aujourd’hui. Je n’aurais pas publié de livre, je n’aurais pas de diplôme, d’amoureux ou d’enfant. Ce n’est pas une hypothèse, mais un fait. »

Rejetée depuis l’enfance, Alexie observe le monde de l’extérieur, consciente qu’il lui manque quelque chose. La lecture, le dessin et l’écriture deviennent alors son refuge.

« C’est le malheur des filles TDAH : on ne remarque pas leur trouble, on blâme leur personnalité […] On les dit frivoles, égocentriques, dissipées, insouciantes, bavardes et émotives, butées, soupe au lait. »

Dans la dernière partie du livre, il est beaucoup question de la mort et de sa volonté d’écrire ce livre si personnel. Avec courage, elle relate les moments les plus vulnérables de sa vie, ces moments dont elle a honte. Sa démarche vise à passer à travers ces blessures pour en sortir soulagée : « j’aspirais à effacer l’ardoise, à recommencer à zéro… »

Plusieurs personnes se reconnaîtront ou reconnaîtront des proches dans ce récit vécu : qui n’a pas connu la honte, la peur de l’autre, le rejet, l’intimidation ? Lauréat du Prix des libraires 2019, Ouvrir son cœur sera lu ces jours-ci par des centaines d’étudiants, car il est finaliste pour le Prix littéraire des collégiens 2020.

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BERGERON, Lucie. Dans le cœur de Florence. Saint-Lambert, Soulières éditeur, 2019, 412 p.

MORIN, Alexie. Ouvrir son cœur. Montréal, Le Quartanier, 2018, 376 p., Série QR, 127.

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