Société

Des hausses de loyers à prévoir selon Logemen’mêle

Le directeur de Logemen'mêle, Pier-Alexandre Nadeau-Voynaud. Photo : Nelson Dion

Selon une analyse du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), le nouveau règlement publié le 3 septembre dernier par l’ancienne ministre de l’Habitation, France-Élaine Duranceau, fera exploser les augmentations de loyer au Québec. S’il avait été en vigueur, ce règlement aurait produit des hausses de loyer entre 25 % et 167 % pour chaque année entre 2010 et 2024.

Avant cette réforme, les coûts liés à l’inflation étaient partagés entre les locataires et les propriétaires. Chaque type de dépense (entretien, services, gestion) avait son propre indice d’ajustement reflétant les coûts réels d’exploitation, et le propriétaire devait prouver au moyen de factures qu’il y avait réellement des dépenses. Maintenant, ces ajustements sont regroupés dans le nouveau « pourcentage de base applicable (PBA) » qui s’applique automatiquement, sans preuve requise, et impute entièrement les coûts de l’inflation sur le loyer.

« Cette réforme va directement à l’encontre de l’engagement fondateur de la CAQ : remettre de l’argent dans les poches des Québécois. Au contraire, elle transfère des centaines de millions de dollars des locataires vers les propriétaires », dénonce Pier-Alexandre Nadeau-Voynaud, directeur général de Logemen’mêle.

Le PBA est construit comme la moyenne des taux d’inflation des trois dernières années. Cette méthode rend les hausses moins subites, mais crée plusieurs problèmes majeurs. « Nous calculons que ce pourcentage de base sera systématiquement plus élevé que les taux qu’aurait publiés le Tribunal administratif du logement (TAL) sous l’ancien règlement. Sur les augmentations accordées depuis 2010, et sauf pour 2025, le PBA aurait été de 25 % à 167 % plus élevé que les taux publiés par le TAL la même année », explique M. Nadeau-Voynaud.

Forte inflation en 2024

Autre problème : la forte inflation de 2024 a déjà eu un impact significatif sur les augmentations de 2025. Or, la moyenne sur trois ans fait que les propriétaires profiteront encore pendant deux ans de cette forte inflation.

« Les locataires ont déjà absorbé 100 % du choc inflationniste l’année dernière. Le gouvernement leur demande d’en absorber encore un tiers cette année, puis un autre l’année prochaine. C’est comme si on leur demandait de payer la même facture presque 2 fois », ajoute-t-il. « La ministre n’a pas prévu de mécanisme d’ajustement transitoire pour corriger cela. »

Le Tribunal administratif du logement a publié le taux pour 2026, soit une augmentation de 3.1 %. « Le gouvernement mettra sans doute de l’avant que c’est moins que l’année dernière, mais sous l’ancien règlement, l’augmentation aurait été moins élevée», estime M. Nadeau-Voynaud.

« C’était une information pertinente parce que ça donnait une bonne base pour pouvoir négocier. Il y a des locataires qui arrivaient en bas du taux lorsqu’ils faisaient faire le calcul. Présentement, le plancher est à 3,1 % pour tout le monde et il y a de nombreux propriétaires qui donnent en haut du prix plancher. C’est difficile pour un locataire de faire respecter ses droits en pleine crise du logement. Plusieurs locataires ne veulent pas risquer d’avoir des problèmes », analyse M. Nadeau-Voynaud.

Ce calcul de base ne tient pas compte des travaux, dont une plus grande part de la facture est refilée aux locataires. « Ils ont élargi la définition de travaux majeurs pour y englober des choses qui autrefois étaient considérées comme de l’entretien, comme par exemple peinturer les murs. Le gouvernement voulait que ce soit plus rentable pour les propriétaires de bien entretenir leurs immeubles, mais là ça se fait sur le dos des locataires », déplore M. Nadeau-Voynaud.

Les locataires invités à se préparer

Le directeur de Logemen’mêle invite les locataires à se préparer. « Le 3,1 % est moins élevé que le 5,9 % de l’an dernier, mais quand même beaucoup plus élevé que les années précédentes, mais ces années ne reviendront pas avec la nouvelle façon de calculer. À long terme, les augmentations vont aller beaucoup plus vite ».

La course à la chefferie : une occasion de corriger le tir

Avec la course en cours à la direction de la CAQ et des élections prévues à l’automne 2026, le moment est venu pour le parti de démontrer qu’il reste fidèle à sa mission fondatrice : améliorer la vie des Québécois et de la classe moyenne.

« Cette course est l’occasion pour les candidats de démontrer un leadership en corrigeant une erreur et en proposant un retour à une position équilibrée sur le calcul des augmentations de loyer. Présentement, le gouvernement crée volontairement de l’inflation », commente M. Nadeau-Voynaud.

Logemen’mêle encourage les locataires à contacter leur député provincial, notamment Chantal Soucy dans Saint-Hyacinthe, pour leur demander de porter ce message aux candidats à la direction : ce règlement est incohérent avec l’engagement de la CAQ envers tous les Québécois, y compris les locataires.