Culture

Muette, un premier roman qui se distingue.

Native de Saint-Jean-sur-Richelieu, Pascale Beauregard a publié Muette, roman finaliste au Prix Ringuet, au Prix des Libraires du Québec et au Prix du Gouverneur général du Canada. Photo : Beauregard_Pascale(C)Joe_Lemay_MédiaQMI inc

Native de Saint-Jean-sur-Richelieu, Pascale Beauregard a publié Muette, roman finaliste au Prix Ringuet, au Prix des Libraires du Québec et au Prix du Gouverneur général du Canada.  De bien belles récompenses pour un premier roman! L’autrice est née de parents sourds comme Catherine, l’héroïne de son roman. Elle donne la parole à ces gens qui ne peuvent entendre et met en lumière la complexité du quotidien des personnes sourdes, très rares dans notre littérature. Cette fiction traite d’un sujet grave, parfois dur mais raconté de façon poétique, sincère avec quelques notes d’humour.  

La difficulté de communiquer

Catherine grandit entre deux parents sourds, Jacques et Pierrette, une grand-mère Gigi qui parle, parle trop pour combler le vide, le malaise.  Cette fillette tente de communiquer avec ses parents, devient interprète à un très jeune âge, lourde responsabilité qui n’est pas sans créer des malentendus, des quiproquos.  Voulant offrir un dessin à sa mère, Catherine, 9 ans, écrit : « Chère maman, je veux seulement te dire que je t’aime. »  Le mot seulement est très mal interprété par sa maman. « En beau fusil, ma mère avait hurlé le mot une bonne dizaine de fois avant de déchirer mon dessin en mille morceaux. »

La petite quitte trop rapidement le monde de l’enfance. Grâce à la langue des signes, elle fait le pont entre les adultes, parle à leur place mais ne parle jamais d’elle, devient donc ainsi muette.

Une histoire d’exclus

À l’époque de la grande noirceur, les enfants sourds, tout comme les enfants de Duplessis et les enfants autochtones, étaient placés dans des institutions religieuses et plusieurs ont alors subi des sévices, des abus sexuels, des violences qui les ont traumatisés pour la vie. Le père de Catherine, ne fait pas exception, elle le surprend un jour dans son atelier : « De toute évidence, mon père ne faisait pas ce qu’un père aurait dû faire dans un tel espace, c’est-à-dire clouer, scier, assembler en vue de construire ou de réparer, non, il ne faisait que répéter les scènes qui tournaient dans sa tête dès son entrée au pensionnat, déclinant le refus qu’il aurait dû exprimer à son bourreau dans toutes ses variations.  Je l’observais en silence, les deux yeux grands ouverts, témoin muet d’une scène à laquelle je n’aurais jamais dû assister. »

Victimes d’exclusion, sans éducation, sans diplôme, ces ex-pensionnaires se trouvent bien démunis en société, comme ce fut le cas de Pierrette et Jacques.

 L’amour des mots

Pascale Beauregard relève très habilement le défi de raconter l’univers des gens qui parlent avec leurs mains et leurs doigts. À la lecture, nous voyons sa mère qui gesticule et insiste pour se faire comprendre. Par ce texte très personnel, féminin et féministe, l’autrice brise le silence de générations de femmes emmurées dans le silence. Dans une langue très riche et un style varié, vous plongerez dans ce récit bouleversant et authentique.  

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Pascale Beauregard. Muette. Éditions Boréal, 2023, 224 p.