
Mandoline Blier
Cet hiver, Christian Messier présente La vallée de l’étrange à EXPRESSION, Centre d’exposition de Saint-Hyacinthe. En travaillant, entre autres, ces œuvres avec l’intelligence artificielle, l’artiste crée des images percutantes qui ne laissent pas indifférent.
L’inquiétante étrangeté
L’exposition entière porte sur le thème de l’inquiétante étrangeté, cette confusion entre le familier et l’inhabituel qui provoque un certain inconfort. On peut dire que Christian Messier a exploré cette notion de manière extrêmement convaincante. Les peintures de La vallée de l’étrange dévoilent des personnages difficiles à comprendre. Ils ont presque l’air réel, mais quelque chose cloche. Incontestablement! « Dans mes tableaux, on voit les gens mais on ne comprend pas vraiment ce qui se passe. Eux sont de connivence. », explique l’artiste. Visiblement! En regardant ses toiles un certain malaise s’installe. Les émotions sont plus intenses à la vue de la vidéo éponyme, où les personnages sont à la fois bizarres, effrayants et ridicules. Toute cette curiosité plonge le spectateur dans une atmosphère étrange et définitivement inquiétante.
Genèse et rétrospective de l’étrange
« J’ai eu envie de préciser ma démarche qui s’est construite de façon intuitive. », mentionne Christian Messier. Conséquemment, cette exposition se veut une rétrospective de son travail réalisé entre 1998 et 2024. Il y présente une série de collages qu’il constate être sa genèse exploratoire de l’étrange. On peut aussi y découvrir des tableaux à l’huile plus anciens, abordant également ce thème approfondi par l’artiste visuel. Dans sa plus récente série, conçue en 2024, Christian Messier a assemblé des images créées à partir de l’intelligence artificielle (IA). Il en a fait des tableaux ou des animations. « L’intelligence artificielle me permet d’aller plus loin dans l’expression de l’étrange, observe l’artiste. Son utilisation rappelle un peu mon travail avec le collage. Avec l’IA, les images sont vraiment très bizarres, mais ma façon de travailler reste la même ».
Sens ouvert
Avec ces créations, Christian Messier ne veut surtout pas donner un sens préétabli à ses œuvres. « L’art se redéfinit constamment, il se transforme tout le temps. Je refuse le message, précise-t-il. L’œuvre représente la personne en interaction avec le tableau. » Le sens sera donc perçu différemment d’une personne à l’autre, et même d’une fois à l’autre, selon l’expérience et les représentations de chacun. L’artiste accorde également une certaine importance à la démocratisation de l’art. Ainsi, il exprime que « les œuvres sont faites pour tout le monde et pas seulement pour les spécialistes ». Et on le perçoit bien en visitant cette exposition. Notre ressenti nous implique, nous sommes à la fois spectateurs et participants.
Bien que Christian Messier ne souhaite pas donner de signification définie à ses œuvres, l’exposition La vallée de l’étrange inspire une certaine réflexion sur l’intelligence artificielle qui occupe de plus en plus d’espace dans plusieurs sphères de nos vies. Peut-elle réellement remplacer l’humain? Est-elle un outil incontournable, une ouverture vers des possibilités infinies de développement et d’efficacité? Ou bien, est-elle une technologie indomptable, trompeuse, épeurante et polluante qui conduira l’humanité à sa perte? Qu’importe, il semble que nous devrons nous adapter à son existence.
La vallée de l’étrange est présentée à EXPRESSION, Centre d’exposition de Saint-Hyacinthe du 25 janvier au 20 avril 2025.
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