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Le visage de la crise du logement à Saint-Hyacinthe (1)

Des femmes laissées pour compte

Carl Vaillancourt

 

En collaboration avec la Table de concertation maskoutaine en matière de logement, le Journal Mobiles présentera une série de reportages sur les différents groupes de la population locale les plus touchés par la crise du logement actuel. Le premier reportage décrira la situation infernale vécue par certaines femmes dans les derniers mois.

 

Des mères monoparentales, des jeunes femmes vivant seules, des veuves et même des femmes issues de la classe moyenne : voilà l’un des visages cachés durant cette crise du logement qui s’est accentuée depuis quelques années dans la région. Même si le taux d’inoccupation des logements s’est amélioré dans le dernier bilan de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) avec 1,1 % comparativement à 0,3 % en 2020, on est encore bien loin du taux à l’équilibre fixé à 3 %.

De gauche à droite : Nancy Lachance de la Clé sur la Porte, et Mandoline Blier du Centre de femmes L’Autonomie en soiE (CFAES). Photo : Carl Vaillancourt

Pour Daniel Rondeau, coordonnateur du Comité Logemen’mêle, un organisme à but non lucratif qui défend les droits en matière de logement dans la région maskoutaine, la situation est encore difficile à ce jour en 2022.

« Le premier juillet arrive à grands pas et on ne sait toujours pas comment on va passer à travers cette année. Les demandes d’aide se multiplient et les effets de la pandémie se font ressentir en matière de logement. La crise du logement est encore bien présente ici », a-t-il répondu en entrevue avec le Journal Mobiles à la fin du mois de mai, soit cinq semaines avant la fête du déménagement au Québec.

Selon la plus récente étude réalisée dans la MRC des Maskoutains, 30,2 % des 14 900 ménages qui sont locataires utilisent plus de 30 % de leurs revenus bruts pour se loger, soit le seuil déterminé par la SCHL prévu à cet effet.

Parmi les groupes les plus touchés par cette crise du logement, les femmes se retrouvent en tête de liste, et ce, pour plusieurs raisons. La situation socio-économique de bon nombre de femmes peut varier en fonction de l’environnement dans lequel elles évoluent. Chaque réalité est bien différente selon les expertes rencontrées sur le sujet, mais certaines d’entre elles sont victimes du phénomène de la violence économique.

La violence économique, un fléau

Selon Nancy Lachance, intervenante à La Clé sur la Porte, l’un des principaux éléments qui expliquent pourquoi une part importante de femmes se retrouvent directement au cœur de cette crise du logement, c’est qu’elles sont parfois victimes de violence économique.

« Elles vivent parfois dans des relations toxiques où elles ne peuvent pas gagner dignement leur vie sur le plan financier, ce qui fait en sorte qu’elles sont prises au piège dans la relation. Elles ne savent pas comment elles vont pouvoir subvenir à leurs besoins en quittant le conjoint, c’est hautement problématique », a fait savoir celle qui travaille à la maison d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale à Saint-Hyacinthe, La Clé sur la Porte.

Son homologue qui agit comme co-coordonnatrice du Centre de femmes L’Autonomie en soiE (CFAES), Mandoline Blier, a renchéri sur le fait que la crise du logement rend la recherche de logements à faible coût ou abordables difficile pour ces femmes.

« Certaines de ces femmes quittent le foyer avec leurs enfants, mais elles arrivent devant la triste réalité. Elles ne sont pas en mesure de payer le prix actuel d’un logement 4 ½ ou 5 ½ en étant seule, ce qui n’aide pas la cause », a fait savoir Mandoline Blier.

Pas une question d’âge

Selon une étude réalisée par les acteurs de la Table de concertation maskoutaine en matière de logement, les femmes disposent également d’un revenu médian après imposition inférieur à leurs confrères masculins. D’après les données analysées, une femme bénéficie d’un revenu médian net après impôt de 25 780 $ comparativement à 32 695 $ pour un homme.

De son côté, Mandoline Blier estime que la crise du logement ne touche pas uniquement les mères monoparentales, puisque plusieurs femmes veuves se retrouvent également dans une situation qui est loin d’être évidente.

« Avec l’inflation et le coût de la vie qui augmente de façon importante, certaines femmes plus âgées vivant seules se retrouvent dans une situation précaire après avoir payé leur logement et leur épicerie », a expliqué la co-coordonnatrice du CFAES.

Des pistes de solution apportées

Selon les deux représentantes du milieu, il existe des solutions potentielles qui pourraient directement aider à améliorer la situation de ces femmes, dont la construction de logements sociaux ou de logements abordables.

Outre l’augmentation de l’offre de logements, elles estiment que le gouvernement du Québec devrait réglementer davantage le marché de l’immobilier, notamment en instaurant un registre des loyers pour éviter les situations de hausse abusive du prix locatif quand un locataire vient à quitter le logement.

De son côté, Nancy Lachance estime qu’il manque une ressource de deuxième niveau dans la MRC des Maskoutains. En réalité, la région n’en compte aucune.

« Une ressource de deuxième niveau dans la région, ce serait un gros plus. Ça permettrait d’avoir un lieu de transition pour les femmes de façon à ce qu’elles puissent amasser de l’argent et reprendre le contrôle sur leur vie de façon graduelle sans se sentir pressée de le faire », a expliqué celle qui travaille depuis plusieurs années à La Clé sur La Porte.

Toujours selon cette étude, il y a plus de familles monoparentales parmi les familles avec enfants dans la MRC des Maskoutains (29,8 %) qu’en Montérégie (23,4 %) ou qu’au Québec (24,6 %). De plus, il y a également 18,8 % de la population de la région maskoutaine qui vit seule contrairement à 14,7 % dans la région administrative de la Montérégie et 17,7 % au Québec.

À la lumière de ces chiffres, nous comprenons un peu mieux le manque de logements dans la MRC des Maskoutains.

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