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Féminicides en 2021

Les femmes sont-elles plus en sécurité qu’en 1989 ?

Carl Vaillancourt

La dernière année aura marqué bien des Québécois, mais encore plus de Québécoises, alors que la violence faite aux femmes a été l’un des sujets les plus médiatisés dans la Belle Province. Avec 18 féminicides en 2021, la violence faite aux femmes est-elle plus présente aujourd’hui qu’elle l’était dans les années 80 ? Pour Catherine Véronneau, intervenante à la sensibilisation de l’organisme La Clé sur la Porte, une maison d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale à Saint-Hyacinthe, la réponse est plutôt nuancée.

« On en parle beaucoup plus qu’à l’époque. En 1989, il existait cinq ou six chaînes de télévision et l’information n’était pas aussi accessible qu’aujourd’hui. Il est impossible de statuer catégoriquement, mais c’est important qu’on en parle plus pour sensibiliser les Québécois [et les Québécoises] à cette réalité », a expliqué Catherine Véronneau, en référence au plus grand féminicide de masse de l’histoire du Québec.

Le 6 décembre 1989, Marc Lépine a enlevé la vie à 14 femmes par esprit de vengeance dans l’enceinte de la Polytechnique, le département d’ingénierie associé à l’Université de Montréal. La société québécoise vit toujours, 32 ans plus tard, les séquelles de la plus grande tuerie survenue dans une école canadienne à ce jour.

Si l’année 2021 tire à sa fin, le Québec a été le théâtre de 18 féminicides répertoriés. Des femmes, des mères de famille, des épouses, des mères monoparentales, des sœurs : elles ont perdu la vie parce qu’elles étaient des femmes. Parmi ces 18 victimes, plusieurs vivaient des situations de violence conjugale. La pandémie n’a pas aidé, selon celle qui travaille à La Clé sur la Porte depuis maintenant quatre ans.

« Avant la pandémie, il y avait de la place dans notre maison d’hébergement pour accueillir des femmes qui en avaient besoin. Avec le confinement, l’isolement et la toxicité de l’environnement, les répercussions ont été visibles. Depuis huit mois, nous sommes débordés, et plusieurs raisons expliquent cette réalité, dont la pénurie de logements abordables dans la région », a indiqué Catherine Véronneau.

Un plan d’action déposé par Québec

En décembre 2020, le gouvernement du Québec annonçait son Plan d’action spécifique pour prévenir les situations de violence conjugale à haut risque de dangerosité et accroître la sécurité des victimes, soit une enveloppe budgétaire de 180 M$ pour les cinq prochaines années. Dans un premier temps, ce plan d’action avait quatre axes bien clairs :

  •  Prévention, sensibilisation et information
  •  Dépistage et intervention psychosociale
  •  Intervention policière, judiciaire et correctionnelle
  •  Partage de l’expertise et développement des connaissances

Selon Catherine Véronneau, les fonds alloués au réseau des maisons d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale sont salués par le milieu, notamment sur le terrain. « Avec ces nouvelles sommes, nous avons pu embaucher deux ressources supplémentaires pour faire de l’intervention sur le terrain avec les femmes. Ça fait une différence énorme, puisque nous couvrons un territoire vaste », a expliqué celle qui évolue dans le milieu des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale depuis 16 ans.

La Clé sur la Porte a amélioré son offre de services grâce à ces deux nouvelles ressources humaines sur le terrain. Les intervenantes sont dépêchées dans les régions de Belœil, Acton Vale et Saint-Hyacinthe. Le budget supplémentaire octroyé par Québec a permis de créer une cellule de crise.

Sensibiliser à la racine

À titre d’intervenante à la sensibilisation, Catherine Véronneau a vu son mandat s’élargir jusqu’aux écoles primaires, cette année. Depuis le début de l’année scolaire, l’intervenante de La Clé sur la Porte offre des ateliers de sensibilisation, dans les établissements d’enseignement, aux enfants d’âge primaire.

Cette nouvelle initiative s’inscrit dans une volonté de prévenir des événements tragiques comme les féminicides. Les ateliers donnés en classe permettent de démystifier certains comportements toxiques auprès des enfants comme l’intimidation, la violence psychologique et la violence physique.

« Les enfants ne sont pas uniquement témoins de ces scènes, ils sont également victimes de ces situations de violence conjugale. Certains enfants réalisent ce qu’ils vivent à la maison et une intervention est parfois nécessaire », a-t-elle renchéri.

Des signalements au Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) peuvent même survenir quand la situation est jugée critique pour l’enfant.

Saint-Hyacinthe n’a pas été épargnée

Une concitoyenne de la Ville de Saint-Hyacinthe fait partie de ces âmes volées parmi les 18 féminicides répertoriés en 2021. Nancy Roy, 44 ans, a perdu la vie le 23 février dernier. Elle résidait au Grand Château, un bâtiment centenaire de la rue Girouard Ouest.

Son conjoint du moment, Jean-Yves Lajoie, 57 ans, a été formellement accusé de meurtre au deuxième degré par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) dès le lendemain.

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