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Là où je me terre, titre lauréat du Prix littéraire des collégiens 2022

Anne-Marie Aubin

En avril dernier, les étudiant(e)s de différents cégeps de la province étaient réuni(e)s à Québec pour débattre du titre gagnant au Prix littéraire des collégiens. Parmi les cinq œuvres en lice, le roman de Caroline Dawson, Là où je me terre, s’est mérité le prix. Peu étonnant que les jeunes aient choisi cette œuvre si touchante ! Caroline Dawson sait si bien raconter. Son témoignage porte sur son exil du Chili qui l’a conduite, elle et toute sa famille, au Québec, en décembre 1986. Au fil des chapitres, l’autrice nous livre ses souvenirs, de l’enfance à l’âge adulte, de façon authentique, poétique, intime et très engagée : épreuves, humiliations, intimidations...

De Valparaiso à Montréal

« J’avais sept ans la première fois que j’ai décidé de ne pas me tuer. » Cette première phrase du roman révèle la douleur et le désarroi de cette enfant qui doit mettre une croix sur tout ce qu’elle connaît. Pour fuir le régime Pinochet, le 24 décembre 1986, sa famille s’envole « Dans un grand boeing bleu de mer » vers Montréal.  Passer la nuit de Noël dans l’espace entre deux pays inquiète la fillette qui rêve au Père Noël malgré ses nausées. Ensuite, confinée dans une chambre d’hôtel à Montréal, la famille tente de s’occuper et de se nourrir.  Caroline s’ennuie devant le téléviseur. Sur les ondes, l’émission Passe-Partout présente des adultes qui discutent puis des marionnettes à la voix aigüe : « Je m’apprêtais à changer de poste lorsque la plus petite des trois adultes du début est revenue à l’écran.  Elle s’est soudainement tournée vers moi. Même si je ne savais pas ce que ses mots voulaient dire, ses yeux expressifs ont plongé dans les miens… la première personne qui m’ait regardée dans les yeux et m’ait adressé la parole au Québec a été Marie Eyckel personnifiant Passe-PartoutJe partageais son mal-être. Elle était inquiète, tourmentée. Elle me regardait bien en face et c’étaient mes propres tracas que je voyais…. Sa voix m’a apaisée, j’ai alors su que je ne m’écroulerais pas. Même abîmée, je pourrais probablement prendre racine ici aussi. » Incroyable !

« Apprendre à devenir quelque chose comme une Québécoise. »

En classe de francisation, Caroline se trouve au milieu d’étrangers comme elle. Puis, à l’école primaire, elle devient une minorité visible victime de jugements et d’intimidation. Un midi où les élèves se moquent de sa tartine au dulce de leche, l’écolière de huit ans décide de renier sa culture pour s’intégrer, rentrer dans le moule, passer inaperçue : « J’avais huit ans et j’avais déjà interdit à ma mère de mettre des trucs pouvant être perçus comme exotiques dans mes lunchs, m’aliénant ainsi de ma culture d’origine. Mener la bataille jusque dans mon assiette tous les midis constituait un trop grand défi dans ma vie d’écolière : j’ai capitulé en me privant de ce qui me plaisait, me dépossédant de petits bouts de moi. »

Dès son plus jeune âge, l’écriture et la lecture occupent une grande place dans sa vie. Enfant douée, elle lit Réjean Ducharme au primaire : « L’avalée des avalées m’a fondée. Je suis parlée par la langue française et cela depuis Ducharme. Un jour, je m’en servirais pour raconter mon histoire. »  Reconnaissante et pleine de gratitude, l’écrivaine écrit son histoire, celle de sa lignée et de combien d’autres femmes silencieuses : « Écrire mon histoire comme toutes ces femmes en moi à ressusciter.

Un roman à lire ou à relire !  

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Caroline Dawson. Là où je me terre. Éditions du Remue-Ménage, 2020, 201p.

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